Benoît Léty (stagiaire)
6 Août 2004
L'institution adventiste compte déjà deux facultés et se développe dans un cadre bucolique.
Si Nanga-Eboko est une petite ville, le campus adventiste en est un grand village. À plus de 160 km de Yaoundé, direction nord-est sur les routes cabossées de la nationale n°1, à l'entrée de Nanga-Eboko, deux pancartes indiquent le collège et l'université adventistes. On avance de cent mètres sur ce petit chemin en terre, pour se trouver face à une stèle affichant "séminaire adventiste", accompagnée d'une croix et de trois petits anges. Le cadre religieux est clair d'entrée. L'enceinte du campus est impressionnante : 52 hectares d'espaces verts et de locaux à la disposition des élèves et des étudiants. Cette surface s'étend même plus loin, avec des habitations d'étudiants mariés et de riverains. Derrière tout cela, c'est la brousse, et quelques champs.
Pour une première visite, le cadre de l'université est suffisant pour une bonne balade, au milieu des palmiers et des bâtiments surnommés "Jerusalem", "Sion" ou "Samarie". Les étudiants ont tout ce dont ils ont besoin à disposition : le restaurant, les dortoirs, l'épicerie, le générateur électrique, la source d'eau potable, le terrain de sport, le cybercafé, et l'inévitable chapelle. Avec ces avantages, les résidents paraissent vivre en communauté, tellement que le centre ville de Nanga-Eboko, à deux kilomètres, ne semble pas être un lieu de pèlerinage très fréquent. L'université adventiste Cosendai, du nom de l'un des missionnaires, Aimé Cosendai, a été créée en 1995 ; elle a été autorisée par le ministère de l'Enseignement supérieur (Minesup) en 1996 et reconnue en 2002. Mais la mission adventiste a investi le site depuis 1926. Deux ans plus tard, en 1928, une école de jeunes était créée, puis au fil des années, suivirent un collège et un séminaire. Le séminaire a fermé ses portes en 1986 au profit de l'université adventiste. C'est suite à la guerre civile rwandaise en 1994 que le projet de l'université Cosendai est né.
Religion
Si la religion et le "Seigneur" sont dans toutes les conversations, les représentants de cette institution privée se défendent d'être dans un établissement se résumant à l'adventisme. Dimanche dernier, c'était la remise des diplômes de la sixième promotion. "La majorité des sortants est non-adventiste", souligne le recteur, Lucile Sabas. Et contrairement à son image, l'université n'enseigne pas que la théologie. Deux facultés sont séparées : "théologie" et "gestion et informatique". Parmi les 34 sortants de la sixième promotion, 25 étaient inscrits dans la faculté de gestion et d'informatique. Malgré tout, la majorité des encadreurs sont adventistes, et le rythme des prières est respecté par tous, même par les étudiants partageant une autre confession religieuse. Il existe aussi des cours communs à toutes les options : philosophie de l'éducation adventiste, obligatoire, et la vie de Jésus, optionnel.
Les protestants adventistes du septième jour attendent le retour de Jésus Christ, et ils respectent le sabbat (samedi) comme jour de repos et de culte. Tous les vendredis soirs sonnent le rassemblement général à la chapelle, pour le début du sabbat, rebelotte le samedi matin pour le culte, et re-rebelotte le samedi soir pour "l'école du sabbat". En tout cas, à Nanga-Eboko, ce n'est pas difficile de trouver quelqu'un pour mener la prière. Nombreux sont les étudiants affirmant leur vocation pastorale. Même les prêcheurs changent à chaque cérémonie, de nombreux responsables étant eux-même pasteurs.
Haricots rouges
Le courant adventiste est d'origine américaine. L'université de Nanga Eboko dépend donc de la Conférence générale des églises adventistes du septième jour, basée à Washington. C'est cette organisation qui nomme le recteur. Lucile Sabas, Française, économiste de formation, est en poste depuis un an, après plusieurs années de direction américaine. Le diplôme de fin d'études délivré à l'université adventiste Cosendai (Uac) est calqué sur le modèle d'enseignement américain. Les deux facultés délivrent le "Bachelor of Arts" (BA), un équivalent de la licence, mais d'un niveau légèrement supérieur. "Aujourd'hui, on essaye de coller avec le système camerounais. Dès l'année prochaine, on va réduire le nombre de crédits (unités d'enseignement)", affirme madame le recteur. Un autre signe montre une influence américaine prononcée, plus habituel au Cameroun celui-là : les longues toges noires et les chapeaux carrés portés lors des remises de diplômes. Les étudiants n'ont par contre toujours pas pris l'habitude du hamburger et restent fidèles au sandwich de haricots rouges.
