Kigali — Le massacre, vendredi dernier, de Tutsis Banyamulenge dans un camp de réfugiés à Gatumba, près de la frontière congolaise et de Bujumbura, au Burundi, a provoqué une réelle au Rwanda voisin où plusieurs intellectuels ont dit à l'Agence Hirondelle leur crainte de voir de tels faits se reproduire.
Les deux petits pays d'Afrique centrale sont situés dans la région des Grands Lacs, en proie depuis plusieurs décennies à des conflits socio- politiques conduisant souvent à des massacres inter- ethniques.
«Le massacre revêt toutes les caractéristiques des agissements des Interahamwe», a commenté Anastase Shyaka, chercheur et directeur adjoint du Centre pour la résolution des conflits créé au sein de l'Université nationale du Rwanda.
Aile jeunesse de l'ancien parti présidentiel au Rwanda, le Mouvement républicain national pour la démocratie et le développement (MRND), les Interahamwe sont considérés comme le fer de lance du génocide qui a fait, selon Kigali, près d'un million de victimes à majorité des Tutsis et des Hutu de l'opposition entre avril et juillet 1994.
Plus de 150 Tutsis Banyamulenge originaires de la République démocratique du Congo (RDC) ont été massacrés dans la nuit de vendredi au camp de Gatumba, à quelques quatre kilomètres de la frontière avec la RDC. Les victimes, en majorité des femmes et des enfants qui ont récemment fui les combats en RDC, ont été tuées par balles et à l'arme blanche.
Le gouvernement rwandais et les médias locaux ont accusé des groupes rebelles hutus rwandais basés en RDC. Ces groupes, composés essentiellement d'anciens membres d'Interahamwe, ont nié toute implication dans ce massacre. En revanche, un groupe rebelle hutu du Burundi, le Front National de Libération (FNL), opposé au processus de paix en cours dans ce pays, a déclaré avoir mené, seul, cette attaque.
Des survivants ont rapporté que les assaillants sont arrivés en chantant, une méthode souvent utilisée dans le passé par des groupes rebelles rwandais basés en RDC lors de leurs incursions au Rwanda.
«Il y a une grande peur au Rwanda car le massacre du Burundi laisse penser à une continuation de l'idéologie du génocide», a souligné Shyaka, estimant que «les Rwandais de toutes les ethnies redoutent que l'escalade de la violence puisse constituer une menace à la paix au Rwanda». «Les conséquences d'une telle violence pourraient affecter tout le monde», a conclu le chercheur rwandais.
«Même si cette attaque a eu lieu au Burundi, ce qui provoque la peur au sein de la population rwandaise, la vérité est qu'il n'y pas de différence entre les FNL et les rebelles rwandais dans leurs méthodes et dans leurs cibles», a pour sa part observé Tom Ndahiro de la Commission nationale des droits de l'homme au Rwanda, et auteur de plusieurs articles sur le génocide rwandais.
Le massacre de Gatumba a été condamné par une dizaine d?associations membres de la plate forme de la société civile rwandaise. Dans leur communiqué daté du 17 août, les associations rwandaises demandent aux «gouvernements des pays de la sous région des Grands Lacs, particulièrement la République Démocratique du Congo et le Burundi, de tout mettre en oeuvre pour assurer la sécurité de leurs populations respectives et la protection des groupes ciblés par les adeptes de l'idéologie du génocide».
Les associations rwandaises appellent par ailleurs les Nations Unies «à prendre leurs responsabilités et à mener une enquête dans les plus brefs délais pour déterminer les auteurs de génocide des Banyamulenge et de les traduire en justice».
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