Source Afrik.com
24 Août 2004
L'animateur de Rfi et Tv5 et fondateur du magazine Afrobiz revient sur son parcours et ses problèmes identitaires.
Votre premier amour est le cinéma. Comment êtes-vous arrivé à la radio ?
J'ai effectivement fait un Deug (diplôme d'études universitaires générales, ndlr) de communication, une licence d'études cinématographiques puis une école de cinéma : le Conservatoire libre du cinéma français (Cnfc, promotion 92-94). Mais jai eu la chance d'arriver à Paris au moment où les radios libres explosaient. Il y avait quelques aînés avant moi, tels que Claudy Siar, Aziz Diop, Félix Mandong etc. Et je me suis engouffré dans la brèche. J'ai commencé à faire toutes les radios afro, Tabala FM, Tropic FM, Media Tropical etc. Mais je gardais évidemment en tête l'idée de faire du cinéma. J'ai d'ailleurs fait des courts métrages.
Vous êtes un enfant de l'Afrique ou un Français d'origine africaine ?
Je suis le produit du colonialisme. Je suis né au Cameroun et je suis venu en France à l'âge de cinq ans. Il n'y a aucune différence entre moi et un cousin de la Caraïbe francophone. Qu'il en ait conscience ou pas. Quand je suis arrivé en France, je ne parlais pas de langues africaines. J'ai vraiment épousé la " francitude ". J'ai consommé du Michel Delpech, du Mike Brant etc. J'étais voué à être un assimilé total, mais j'ai fait le chemin inverse. Car au fur et à mesure je sentais que ce n'était presque pas naturel que je sois là (en France, ndlr). L'Afrique ma rattrapé. J'ai reconstitué un corpus culturel africain en apprenant ma langue maternelle. Avec mon expérience professionnelle et avec ce que j'ai éprouvé en France, je me suis vraiment replongé dans l'Afrique.
Sur votre état civil vous répondez au prénom dAlain, mais vous vous faites appeler Amobé pourquoi ?
La première fois que j'ai fait de la radio, je me suis fait appeler Prince Yassa, du nom du célèbre plat africain. J'ai également officié sous le nom de Kounta Kinté (du roman Racine, ndlr). Ce n'était pas un caprice, mais une démarche. Parce que pour moi, c'est quelque chose d'important, un nom. Il a une charge émotive et une charge historique. C'est la mémoire et le miroir de l'âme. Je trouve insensé que les gens puissent s'offusquer du fait que je revendique un héritage qui existe. Je suis fier dêtre Africain. Lorsque j'ai été appelé à Rfi, je n'ai pas compris la mécanique mondiale que c'était. Administrativement, peut-être par négligence, on m'appelait Alain à l'antenne. Je porte encore le prénom d'Alain sur mon état civil, mais je suis en train de faire une transcription pour adopter celui d'Amobe.
Pourquoi Amobé ?
J'ai fait une démarche. Chez nous (au Cameroun, ndlr) la filiation est patriarcale. Je porte le nom de mon père, qui a apposé en plus celui de mon oncle. Mevegue Ongodo. Pour créer le prénom Amobé, j'ai fait une anagramme de tous mes patronymes. A de Alain, pour respecter le choix de ma mère, M de Mévégué, O pour Ongondo et B pour Bineli, le nom de mon grand-père.
Vous avez justement créé le magazine Afrobiz. Beaucoup de personnes critiquent le support pour son manque de régularité ...
Beaucoup de gens n'ont déjà pas compris que c'était un bimestriel. Donc dans leur tête, il sort une fois quand il peut. Il y a eu effectivement une période de restructuration de la société où il y a eu quatre mois d'absence. Nous sommes un jeune titre. Je m'étonne que tous ceux qui passent leur temps à critiquer ne se disent pas : " Celui-là, il a sorti un magazine en 2001 en papier glacé et qu'il faut reconnaître quand même que ce qu'ils font, qu'on aime ou qu'on n'aime pas, a quand même une certaine qualité. Ils sont encore là, quatre ans après, en train de se battre. Pourquoi ne les a-t-on pas soutenus ? ". Personne ou presque nous a soutenus. Afrobiz est un support que j'ai financé, seul, de ma poche. Je ne suis adoubé à aucune chancellerie africaine et ça, tout le monde ne peut pas en dire autant. Et c'est une fierté de dire qu'on est au combat pour chaque numéro. Ça veut dire qu'on se bat pour positionner un support avec une certaine éthique et qui trouvera, à coup sûr, le chemin de sa pérennité. On tend vers la mensualisation. Nous allons encore étoffer le tirage et l'on sera beaucoup plus présent dès la rentrée notamment sur Internet.
Combien coûte la réalisation d'un numéro d'Afrobiz ?
Tout compris, chaque numéro revient environ à 75 000 euros et l'on oscille entre 35 et 50 000 tirages. Je m'étonne que les annonceurs ne soient pas un peu plus solidaires parce qu'on a vraiment fait des efforts pour proposer un contenu et une qualité esthétique différents. Nous avons vraiment apporté quelque chose. Afrobiz est un produit qui parle à toute la communauté. C'est un magazine très équilibré. Si je ne remercie pas les annonceurs, je remercie en revanche toute la jeunesse africaine car nous vendons beaucoup plus en Afrique qu'en France.
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