La Tribune (Algiers)

Algérie: Réunion sur la liberté de la presse : «La presse doit faire son mea culpa»

Faouzia Ababsa

29 Juillet 2004


Une réunion-débat a été organisée hier au siège de la maison de la presse Tahar Djaout. Présidée par Zoubir Souissi, elle a regroupé quelques éditeurs et les responsables du quotidien le Matin, ainsi que le Pr Brahim Brahimi et Me Brahimi, avocat. L'objectif de ce regroupement était de débattre, selon l'ex-directeur de publication du quotidien le Soir d'Algérie de «l'agression et de l'offensive contre la liberté de la presse», notamment depuis ces derniers mois qui ont vu l'incarcération de Mohamed Benchicou et la suspension du Matin pour «raisons commerciales».

Le président de la séance a tout de suite cédé la parole au Pr Brahimi qui fera le point sur les différents projets de code de l'information qui ont été élaborés jusqu'à présent, et dont un seul avait fini par être adopté en 1990, au demeurant toujours en vigueur. Toutefois, il indiquera qu'il a refusé de prendre part à la commission que le ministre de la Communication veut mettre en place pour l'élaboration d'une loi organique portant code de l'information : «Je ne peux pas faire partie d'une telle commission alors que des journalistes sont emprisonnés.» L'orateur s'étalera également sur les différentes notions de la liberté de la presse. Abordant l'aide à la presse évaluée à 80 milliards de centimes, l'orateur se déclare convaincu qu'elle ne sera «distribuée qu'aux seuls journaux qui sont assujettis à la politique du pouvoir». Une conviction non encore avérée car, pour le moment, rien n'a encore filtré sur cette question, d'une part, et que, d'autre part, il semble évident que si cette manne financière venait à être distribuée, elle devrait profiter aux seuls titres à faibles moyens, mais surtout aux journalistes pour la formation et l'acquisition de matériel de travail qui leur permettront d'améliorer les conditions d'exercice de la profession. Ali Djerri lui succédera. Il interviendra sous deux chapelles en même temps.

La première en sa qualité de vice-président de l'Organisation arabe de défense de la liberté de la presse. A ce titre, il exprimera la position de la structure quant à la situation faite à la presse et dénoncera, toujours au nom de l'organisation, la suspension du Matin en précisant que l'argument commercial est fallacieux et que l'arrêt d'impression de ce journal est dû à des positions politiques. Il se demandera pourquoi les autres journaux ne sont pas inquiétés alors qu'ils ont des factures salées envers les imprimeries. A ce moment précis, Ali Djerri troquera la casquette de vice-président de l'organisation qu'il représente contre celle de directeur du quotidien El Khabar. Il n'ira pas de main morte envers le pouvoir et de manière indirecte envers les autres titres arguant que si réellement les règles commerciales étaient appliquées, il ne resterait plus que 6 titres de presse sur la scène médiatique. Il fallait suivre son regard. Car un journal est d'abord et avant tout une entreprise commerciale qui doit être rentable, selon lui.

Ali Djerri a laissé entendre que les déboires de la presse se sont aggravés depuis le 8 avril. «On nous dit, vous avez perdu, mais il se trouve que les journaux n'étaient pas candidats aux élections.» Il dira aussi que l'Algérie étant un pays spécifique, il fallait qu'on applique à la presse des règles spécifiques. «On nous demande d'être au même niveau que la presse allemande, américaine, britannique. Mais nous ne pouvons pas le faire, nous sommes le produit de la société algérienne avec ses contradictions et ses points positifs et négatifs. Ou alors, que les institutions se hissent au niveau de celles des pays occidentaux.» C'est sans aucun doute l'intervention de Me Brahimi, également avocat de Benchicou, qui sera la plus constructive. Il s'inscrira en porte-à-faux avec les déclarations directeur du quotidien El Khabar en disant : «Il n'est pas question d'avoir une presse spécifique.

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Il rappelle d'ailleurs le socialisme spécifique dont nous subissons les conséquences. Je revendique pour mon pays une presse professionnelle, comme celle qui se fait dans les pays occidentaux.» L'avocat exprimera son désaccord avec les déclarations tendant à dire que la presse algérienne n'est pas un pouvoir. «Les journaux sont-ils étrangers à ce qui est arrivé à Adami, Betchine ?» s'est-il interrogé comme pour dire qu'il ne faut pas être amnésique. Le juriste invitera la presse à faire son mea culpa. «Le professionnalisme et le journalisme, ce n'est pas l'insulte, l'invective et l'atteinte à la vie privée des gens. De toutes les manières, cela n'apporte absolument rien au débat.» La réunion se terminera sans aucune action concrète. En fait, tout le monde s'est limité encore une fois aux constats conjoncturels. Point d'actes de solidarité, par exemple, envers notre confrère le Matin. Cela en sachant que deux titres disposent d'une rotative et pourraient, ne serait-ce que de manière symbolique, imprimer le journal par souci de solidarité mais aussi pour que ce titre ne disparaisse pas.

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