Interview réalisée par Y. Faryk T.
9 Août 2004
interview
Après avoir réalisé dans ses ateliers les bateau-bus "Le Moossou", puis "L'Agnéby", la Société des transports abidjanais (SOTRA), qui est en train d'achever un troisième en ce moment, a en projet la construction d'un véritable chantier naval. Dans cet entretien qu'il a bien voulu accorder à "Notre Voie", M. Coulibaly Mamadou, le directeur des Ateliers centraux du transporteur abidjanais, dit comment et pourquoi une telle initiative.
M. Coulibaly, la SOTRA a importé ses bateaux, avant de se décider maintenant à en construire elle-même. Est-ce parce que la technicité faisait défaut ?
-CNon, je ne pense pas que c'est la technicité qui manquait. Je dirais plutôt que ce qui manquait, c'est la volonté de le faire et aussi les moyens. A cela, il faut ajouter le fait que le besoin n'existait pas. Les bateaux, acquis dans les années 80, étaient neufs. C'est quand le besoin de les réformer, les remplacer s'est posé et avec la volonté du directeur général actuel que nous avons commencé
Vous avez parlé de moyens
Oui, les moyens, c'est d'abord le côté financier. Pour construire un bateau, il faut plus de 100 millions. Ces moyens ayant été mis à la disposition de l'équipe, plus rien ne nous empêchait de construire les bateaux. Parce que les ressources humaines existaient déjà. En fait, à force de faire l'entretien de ces bateaux, de les démonter et remonter, on avait fini par les maîtriser entièrement. Il ne nous manquait que le moule qui se trouvait en France avec les premiers fabricants. Nous l'avons recherché et racheté, et à partir de là, tout était possible.
Qu'est-ce qui explique la trop grande différence de prix entre le navire importé et celui fabriqué sur place, lorsqu'on sait que les organes, les caractéristiques... sont les mêmes ?
CC'est la loi du marché. Je pense aussi qu'il y a la main-d'oeuvre qui coûte extrêmement cher en Europe. Vous savez, un bateau c'est fait à la main. Ce n'est pas comme les automobiles qui sont fabriquées à la chaîne, avec des robots.
Le 3ème bateau que vous construisez en ce moment fera-t-il le transport ordinaire ou le tourisme ?
Il est destiné au transport urbain ordinaire. En ce moment, nous cherchons d'abord à vulgariser, à rentabiliser le premier que nous avons construit pour le tourisme. Il n'était donc pas opportun d'en mettre un second en chantier.
Il a été question un moment de créer dans les ateliers centraux de la SOTRA un véritable chantier naval. Pourquoi et où en êtes-vous avec le projet ?
Effectivement, nous sommes partis du fait que le plan lagunaire est sous exploité et que le développement du transport par cette voie peut nous permettre d'éviter les congestions sur les routes et mettre moins de temps pour rallier les différents quartiers. Une étude a été faite et il est prévu la création de 14 nouvelles lignes avec un parc de 100 bateau-bus et une estimation d'environ 500 000 déplacements quotidiens. Nous aurons ainsi des lignes entre toutes les communes, hormis Abobo et Adjamé qui ne sont pas baignées par la lagune. Nous prévoyons même, à terme, la desserte d'autres localités comme Bingerville, Bassam, Dabou, Jacqueville, Grand-Lahou, enfin, tous les endroits accessibles par voie d'eau. C'est donc dans cette optique que la SOTRA a décidé de se doter d'un véritable chantier naval. Là aussi, les études sont bouclées et nous sommes à la recherche de bailleurs de fonds et de l'aide de l'Etat qui a promis contribuer à la réalisation du projet.
Le coût du projet ?
La réalisation du chantier est estimée à 4,7 milliards de FCFA. Bâti ici même (sur le site des Ateliers centraux (NDLR), il va entraîner la création de 580 emplois directs et plusieurs centaines d'indirects. Avec des impacts socio-économiques certains. Comme développer et moderniser le transport fluvio-lagunaire, faciliter les déplacements aussi bien à Abidjan que vers les villes côtières et dans la sous-région, industrialiser le pays, apporter à la SOTRA des ressources additionnelles, protéger l'environnement par la réduction de la pollution sonore et écologique. Sans oublier qu'avec une capacité de production de 16 bateaux/an, nous allons renouveler le parc de la SOTRA
Vous avez parlé de financements que vous recherchez
Oui, mais il faut dire que les choses ne sont pas faciles à ce niveau. Le problème, c'est que la SOTRA traîne une dette de 33 milliards et cela rend les discussions pratiquement impossibles avec tout banquier sérieux. Aujourd'hui, ce que nous attendons, c'est la restructuration financière que nous avons proposé à l'Etat et au terme de laquelle cette dette, qui est en fait celle de l'Etat et qu'il ne perd rien à abandonner, soit effacée pour permettre une recapitalisation de l'entreprise. A cela, il faut bien entendu ajouter le fait que la situation actuelle du pays n'est pas faite pour arranger les choses
Ce principe d'accordéon a-t-il été accepté par l'Etat ?
L'Etat a accepté et le dossier suit son cours. Une fois, il était même sur la table du Conseil des ministres mais, ça n'a pas abouti ( ) En ce moment, il est sur la table du Premier ministre et nous espérons qu'avec la reprise des travaux du gouvernement, il va être examiné enfin, parce que c'est quelque chose qui nous tient à coeur. Voyez-vous, nous faisons des gains de 30 à 40% en fabriquant nos véhicules sur place A ce propos, je signale au passage qu'il n'y a pas que les bateaux-bus. Nous importons les ensembles moteur, pont et boite et construisons des autobus. Et tout cela nous permet de faire des gains considérables
Ne craignez-vous pas d'être confronté à un manque de volonté politique ?
C'est possible qu'il y ait eu un manque de volonté politique jusqu'ici. L'Etat est peut-être un peu méfiant. Il craint peut-être de perdre le contrôle de la société lors de la recapitalisation. La SOTRA joue un rôle social tellement important que son contrôle par des groupes privés peut effectivement créer des problèmes au niveau de la fixation du prix des tickets par exemple
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