La Tribune (Algiers)

Algérie: Le savoir plus fort que la douleur : la Fac par le tunnel

Lakhdar Siad

29 Juillet 2004


A un mois et demi de l'examen du baccalauréat et au bout de bilans, d'analyses, de radios et de scanners, le diagnostic tombe tel un couperet pour Sonia et sa famille : hernie discale et graves problèmes d'ORL nécessitant un suivi particulier.

Avant ce verdict malheureux, Sonia, des semaines durant, souffrait de douleurs aiguës qui l'empêchaient de suivre le rythme normal des cours de 3ème AS lettres. Quand elle se présente au lycée, ce qui lui arrive de plus en plus rarement, Sonia est soutenue par ses amis et camarades de classe pour monter jusqu'au 1er étage où se trouve sa classe. Déconcentrée, elle suit très mal les leçons malgré l'attention exceptionnelle des enseignants à son égard. A l'hôpital de sa commune, on la transfère d'urgence vers le CHU de Tizi Ouzou pour subir une opération suite à des douleurs intenses nécessitant son admission de nuit au pavillon des urgences. Au CHU, les médecins confirment le diagnostic mais rejettent la solution (l'opération). On lui prescrit un traitement pour une période indéterminée. Elle ne guérira donc pas de sitôt, déduit-elle. Elle voit partir en fumée le rêve de décrocher le bac entre deux perfusions, ses séjours répétés dans plusieurs hôpitaux et polycliniques de sa région en un très court laps de temps. Elle a même fini par ne plus croire en son étoile disparue à jamais, songeait intérieurement à l'échec à son examen alors que son entourage, convaincu de l'impossibilité d'un revirement de situation, ne souhaitait que son rétablissement. Le traitement ne donnera pas de résultats satisfaisants, son cas empire. Les propriétés des médicaments absorbés lui causeront de supplémentaires problèmes gastriques. La candidate au bac est souvent en proie à des vertiges causés par des complications de ses problèmes d'ORL. A la maison, on est gêné, ses parents, ses soeurs et frères ne savent que faire pour sortir la petite soeur du tunnel. On suit de près l'évolution de ces maladies, on se concerte et on cherche à lui trouver les meilleurs spécialistes pour la prendre en charge. En vain. Les crises se font moins rares mais persistent. Pouvait-elle dépasser sa situation ? Elle pense que «oui» quand il lui arrive de prendre son courage à deux mains. Cependant, Sonia a affaire en plus à un ennemi invisible, toujours plus fort et qui ne recule devant rien ni personne : le temps. On est début mai, à quelque temps seulement de l'arrêt de bus et le climat ambiant ne l'aide pas à relever le défi. Mais de quel défi s'agit-il ? Sonia s'est prise et surprise à caresser l'ultime rêve d'étudier à la fac. Pourquoi pas, se dit-elle quand elle cesse de gémir et que ses idées noires de souffrance l'oublient. C'est le combat de la douleur contre la rage «sans vaccin» de la recherche du savoir. Quand elle n'est pas alitée aux multiples services du CHU où elle tutoie tous les personnels, Sonia s'enferme dans sa chambre avec un tas de livres, de cahiers et de corrigés du bac, s'imposant une discipline de caserne, poussée par un dévouement spirituel.

En ces pénibles circonstances pleines d'adversaires impitoyables, des amis guidés par leur vive candide jeunesse se rallieront à sa cause : le bac pour Sonia, le mal pour les méchants, tel serait le refrain de l'inaudible chanson des Copains d'abord. Les révisions en groupe dans une ambiance d'échanges chaleureux ont secoué encore plus fort la détermination de la malade. Son capital moral augmentait à vue d'oeil. Quand elle échappe aux couloirs du CHU, c'est l'étude dans la joie chez Sonia. Sa mère dorlotait, plus que ses médecins, tous ceux qui venaient au secours de Sanouche (surnom de Sonia). Très bonne cuisinière, elle offrait ses meilleurs plats à ses invités de tous les jours, leur rappelant à chaque occasion son propre adage : «Qui se nourrit bien, étudie mieux.» Les adolescents tantôt studieux, tantôt distraits mais cependant jamais hors du coup progressaient en tenant compte de l'approche de la date du test sésame d'horizons «magnifiques». Chacun expliquait aux autres les cours de la filière qu'il maîtrisait le plus. En quelques jours, on a fait le tour du programme sinon mieux avec des exercices supplémentaires. A l'affichage des listes des lauréats, Sonia luttait contre une énième attaque de ses maux. A l'heure de la visite au CHU, Amel, Karim, Kamel, Noria et ses autres amis inoubliables lui annoncent avec des fleurs et des sourires son succès.

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