Fraternité Matin (Abidjan)
Moussa Toure
10 Août 2004
Abidjan — Conformément à la convention de Cartagena obligeant ses pays signataires à assurer une conservation durable de leurs ressources génétiques, la Côte d'Ivoire multiplie les initiatives visant à asseoir sa politique nationale sur les biotechnologies et la biosécurité.
Conformément à la convention de Cartagena obligeant ses pays signataires à assurer une conservation durable de leurs ressources génétiques, la Côte d'Ivoire multiplie les initiatives visant à asseoir sa politique nationale sur les biotechnologies et la biosécurité. L'atelier relatif au renforcement des capacités scientifiques locales en matière de biosécurité organisé par le CNRA (Centre national de recherche agronomique) les 3 et 4 août au siège de l'Association ivoirienne des Sciences agronomiques (AISA) est le dernier en date. Une rencontre scientifique suscitée par le ministère de l'Environnement. Et qui aura permis d'identifier les institutions nationales et leurs services techniques à même de jouer un rôle essentiel et précis dans le fonctionnement du dispositif de biosécurité en Côte d'Ivoire. L'on a pu également identifier et préciser l'apport des différentes institutions internationales, capables de soutenir notre pays dans le renforcement de ses capacités pour ce qui est de la biosécurité. Mieux, en la matière, les chercheurs se sont fait une idée exacte de la contribution de l'Organisation des Nations unies pour l'Alimentation et l'Agri-culture (FAO).
Au total, les chercheurs recommandent aux pouvoirs publics, l'adoption d'une démarche qualité dans les activités d'évaluation et de gestion des organismes génétiquement modifiés (OGM) ; la sensibilisation des responsables des structures en vue d'une prise de conscience effective de leurs obligations ; la définition d'un mécanisme de financement qui servira au fonctionnement du dispositif de Biosécurité. Tout comme ils recommandent que soit réaffirmée la place de la bioéthique dans le dispositif du cadre national de Biosécurité. La sensibilisation de l'ensembme des acteurs à une plus grande responsabilité dans l'aménagement du cadre national de Biosécurité, avec ou sans l'appui des bailleurs de fonds s'impose également
Ainsi à défaut de s'engager dans des expérimentations portant sur la mise au point des OGM, même si elle en a les compétences scientifiques requises à travers le CNRA, la Côte d'Ivoire s'offre pour l'heure les moyens d'une gestion sécurisée de ses ressources génétiques. Consciente en cela des craintes suscitées par l'usage des biotechnologies modernes dans les domaines de la santé, de l'environnement et de l'économie. Le Dr Kouassi Auguste, conseiller spécial du Président de la République, classifie ses différentes craintes ainsi. Au niveau de la santé, elles ont été provoquées par les récents événements sur la vache folle et le scandale du sang contaminé en France. Ce qui a entraîné une rupture de la confiance entre les consommateurs, les malades et la recherche. Et un besoin légitime de plus de transparence dans la fabrication des produits alimentaires. Dans le domaine de l'environnement, l'on assiste à la production de gènes des organismes génétiquement modifiés (OGM) portant sur des cultures existantes et des espèces sauvages. Il y a également l'impact sur la microfaune et la microflore, ainsi que le développement de résistances herbicides et aux maladies. Au niveau économique, les craintes proviennent du fait que seulement quatre pays (les Etats Unis, l'Angleterre, la Chine et l'Afrique du Sud) produisent 98% des OGM. Seules trois compagnies (MONSANTO, AVENTIS et NOVATIS) sont détentrices des OGM actuellement commercialisés. En outre, tous les gènes utilisés en ce moment sont sous brevet. De sorte qu'on appréhende une mainmise des multinationales sur l'économie des pays en voie de développement. Cela dit, estime le Dr Kouassi Auguste, les biotechnologies modernes peuvent contribuer positivement au développement durable. En fait, à en croire l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) et l'Organisation des Nations unies pour l'Alimentation et l'Agriculture (FAO), l'impact sur la santé des OGM commercialisés aujourd'hui n'est pas significativement différent de celui des cultures traditionnelles. Aussi, convient-il de procéder toujours pour ce qui est de la santé à une évaluation des risques au cas par cas.
Cratères: Fortes pressions
Le débat reste fort animé, sur la possibilité d'éventuelles surprises désagréables que les organismes génétiquement modifiés (OGM) pourraient réserver à l'humanité. Singulièrement au niveau de l'alimentation que de la conservation de la diversité biologique. Alors que certains croient dur comme fer que rien de sérieusement scientifique ne permet de minimiser les risques liés à l'utilisation des produits à base d'organisme génétiquement modifié, d'autres, presque sans se soucier de ce fait, s'adonnent allègrement à l'usage et à la consommation des produits transgéniques. Dans lequel de ces deux camps, l'Afrique doit-elle se situer ?
Question bien embarrassante pour ces gouvernements dont les chercheurs observent eux-mêmes des divergences de vues non négligeables sur le sujet. La majorité des nations sous les tropiques demeure encore méfiante. Ou simplement hésitante à s'intéresser malgré tout à des expérimentations en la matière. Il y a surtout les moyens technologiques que cela requiert, au-delà même des qualifications scientifiques requises. Celles-ci constituent un écueil majeur pour nombre de nos pays.
En dépit de la logique qui cautionne la méfiance observée à travers le monde par nombre de pays quant aux risques probables inhérents aux OGM, l'on assiste à une évolution rapide des cultures transgéniques. De 1,7 million d'hectares en 1996, les superficies mises en valeur avec des plantes génétiquement modifiées ont, en 2003, atteint 68 millions d'hectares.
Ces cultures sont essentiellement le soja, le maïs et le coton. Le soja transgénique a occupé 55% de l'ensemble des superficies de cette céréale à l'échelle mondiale en 2003. Le coton transgénique a lui couvert 21% des superficies totales de coton cultivées à travers le monde. Dans la même année, le maïs transgénique a occupé 11% des superficies mondiales de maïs. Et il est certain que ces surfaces de produits transgéniques vont s'agrandir davantage au cours des années à venir, en prenant en compte d'autres espèces de cultures issues des manipulations génétiques. Autant dire que dans l'immédiat et même à jamais, rien ne pourra freiner cette évolution. Même si les craintes exprimées ici et là, relativement aux effets néfastes possibles des OGM sur la santé et l'environnement, devaient encore demeurer pour quelque temps encore. Les pressions restent fortes sur l'Afrique à s'engager dans l'usage tous azimuts des produits transgéniques. Au motif que ceux-ci contribueront à la résolution de ces problèmes alimentaires particulièrement. Ce qui n'est pas littéralement inexact.
Par exemple, cette maladie qu'est la mosaïque africaine du manioc suscitant des pertes de rendement de 20 à 100% est désormais évitable grâce " aux méthodes simples d'assainissement par la culture in vitro ". Des résultats que les multinationales entendent vulgariser au plus haut point à travers le continent. Qu'on le veuille ou non, on ne saura échapper à l'invasion des OGM, sous-tendue par d'importants intérêts financiers.
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