Fraternité Matin (Abidjan)
Par Abel Doualy
29 Juillet 2004
Abidjan — Un communiqué final de quatre pages a sanctionné les deux jours d'intenses travaux abattus par les experts Maliens et Ivoiriens. Réunis les 24 et 25 juillet 2004 à la salle Wa Kamissoko du Palais des congrès de Bamako.
Un communiqué final de quatre pages a sanctionné les deux jours d'intenses travaux abattus par les experts Maliens et Ivoiriens. Réunis les 24 et 25 juillet 2004 à la salle Wa Kamissoko du Palais des congrès de Bamako. Dans le cadre de la 3ème session de la grande commission mixte de coopération ivoiro-malienne, suspendue en 1999. Le 16 juillet dernier, Ivoiriens et Burkinabè réactivaient la grande commission mixte de coopération ivoiro-burkinabè à la salle des fêtes de l'Hôtel Ivoire à Abidjan.
La réactivation des axes Abidjan-Ouagadougou et Abidjan-Bamako est à mettre à l'actif de la diplomatie des trois pays, quand bien même, l'on sait que le coup de gong a été donné par le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, au troisième sommet de l'Union africaine, tenu début juillet à Addis-Abeba en Ethiopie. L'objectif est de rapprocher les peuples et les dirigeants de ces trois Etats dans la perspective du sommet d'Accra, prévu pour ce jeudi dans la capitale ghanéenne en présence de nombreux Chefs d'Etat et du secrétaire général des Nations Unies.
Ce que l'on peut retenir de ces deux rencontres d'Abidjan et de Bamako, c'est qu'au-delà des élégances diplomatiques, les experts ont passé au peigne fin les malentendus entre les Etats. Ainsi, lorsque Burkinabè et Maliens exigent l'indemnisation de leurs compatriotes victimes de la crise que traverse la Côte d'Ivoire, les experts Ivoiriens leur rétorquent que ce sont eux qui ont été victimes de ceux-là qui ont agi sur le terrain. C'est le cas de ceux qui sont tombés au front, c'est aussi le cas de ceux qui ont été pris et conduits à la Maison d'arrêt militaire d'Abidjan (MAMA). La partie ivoirienne a fait remarquer que les Burkinabè et Maliens sont ceux-là mêmes qui sont souvent impliqués dans les manifestations socio-politiques en Côte d'Ivoire. Leurs autorités respectives devraient oeuvrer à les sensibiliser afin qu'ils se tiennent à l'écart du jeu politique ivoirien plutôt que d'accuser les Ivoiriens d'avoir causé tel ou tel préjudice à leurs ressortissants.
De son côté, lorsque la partie ivoirienne demande que les véhicules braqués qui ont pris la direction du Burkina Faso ou du Mali puissent être retrouvés et restitués aux Ivoiriens, les experts de ces deux pays avancent qu'ils n'ont pas connaissance de véhicules braqués et retrouvés sur leur sol. Un autre point qui suscite beaucoup de passions, c'est la fameuse carte de séjour que les experts malien, et burkinabè souhaitent voir purement et simplement supprimée au nom de la libre circulation des personnes et des biens dans l'espace UEMOA. A cela, les Ivoiriens répliquent que la libre circulation est tout à fait différente de la résidence. C'est pourquoi ceux qui arrivent pour un bref séjour en Côte d'Ivoire, ne sont pas soumis au régime de la carte de séjour. Ce sont les personnes qui décident de s'établir en Côte d'Ivoire qui doivent se doter d'une carte de séjour dont le prix varie selon qu'on est ou non de l'espace CEDEAO.
Quant au titre foncier rural, les experts maliens et burkinabè estiment que leurs ressortissants installés sur des portions de terre à des fins d'exploitation depuis le longues dates, devraient bénéficier du droit de propriété. Les débats ont été également houleux à ce niveau quand les Ivoiriens ont fait observer qu'on ne devient pas propriétaire d'une terre parce qu'on s'est installé depuis de longues années sur cette terre.
Trafic transfrontalier d'enfants avec leur emploi dans les plantations, lutte contre le VIH/Sida, contre la criminalité transfrontalière, etc, sont, autant d'autres préoccupations qui ont fait l'objet d'échanges entre experts au cours des deux commissions mixtes de coopération qui viennent de se tenir. Des différents débats a découlé le communiqué final qui résume les axes majeurs faisant l'objet d'attention des gouvernements respectifs. Et ce, à la satisfaction des ministres des Affaires étrangères, autorités de tutelle des commissions mixtes de coopération.
