29 Juillet 2004
Le temps d'une manifestation accompagnée d'actes de vandalisme, les commerçants burkinabè, notamment ceux de Bobo, se sont rappelés, le 27 juillet dernier, aux bons souvenirs de l'opinion nationale.
Ces commers, comme on les appelle couramment, n'ont pas manifesté, par solidarité, à l'endroit de leurs homologues de Ouaga pour exiger, par exemple, la réouverture, dans les plus brefs délais, du marché central Rood-Woko ravagé en grande partie, il y a plus d'une année, par un incendie. Ils ne sont pas descendus dans la rue non plus pour protester contre une mesure des autorités en charge du marché de Bobo. Ce qui a provoqué le courroux des commers est tout simplement une descente d'agents du Bureau burkinabè des droits d'auteurs (BBDA) de Bobo au marché central, en vue de saisir des oeuvres musicales piratées. Cette manifestation de colère qui a mis la ville de Sya en ébullition, en rappelle d'autres, consécutives à des opérations similaires du BBDA dans d'autres localités comme Ouaga. C'est devenu une constante, une règle non écrite que la lutte contre la piraterie passe mal. On ne peut donc s'empêcher de se demander pourquoi une telle situation vu que d'autres luttes comme celles contre la corruption, la fraude n'engendrent pas de manifestations de rue, pacifiques ou non. Est-ce le BBDA qui s'y prend mal ? Ou- bien est-ce la piraterie qui n'est pas (plus) reconnue comme un mal, un fléau qu'il faut combattre ? Ce serait absurde de soutenir que la piraterie ne fait pas de ravages alors que beaucoup d'artistes en font les frais. Cela est connu de tous. Alors, pourquoi résiste-t-on aux contrôles du BBDA ?
Il ne serait pas juste de répondre à cette question sans placer la piraterie elle-même et la lutte engagée contre elle dans le contexte, le cadre général de la société burkinabè. Aujourd'hui, la société est gangrenée, la corruption, les magouilles de toutes sortes ont pignon sur rue. La morale que l'on disait agonisante est morte et ses funérailles ont été célébrées il y a belle lurette.
Dans ce contexte de corruption, de fraude, de magouilles généralisées, il est difficile de s'attaquer à des pratiques et à des habitudes, certes répréhensibles, mais malheureusement élevées au rang de vertu. Des "vertus" indestructibles dès lors que l'Etat, dont les responsables eux-mêmes ne donnent pas toujours le bon exemple, ferme les yeux ou est (trop) tolérant envers les ripoux. Non seulement cela encourage et conforte les amoureux de ces pratiques mais aussi ouvre la porte de la tentation. Et il ne faudrait pas être étonné face à des situations comme celle de Bobo. Sans remettre en cause le caractère nocif de la piraterie, les producteurs et vendeurs d'oeuvres musicales piratées crient pourtant à l'arbitraire à chaque saisie.
L'argument ahurissant qui est chaque fois brandi est qu'en fin de compte, l'Etat s'attaque aux petits et délaisse les grands, les gros bonnets qui vivent confortablement de la corruption, des détournements de fonds, etc. Comment amener ces gens à la raison car, à la réflexion et à l'analyse, ils n'ont pas tort. En tous cas, il faudra du tact, de la diplomatie pour leur faire entendre raison. L'Etat est-il toujours en mesure de le faire ?
Pour pouvoir s'y atteler sereinement, l'Etat doit irrémédiablement nettoyer les écuries d'Augias. Cela commence par le comportement exemplaire de ses commis, grands comme petits, qui doivent par exemple, payer leurs impôts. Le sursaut passe aussi par une lutte sans merci contre l'impunité qui, une fois qu'elle s'installe, détruit des valeurs comme la probité, le respect de l'autorité et de la hiérarchie.
Apre doit être également la lutte contre la fraude qui, dans le domaine de ce qu'on appelle les oeuvres de l'esprit, emprunte les voies de la piraterie. D'ailleurs, on peut se demander comment les oeuvres piratées entrent dans le pays. La question se pose même si l'essentiel des oeuvres ne viennent pas de l'extérieur. Si ces actions d'envergure, en plus d'autres qu'il serait fastidieux d'énumérer ici, étaient entreprises, on sonnerait le glas de bien des pratiques honteuses qui constituent des goulots d'étranglement au développement du "pays des Hommes intègres" toujours mal classé dans les rapports du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD).
Et toute personne prise en flagrant délit de comportement délictueux n'aurait plus de mauvais exemples à évoquer et derrière lesquels s'abriter.
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