La religion demande aux étudiants une discipline de vie plus rigoureuse. C'est la principale raison invoquée par les parents pour l'inscription de leurs grands enfants à l'université Cosendai.
C'est ainsi que les diplômés 2004 ont marché au pas, parfaitement synchronés, pendant toutes les cérémonies du week-end. Dimanche matin, pour la remise des diplômes, les officiels se sont succédés ; la fanfare a sonné ; les prières se sont étalées ; les photos n'ont pas manqué ; puis tout le monde s'en est allé. Quatre étudiants ont fait un voyage un peu plus long que les autres : le Burkina Faso, le Burundi, la Côte d'Ivoire et la Guinée équatoriale. S'il existe 78 universités adventistes dans le monde, la majorité étant aux États-Unis, seules cinq sont recensées en Afrique, hormis celle de Nanga-Eboko : au Kenya, au Nigeria, au Ghana, au Rwanda et à Madagascar. L'Uac accueille donc des étudiants de l'ensemble de l'Afrique francophone, surtout au sein de la faculté de théologie. Isaac Djiguimkoudre est burkinabé, diplômé dans l'option. gestion des entreprises et administration de l'église: "Avant, j'étais engagé comme ouvrier de l'église. C'est mon sponsor (la mission des églises adventistes au Burkina Faso) qui m'a envoyé ici. Je vais probablement devenir pasteur pour cette association".
Plusieurs ont la chance d'être sponsorisés dans la faculté de théologie. La réalité n'est pas la même pour la faculté de gestion et d'informatique. Claude Ndaki, doyen de celle-ci, répète aux étudiants sortants : "C'est la fin du début !". Il s'explique : "Les étudiants sponsorisés sont peu nombreux. Les autres, on les encourage d'abord à poursuivre leurs études. La majorité de la dernière promotion est en maîtrise. Mais la plupart trouvent un emploi. En informatique, par exemple, c'est plus facile." Pendant la cérémonie, le recteur a pris la parole. "Comme une mère à ses enfants", elle les a encouragés à "créer des entités économiques", une solution pour éviter la longue recherche de l'emploi. Mais les études coûtent déjà cher. Le recteur estime à 790.000 Fcfa l'ensemble des frais de scolarité et de vie quotidienne par an et par étudiant. Pour limiter ces coûts, l'université propose un système de travail : 20h par semaine et une rémunération par crédits, comme droit de suivre telle ou telle unité d'enseignement. Les étudiants de jour se transforment parfois en travailleurs de nuit, pour surveiller les dortoirs, aider aux travaux manuels, à la gestion... Un rythme difficile, vu que les cours peuvent s'étaler jusqu'à 22h le soir, à cause du manque de locaux.
L'université de Nanga-Eboko est en partie financée par subventions par l'organisation adventiste mondiale et la division d'Afrique de l'ouest. Le reste du budget provient de dons ponctuels et des frais de scolarité des étudiants. Elle est l'une des deux seules universités privées reconnues au Cameroun, avec l'université catholique à Yaoundé.
Après neuf ans d'existence, l'Uac veut troquer son statut de village contre celui de campus imposant, drainant un grand nombre d'étudiants. 500 hectares sont réservés à un projet de construction. La première pierre du premier bâtiment a été posée le mois dernier, la réalisation globale du projet étant prévue pour 2012. "Nous espérons monter en effectif, maintenant, nous pensons lancer la communication et la promotion", explique le recteur, Lucile Sabas. Des dossiers ont déjà été déposés pour créer de nouvelles facultés, les plus avancés seraient les soins d'infirmeries, l'éducation et l'économie. Le premier bâtiment de ce vaste projet devrait même être utilisé dès l'année prochaine par les deux facultés dejà opérationnelles. Reste à accélérer les travaux : pour l'instant, ce bâtiment tant attendu n'en est qu'aux fondations, perdu à plusieurs centaines de mètres de l'actuel campus, au milieu de la brousse et des champs.
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