Moustapha BARRY
29 Juillet 2004
Des invasions de criquets, le Sénégal en a connu. Mais celle en cours a ceci de particulier que les acridiens ont surgis au moment où les semis sortent de terre. Contrairement aux années précédentes où l'infestation survenait à la période des récoltes. La riposte de la Dpv a permis d'anéantir un premier assaut d'essaims, mais n'est pas venue à bout du deuxième.
Ce n'est plus une vue de l'esprit, mais une réalité dramatique. Des essaims de criquets sont bel et bien entrés au Sénégal. Et cela "depuis le 20 juin dernier", lâche, dépité, le chef de la Division défense des cultures à la Direction de la protection des végétaux, M. Ousseynou Diop. "C'est le 20 juin que les services régionaux ont signalé les premières infiltrations de criquets pèlerins au Sénégal, notamment dans les départements de Podor, Matam et Bakel. La deuxième vague d'essaims de criquets ont atteint les départements de Bakel et de Matam. Cette infiltration a concerné une plus grande superficie", explique-t-il, entre deux coups de téléphone.
Ainsi, le Sénégal vient d'être touché par les insectes les plus redoutés par les paysans du fait de leur capacité de destruction des cultures et une échelle stupéfiante. Le moment de l'invasion coïncide avec la sortie des jeunes pousses dans certaines zones et la période des semis dans d'autres. Contrairement aux années précédentes lors desquelles, les criquets pèlerins surgissaient après les récoltes, fait remarquer Ousseynou Diop. Ce qui accroît l'inquiétude des paysans qui ont peur de voir leurs cultures englouties par les mandibules des essaims. Mais le chef de Division défense des cultures rassure : "Nous avons mobilisé les équipes de lutte contre ces essaims de criquets. C'est ainsi qu'une trentaine d'hectares a été traité dans la région de Matam. Vous savez que les criquets sont très mobiles. Ce qui fait que certains d'entre eux sont repartis en Mauritanie". Il en est de même de la seconde vague d'essaims entrée au Sénégal le 14 juillet car "nous avons pu traiter deux essaims jaunes qui étaient matures, donc en situation d'accouplement ponte", avance M. Diop.
Mais ces opérations coup de poing de la Dpv ne sont pas venues à bout de cette vague ; pas plus que de la première. Cette résistance des criquets pèlerins s'explique par le fait qu'ils ont déjà pondu à Matam et Bakel. Mais, selon le chef de Division défense des cultures de la Dpv, "après avoir tué les adultes, nous avons "cartographié" les sites de ponte pour apporter la riposte nécessaire". Et cette riposte doit être mis en branle car "hier 27 juillet, (avant-hier mardi, Ndlr), on m'a signalé qu'à Matam, des éclosions ont eu lieu et que nos unités sont prépositionnées pour intervenir. J'attends donc au cours de la journée les résultats. Et au niveau de Bakel, la situation est suivie". C'est dire que les criquets pèlerins n'ont pas encore lâché prise. Ils ne comptent pas quitter de si tôt le Sénégal où ils trouvent des conditions écologiques favorables à leur développement. "La situation est très préoccupante dans la mesure où la descente des essaims au Sénégal va continuer. Ces essaims viennent surtout de la Mauritanie puisqu'au niveau de ce pays, les essaims sont en maturation et continueront leurs déplacements à travers la Mauritanie et effectueront des pontes. Par conséquent, des vagues sont attendues dans la troisième décade de juillet dans le sud de la Mauritanie qui correspond au nord du Sénégal", explique Ousseynou Diop.
Mais déjà, la Fao annonce que de nouveaux essaims sont déjà présents au Sénégal. "Le nombre d'essaims de criquet pèlerin ayant envahi à partir du nord-ouest de l'Afrique les zones de culture en Mauritanie, au Sénégal et au Mali s'est accru au cours des deux dernières semaines", note le dernier rapport de la Fao sur la situation acridienne. Selon le même rapport, "à la mi-juillet, en Mauritanie, plusieurs essaims ont été observés en train de traverser la région centrale de l'Adrar des Iforas en direction du sud. Des plantations de palmiers dattiers ont été dévastées au cours de leur passage". Tout en constatant que la plupart des essaims se sont dispersés dans les zones de reproduction estivale du sud de la Mauritanie. Et que d'autres ont poursuivi leur progression en direction du nord-est du Sénégal et de la partie occidentale du Mali. Le rapport de la Fao ajoute que les pluies estivales abondantes qui sont tombées dans le Sahel ont créé des conditions écologiques favorables à la reproduction des criquets pèlerins dont le nombre devrait s'accroître en Afrique de l'Ouest.
Les autorités sénégalaises sont averties pour mettre en branle tous les moyens de lutte disponibles.
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