Libération (Casablanca)

Maroc: Procès de Motassadeq à Hambourg : l'Allemagne face aux "astuces de la justice"

Fatima Moho

12 Août 2004


En dépit de leur refus de laisser témoigner des éléments clés d'Al-Qaïda dans le procès de Mounir el Motassadeq réouvert mardi , les autorités américaines ont néanmoins fait parvenir mercredi à la Cour d'appel de Hambourg des éléments à la décharge du Marocain. Un coup de théâtre qui pourrait amener la justice allemande à acquitter El Motassadeq, seul condamné au monde dans le cadre des attentats du 11 septembre, comme ce fut le cas pour son compatriote Abdelghani Mzoudi acquitté depuis février dernier pour manque de preuves.

Mercredi, et contrairement à toute attente, le ministère américain de la Justice a adressé à la Cour d'appel de Hambourg un fax de 17 pages contenant deux témoignages à la décharge d'El Motassadeq. Le Yéménite Ramzi bin Al-Shibh et Khaled Cheikh Mohammed, soupçonnés d'avoir coordonné les attaques du 11 septembre et détenus dans des lieux secrets par les Américains, ont affirmé que Motassadeq n'était pas au courant des activités de la cellule d'Al-Qaïda à Hambourg. Il a été sciemment exclu de leurs projets terroristes pour des raions de sécurité, selon Bin al-shibh.

Pour sa part, Khaled Cheikh Mohammed, classé troisième dans la hiérarchie de l'Internationale terroriste, a affirmé qu' aucun détail sur les projets meurtriers n'a été évoqué avec Motassadeq.

Bin Al Shibh est allé même jusqu'à affirmer que seuls lui et les trois pirates de l'air kamikazes, à savoir Mohamed Atta, Marwan Al Shehhi et Ziad Jarrah, étaient membres de la cellule de Hambourg.

La justice allemande a repris en main l'affaire Motassadeq depuis mardi. Le Marocain âgé d'une trentaine d'années a été condamné en février 2003 à la peine maximale (15 de prison) pour complicité de meurtres dans plus de 3000 cas et participation à une organisation terroriste. Un jugement cassé en appel par la Cour fédérale allemande de justice pour manque de preuves, laquelle Cour a ordonné l'ouverture d'un deuxième procès. Ce qui a permis à Motassadeq de retrouver sa liberté ainsi que sa femme et sesdeux enfants.

Une décision qui n'était pas pour plaire Aux américains surtout que lors du premier procès la justice allemande a pu établir que Motassadeq fréquentait la cellule de Hambourg a fait des séjours dans des camps d'entraînement en Afghanistan et opéré des transferts d'argent pour le compte des kamikazes. Mais au yeux de la justice allemande, ces faits ne justifiaient pas la peine maximale. D'autant plus que l'accusé a nié tout au long de son procès avoir eu vent des actes criminels préparés par ses amis. Ceci au moment où Washington refusait de communiquer à la justice allemande un élément d'enquête primordial à savoir le témoignage de Bin Al Shibh.

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