Libération (Casablanca)

Maroc: Un point de vue entre deux mondes

Safaa Nhairy

11 Août 2004


Aux Etats-Unis, l'émission «American Ideal» permet aux jeunes talents artistiques de se faire découvrir, de les faire connaître et de leur donner l'occasion de profiter de la stardom.

Une fois la nouvelle star choisie, elle enregistre un album de chansons, fait une tournée de concerts autour des principaux Etats américains et voit son compte bancaire, de jour en jour, grossir. Au Maroc, «Studio 2M», «15 ans, 15 talents» et «Noujoum wa Noujoum» espèrent faire la même chose : découvrir des talents artistiques et augmenter le plus possible l'audience durant ces émissions.

D'après la presse marocaine, 2M est satisfaite des résultats de «Studio 2M.» Satisfaite ? Bien sûr. Lorsque les publicitaires sont contents, tout le monde l'est. D'ailleurs, 2M dit compter créer d'autres émissions du même genre pour encourager les jeunes marocains à réussir dans leur carrière artistique. En général, la télévision n'a aucun intérêt à aider les autres. La télévision en tant qu'industrie a un seul but : tirer des profits. Mais le danger n'est pas là. Le danger concerne la société marocaine.

Le Maroc est loin de donner aux artistes marocains un code de travail et une reconnaissance du métier d'artiste. L'art au Maroc ne représente qu'un hobby. Et les choses malheureusement ne changeront pas du jour au lendemain. Il est admirable de savoir que le Maroc regorge d'artistes. Mais, il est décevant de savoir, en même temps, que leur avenir dans l'art est limité. S'ils ne s'expatrient pas au Liban ou en Europe pour se battre afin de décrocher un spot de trois minutes sur la télévision, leur carrière artistique au Maroc se résumera en la lutte pour les droits de l'artiste, le sacrifice et la marginalisation sans aucune rentrée financière tangible digne du travail d'artiste.

Au-delà des problèmes des artistes, les émissions telles que «Studio 2M» offrent le rêve virtuel aux jeunes téléspectateurs. Alors que certains s'entêtent à porter les bagages des voyageurs pour se faire un apport financier symbolique, d'autres devant leur petit écran rêvassent de chanter leur chanson favorite à la télévision, de s'habiller comme Britney Spears et s'imaginent déjà interviewés par les journalistes.

Le chant et la musique sont des activités très enrichissantes qui d'ailleurs doivent être enseignés à l'école dès le plus jeune âge. Mais, le Maroc n'a pas besoin d'artistes chômeurs. Ces émissions-là créent des «stars» mais ne leur préparent aucun avenir florissant.

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Sachant que la télévision est un outil très influençable et qu'elle a une part de responsabilité dans l'éducation du public, l'un remarque que les dirigeants de 2M ne s'intéressent qu'aux talents dans l'art.

Qu'en est-il des inventeurs scientifiques, des littérateurs, des ingénieurs, des petits génies dans la culture générale? Ces gens-là ont le pouvoir de faire une différence et d'apporter leur expérience et leur ingéniosité au Maroc. Non, on ne s'intéresse pas à eux pour que le public ne rêvasse pas de devenir comme eux. Car si cela arrive, ce serait trop difficile et dangereux à gérer. Leur devise : laissons les ignorants s'enfoncer dans l'ignorance et monnayons leur faiblesse.

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