Stéphane Tchakam
30 Juillet 2004
"Avant l'effondrement du pont, nous vendions une centaine de billets par jour pour la ligne Mbanga-Kumba.
Aujourd'hui, nous faisons 200 à 215 billets chaque jour. " On ne peut empêcher Ndjimbwin Yaho, le chef de la gare de Mbanga, d'éprouver comme de la fierté de voir sa halte ferroviaire renaître à la faveur de l'effondrement du pont sur le Moungo. Parmi les solutions retenues pour résoudre le problème de liaison entre le Sud-Ouest et le Littoral, il y a le train qui effectue ce qu'on appelle ici des navettes. Quatre départs sont prévus au quotidien à partir de Mbanga vers Kumba : 8 heures 40, 12 heures 10, 15 heures 10 et 18 heures. Pour chaque train, le nombre de voitures est passé de deux à trois et l'unique fourgon a été maintenu. Le prix du billet coûte 400 francs et les passagers peuvent même payer 200 francs s'ils descendent à Ediki, localité située avant Kumba.
Peinte depuis quelques années aux couleurs de Camrail, la gare, austère bâtisse de l'époque coloniale, ressemble à bien d'autres, le long du Transcamerounais. Les plafonds sont hauts et certains équipements de l'époque sont encore utilisés. La file d'attente devant le guichet est la meilleure illustration de ce que disait tout à l'heure le chef de gare. Dans le petit hall, des familles attendent sur les bancs tandis que bien d'autres passagers, flanqués de leurs bagages, attendent sur le quai. Tout ce beau monde est de fort méchante humeur parce que depuis ce matin, aucun train n'est arrivé. Des aléas de nature technique peuvent en effet gripper la machine.
Il n'empêche, pour tous les voyageurs qui font les cent pas, le choix à faire est clair. " Avec le train, affirme Bertrand Laghom, agent commercial à Kumba, c'est plus rapide et on peut aisément se rendre dans le Sud-Ouest. Je ne veux pas emprunter la route et passer par Loum parce que le voyage dure alors trois à cinq heures au départ de Douala ". Pamela, une jeune femme, " évite de traverser le fleuve par pirogue et le train ne coûte pas cher ". Seulement, déplore Hugues Fotso, " les départs ne sont pas aussi réguliers que cela et vous ne pouvez pas faire de programme sur la base de votre arrivée à telle ou telle heure parce que vous n'en savez rien ".
Les petites difficultés que révèlent les départs ou les annulations ont cependant été prévues puisque des moyens ont été mis à la disposition du personnel des chemins de fer. Ainsi, se félicite le chef de gare, que son sifflet jaune ne quitte pas, " nos conducteurs ont été équipés de téléphones portables avec du crédit pour 30 000 francs. Ça nous permet de joindre les uns et les autres en cas de problème ici ou là. Même l'équipe technique qui veille sur l'état des machines a été renforcée ". De telles mesures ont sans doute convaincu une entreprise comme Delmonte à utiliser le train pour transporter ses bananes, récoltées à Tiko, de Kumba vers Mbanga. Pour ce faire, des plate-formes container sont mises à la disposition de la société et une fois que les fruits arrivent à Mbanga, ils sont transportés par la route vers Douala. D'autres entreprises, à l'instar de Cimencam, de Guinness et des Brasseries du Cameroun, ont contacté Camrail pour savoir dans quelle mesure il serait possible que les différents produits empruntent le rail.
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