" je voudrais donc féliciter les hauts fonctionnaires et les experts qui ont accompli un travail remarquable ", a dit le ministre d'Etat Bamba Mamadou au terme des travaux de Bamako. " Cela nous a permis d'identifier et de recenser les nouveaux secteurs pouvant faire l'objet d'actions de coopération entre nos deux pays ", a-t-il ajouté. M. Bamba Mamadou a expliqué que " les résultats obtenus à cette troisième session ne seront pleinement réalisables qu'avec une Côte d'Ivoire unifiée où règne la paix ".
Quant aux autorités ivoiriennes, " elles sont à pied d'oeuvre dans la recherche de solutions pouvant conduire à la réunification du pays, à la sécurisation des personnes vivant sur le territoire ivoirien.
Un comité d'écoute a été institué au ministère d'Etat, ministère de l'Intégration africaine afin de recueillir les préoccupations des populations affectées sur le plan de la sécurité ou des biens ", a assuré le chef de la diplomatie ivoirienne. La 4ème session de la commission mixte ivoiro-malienne est prévue pour 2006 à Abidjan. Et comme nous le confiait un observateur, qu'apportent concrètement ces réunions à la résolution de la crise ivoirienne et au développement de la Côte d'Ivoire ?
Que peut espérer la Côte d'Ivoire des pays qui l'ont toujours jalousée par son relatif développement et qui, logiquement, devraient éprouver un réel soulagement de croire pouvoir la rattraper sur le chemin du progrès ? , s'interrogeait un autre. Avis de citoyens ordinaires qui ne s'embarrassent pas des élégances diplomatiques que d'aucuns assimilent à la démagogie, voire l'hypocrisie.
Inter'Vue
Abidjan-Ouaga-Bamako, et après ?
Abidjan-Ougadougou-Bamako et après? Cette question, bien des Ivoiriens se la posent depuis qu'on a parlé de la reprise des Commissions mixtes de coopération entre la Côte d'Ivoire, le Burkina Faso et le Mali. Cette reprise apparaît aux yeux de certains comme un simple leurre car que peut attendre la Côte d'Ivoire des pays qui l'ont toujours jalousée pour sa relative prospérité? s'interrogeait un observateur pour qui la reprise des Commissions mixtes de coopération est un acte purement diplomatique dont la portée reste une illusion pour la grande population.
C'est pourquoi ceux qui ne comprennent pas grand-chose à ces pratiques, pensent qu'il ne sert à rien de dépenser de l'argent pour des rencontres aux issues incertaines. Qu'apporte une Commission mixte de coopération à la résolution de la crise ivoirienne ? se demandait un autre observateur. A la vérité, ces personnes ont tout à fait raison quand on sait que depuis toujours, des Accords sont signés entre les Etats sans que cela n'ait un impact véritable sur la vie des populations.
L'Accord de non-agression signé entre les Etats membres de la CEDEAO est en vigueur au moment où des mercenaires affûtent leurs armes dans un pays voisin pour aller déstabiliser un autre pays.
"L'Accord de non-agression en matière de défense (AnaD) ne parle pas de mercenaires mais des Etats", nous expliquait un officiel des Affaires étrangères de Côte d'Ivoire pour qui tant que le gouvernement d'un pays ne déclare pas la guerre à un voisin et que ce sont des mercenaires qui s'attaquent au pays tiers, cela n'est pas condamné par les Accords de non-agression de l'AnaD. Ce sont autant d'insuffisances des textes qui sont exploitées par les "faiseurs de mal" qui ne cherchent qu'à se soustraire à la rigueur des règles en vigueur dans tel ou tel domaine. Abidjan-Ouagadougou et Bamako veulent être en harmonie avec la volonté de Kofi Annan pour ne pas se sentir isolés sur l'échiquier politique et diplomatique sous-régional, continental et international. A l'heure d'Accra III, mieux vaut être en phase avec les participants au sommet que de les avoir à dos. Quitte à ce qu'au sortir d'Accra, chacun revête ses mêmes couleurs et foulent aux pieds les décisions prises. Prière, justement, que ces décisions soient empreintes de rigueur, d'honnêteté et de sérieux afin qu'elles s'imposent à tous. Sans rechigner.
Le Mali veut exporter désormais de la viande plutôt que du bétail
Pratiqué par au moins 80% de la population, pour laquelle il constitue une source de revenu principale, l'élevage est pourtant le parent pauvre des activités économiques nationales. Pour preuve, il reçoit seulement 10% des investissements publics du secteur du développement rural contre 80% à l'Agriculture. L'élevage souffre en outre, d'une faible productivité des systèmes de production, de l'insuffisance de la professionnalisation des acteurs, d'une faible valorisation des produits, d'un secteur privé peu développé, ainsi que de la faible performance des systèmes de commercialisation et de transformation. Sans oublier l'épineux problème de santé animale et d'hygiène qui limite les possibilités d'exportation.
