29 Juillet 2004
Port Louis — La contrefaçon aurait-elle pénétré le marché de la pomme de terre ? L'inefficacité de certains pesticides met en évidence des pratiques commerciales malhonnêtes.
Les planteurs doivent être vigilants car certains pesticides en vente sont des produits adultérés et inefficaces.
Dans une déclaration au Porte-Monnaie, Dhanraj Rampall, président de l'Association des planteurs de pommes de terre, affirme que certains pesticides en vente sont des produits "adultérés", donc inefficaces. Selon lui, des tests ont été effectués sur des échantillons du Melody Duo, fongicide recommandé pour le contrôle du mildiou. Ces derniers ont révélé d'importantes différences entre le produit original, commercialisé par Roger Fayd'herbe et Cie, et le produit dont on suspecte qu'il serait contrefait.
Cependant, on peut constater des différences notoires. Le produit original a une odeur plus acre et se dissout lentement, permettant d'obtenir un mélange épais. A l'opposé, le produit non conforme a une odeur plus acceptable, se dissout plus rapidement et produit un mélange clair. Plus grave, le Melody Duo contrefait contiendrait du soufre.
A cet effet, le Mauritius Sugar Industry Research Institute (MSIRI) a demandé à l'Agricultural Research and Extension Unit (Areu) des tests chimiques afin de déterminer la composition chimique de chacun des produits. On doit encore attendre avant d'en connaître les résultats.
La contrefaçon des pesticides ne concernerait pas que le Melody Duo. Toujours selon Dhanraj Rampall, il est probable qu'un herbicide, le Glyphosate Isopropylamin, connu sous le nom de Round Up, soit aussi altéré. Il affirme que certains produits vendus sous ce nom contiendraient du... liquide vaisselle. De tels produits seraient vendus moins chers et s'attireraient ainsi les faveurs des planteurs. Il convient de souligner que l'importation des pesticides est libéralisée. C'est ainsi que l'on peut trouver sur le marché du Glyphosate, vendu sous diverses marques et à des prix variant de Rs 145 à Rs 240. L'herbicide commercialisé sous le nom de Harass et distribué par Agrotop Ltd, est vendu à Rs 200, tandis que le Round Up distribué par Roger Fayd'herbe est vendu à Rs 240. De son côté, Coroi met en vente Scat 360 g à Rs 170.
Des revendeurs que le Porte-Monnaie a interrogés, affirment ne pas avoir connaissance d'herbicides qui contiendraient du liquide vaisselle. Ils maintiennent ne mettre en vente que des produits distribués par les importateurs. Un revendeur pense que le problème pourrait provenir de produits achetés en vrac auprès de certains individus. Ces produits, dits "cabri" - expression locale pour désigner un produit provenant d'un vol, ne concerneraient cependant pas beaucoup de planteurs. Ceux-ci sont en général prudent, car ils savent qu'ils risquent gros en épandant de tels produits sur leurs plantations. Néanmoins, pour le Porte-Monnaie, le problème demeure entier : existe-t-il ou non des pesticides contrefaits sur le marché ?
Les dénonciations du président de l'Association des planteurs de pommes de terre ne se limitent pas au seul Glyphosate. Dhanraj
Rampall affirme qu'il aurait constaté, avec d'autres planteurs, la présence d'un type de farine connue comme la "route" (de l'anglais arrow root), dans un fongicide vendu sous le nom de Benlate. Il ajoute que du bicarbonate de soude aurait été retrouvé dans un insecticide du nom de Patron.
Interrogé, Clifford Dove, directeur général de Roger Fayd'herbe et Cie, a affirmé être au courant de la présence du Melody Duo "adultéré". "Nous avons averti le Pesticides Control Board qui est l'autorité concernée", nous a-t-il précisé. Il a toutefois expliqué au Porte-Monnaie qu'il ne croit pas que ce fongicide altéré serait le seul responsable de la mauvaise récolte de pommes de terre.
La vigilance des planteurs
Selon lui, en d'autres régions, des plantations qui ont été traitées avec d'autres produits que le Melody Duo ont aussi été affectées. Pour Clifford Dove, il faut chercher ailleurs une explication pour une situation anormale. Toutefois, le directeur général de cette compagnie a tenu à préciser que le Melody Duo est "un excellent produit, qui a fait ses preuves au Brésil et en Indonésie, entre autres." Il poursuit "d'ailleurs, ce produit a fait l'objet de tests par le MSIRI pendant trois ans" avant d' appeler les planteurs à bien vérifier les labels avant d'acheter des pesticides.
De son côté, Ranjit Jatooa, manager de Kirsch Co Ltd, autre importateur de pesticides, a affirmé qu'il est impossible de modifier un produit. Il estime satisfaisant le système de contrôle mis en place par les autorités pour l'importation et la distribution de pesticides. Selon lui, ce sont les planteurs qui doivent être vigilants. Ils doivent veiller que le logement soit scellé et que toutes les indications quant au nom de l'importateur, entre autres, soient présentes.
Ranjit Jatooa, qui est agronome de formation, estime aussi que la cause de la mauvaise récolte de pommes de terre devrait être recherchée ailleurs. "Pourquoi la pomme d'amour, qui est aussi susceptible d'être attaquée par le mildiou, ne l'a-t-elle pas été ?" s'interroge-t-il. Il estime que les planteurs doivent exiger des produits authentiques auprès de leurs revendeurs.
Pour l'ICP, la présence de pesticides contrefaits est inquiétante quand on sait que le ministère de l'Agriculture a décidé de ne plus rendre publics les résultats des analyses effectuées mensuellement, pour déterminer les taux de résidus des pesticides. En effet, la division de chimie agricole du ministère de l'Agriculture, aurait été informée que les statistiques concernant les résidus de pesticides devraient être utilisées "for internal consumption", et, par conséquent, ne plus être publiées dans la presse.
Cette décision, contraire au droit des consommateurs à l'information, aurait été prise suite à un article publié dans le Porte-Monnaie quant au taux excessif de résidus d'un pesticide sur d'autres légumes. Il est un fait que, si la division de chimie agricole est capable de détecter et d'expliquer la présence de résidus de pesticides excessifs, en revanche, elle n'a aucun moyen de connaître l'identité du planteur coupable. Cela soulève la question épineuse de la traçabilité des aliments.
Pour revenir à la pomme de terre, il faut souligner que la consommation de tubercules infectés ne comporte pas de risques. Néanmoins, le consommateur qui se voit vendre des pommes de terre de qualité inférieure, peut se faire rembourser ou en informer les inspecteurs sanitaires. Enfin, il faut préciser que le mildiou ne concerne pas toutes les pommes de terre mises sur le marché actuellement.
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