Le Soleil (Dakar)

Sénégal: Colloque interafricain : la mondialisation sous le regard critique de philosophes

M. L. Badji

29 Juillet 2004


Le troisième colloque interafricain des Doctorants en Philosophie a démarré depuis mardi à Dakar, pour se pencher sur le sens à donner à la mondialisation. Un débat dans lequel la Philosophie se sent impliquée, de fait et de droit, à côté d'autres disciplines.

«La mondialisation est un concept anti-philosophique», a soutenu le Pr Jean-Pierre Faye, enseignant-formateur à l'Ecole Normale Supérieure, à l'ouverture du 3ème Colloque interafricain des Doctorants en Philosophie. M. Faye explique que dans son contenu et ses effets, la mondialisation s'emploie à une mise à mort de la «quête du sens» par le biais d'un «nihilisme mondialisé» dont rend compte la dépréciation de toutes les valeurs (démocratiques, sociales, morales, politiques, etc.) pour une «fin» incertaine.

La thèse de M. Faye, qui prend racine dans l'intersection des pensées de Nietzsche et Heidegger, semble détonner dans un cénacle qui prétend justement mener la quête du sens de la mondialisation dans différentes déclinaisons dont l'Ethique.

Mais, le paradoxe que pourrait laisser entrevoir le parti-pris de M. Faye, n'est qu'apparent. Même si la mondialisation nie la philosophie, cela ne disqualifie pas la légitimité, de fait et de droit, du questionnement de celle-là par celle-ci. Si l'on en croit le Pr Sémou Pathé Guèye, qui a défendu l'idée dans sa communication portant sur «La philosophie à l'épreuve de son monde». Partant de la légitimité de fait que, selon Marx, les «philosophes ne poussent pas comme les champignons, qu'ils sont le fruit de leur époque dont les humeurs les plus subtiles, les plus précieuses et les moins visibles circulent dans leurs idées philosophiques», M. Guèye en déduit le droit pour la philosophie de soumettre la mondialisation à son questionnement. Il le souligne, d'autant plus que la discipline peut se prévaloir, en l'espèce, de «l'antériorité» de la problématique de la mondialisation, déjà, dans l'Antiquité grecque, lorsque s'exercèrent diverses tentatives de conceptualisation du monde conçu comme « totalité ».

Le Pr Guèye prévient toutefois qu'il ne s'agit pas d'une «quelconque revendication de préséance, encore moins de la prétention de tenir, sur le sujet, le seul discours qui vaille». Il s'agit de justifier «l'intérêt que la philosophie peut et doit porter à la question de la mondialisation». «La discipline, indique-t-il, doit traduire cet intérêt par une pratique ouverte sur son monde et sur les autres domaines du savoir».

À ce colloque, participent des géographes, sociologues, politologues, notamment, pour eux aussi penser la mondialisation de leur point de vue. En somme, une pléiade de disciplines pour un «partage du savoir», dira le Doyen de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines (FLSH), Mamadou Kandji, en présidant la cérémonie d'ouverture. Il s'est dit disposé à participer à l'édition des actes du colloque dont les tenants seraient profitables à l'Afrique, dans la mesure où elle est «nécessairement embarquée» dans la mondialisation pour être partie d'un tout qu'est l'Universel, si l'on en croit le Pr Augustin Dibi Kouadio de l'Université de Cocody, à Abidjan.

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