Mais depuis la création d'un Ministère autonome en charge de la Pêche et de l'Elevage, ce secteur connaît un regain de dynamisme au point que ses acteurs ne cachent plus leur optimisme en raison surtout de l'engagement ouvert des nouvelles autorités de faire grandement face à leurs nombreux problèmes et en même temps de promouvoir le secteur. Par exemple, il est de plus en plus question de promouvoir le développement de l'élevage dans la perspective de croissance durable et de réduction de la pauvreté. En ce sens, les nouvelles Autorités veulent doter le Mali d'abattoirs modernes lui permettant à terme d'exporter la viande fraîche sur le marché sous-régional en attendant de conquérir celui, plus vaste, d'Europe.
Déjà l'abattoir de la rive droite à Bamako cédé par l'Etat à l'opérateur Djékanou Invest SA - qui y a fait plus de 700 millions de F CFA d'investissements a la réputation d'offrir aux opérateurs du secteur de bien meilleures conditions de sécurité sanitaire et d'hygiène requises pour leurs exportations.
Ce joyau technologique, bâti sur dix hectares au bord du fleuve Djoliba, projette d'exporter 5 tonnes de viande par semaine dès sa première année de fonctionnement, pour ensuite atteindre à sa troisième année, 15 tonnes par semaine.
Il est utile de noter au demeurant que le Mali selon les sources du ministère malien de l'Agriculture, de l'Elevage et de la Pêche, de 2002 se classe actuellement au rang de premier pays d'élevage de la zone UEMOA et second, après le Nigeria, de la CEDEAO. Les effectifs de son important cheptel sont estimés comme suit:
- 7648451 têtes d'ovins
- 7099384 têtes de bovins
- 10857 328 têtes de caprins
- 664 654 têtes de camelins (chameaux)
- 726 035 têtes de asins (ânes)
- 220 452 têtes de équins (chevaux)
68 119 têtes de porcins
- 26 000 000 de volailles.
En matière d'exportation de bétail, les statistiques de la BECEAO pour 2002, indiquent que le Mali a engrangé en terme de recettes, 62,4 milliards de FCFA en 2001 pour retomber à 28,9 milliards de CFA en 2002. Soit les recettes les plus importantes fournies à l'Etat, après celles de l'or et du coton.
Source diplomatique
De la mission du port de San-Pedro
Considérant :
La mission du Port de San-Pedro : Devenir un port moderne, outil de développement de la Côte d'Ivoire et moteur de l'intégration sous-régionale ;
- L'intérêt d'un rapprochement entre le port de San-Pedro et les opérateurs économiques du Mali concrétisé par plusieurs rencontres entre les deux parties en 2002 et 2003 ;
- Les souhaits exprimés par le Secrétaire Général du Ministère des Affaires Etrangères et de la Coopération Internationale de la République du Mali et le Directeur Général du Port Autonome de San-Pedro lors de leur rencontre du 28 août 2003 à Bamako en République du Mali ;
- La correspondance n° 0961/ME-MIE/PASP du 16 décembre 2003 du Ministre d'Etat, Ministre des Infrastructures Economiques au Ministre d'Etat, Ministre des Affaires Etrangères de la République de Côte d'Ivoire relative à la mise en place d'un comité technique de coopération en vue de l'utilisation du port de San-Pedro par les opérateurs économiques du Mali comme port de transit de leurs marchandises.
- Les conclusions de la 3ème session de la grande commission mixte de coopération Côte d'Ivoire - Mali qui s'est tenue à Bamako, République du Mali, du 24 au 25 juillet 2004. La République du Mali et la République de Côte d'Ivoire conviennent de :
Créer un comité technique paritaire de coopération au sein de la grande commission mixte de coopération et qui sera chargé du renforcement du partenariat entre le port de San-Pedro et les opérateurs économiques du Mali.
Ce comité technique qui sera composé de membres du secteur public et du secteur privé aura pour missions essentielles :
1-l'amélioration des liaisons routières reliant San-Pedro au Mali: axes San-Pedro/ Man / Touba / Odiénné / Bougouni / Bamako long de 1 100 km et San Pedro/ Séguéla / Boundiali / Tingrela / Bougouni / Bamako long de 1 061 km.
En effet, la qualité et la densité des axes routiers reliant un port à son arrière-pays participent à la compétitivité de ce port tout en lui offrant de nouvelles opportunités par élargissement de son hinterland.
2- La recherche de financement pour la réalisation de cet important projet d'intégration sous-régionale dans le cadre du NEPAD.
3- Le renforcement du partenariat entre le port de San-Pedro et les opérateurs économiques du Mali en vue de l'utilisation optimale de la place portuaire de San-Pedro comme port de transit des marchandises en provenance ou à destination du Mali.
Chacune des deux parties désignera ses représentants au sein du comité avant le 15 septembre 2004.
La première réunion du comité aura lieu à San-Pedro, République de Côte d'Ivoire, en novembre 2004.
Source : port de san-pedro
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