25 Août 2004
Longue. Très longue fut la soirée de la clôture de la 6e session du festival Découvertes 21, qui s'est tenue du 19 au 21 août à El Jem.
Une heure et demie du matin et la musique battait encore la mesure. Idir était là, sur scène, entouré de ses fans, venus nombreux qui d'Algérie, qui de Libye. Tout le monde debout, bras en l'air, dans un état de transe. La musique berçante de ce chanteur kabyle, sa voix chaude et voluptueuse ont enfin calmé les nerfs et eurent tôt fait de faire oublier les longues heures d'attente qui ont précédé ce grand rendez-vous.
Depuis 21h00, la scène bouillonne. Les va-et-vient incessants des techniciens souffrant le martyre pour brancher les micros ont duré jusqu'à 22h30. Ce qui a été suffisant pour irriter aussi bien les fans d'Idir que le public de Découvertes qui est habitué à un peu plus de sérieux.
Il est clair que cette 6e session était particulière. Elle avait un goût différent, une autre ambiance qui nous paraît un peu prétentieuse. La soirée de clôture, qui, d'habitude donne la possibilité aux jeunes talents de se produire côte à côte avec les professionnels et de conquérir leur public, semble s'éloigner de cet objectif. Elle s'oriente plutôt vers les artistes confirmés et les têtes d'affiche. On ne peut pas vraiment blâmer cette orientation. L'Association arts et jeunesse d'El Jem, organisatrice de ce festival, a sûrement ses raisons.
Pendant les deux jours qu'à duré ce festival, les concerts des professionnels et ceux des amateurs ont alterné. Ils ont été organisés soit à l'esplanade, soit au marabout de Sidi Ben Aïssa, à proximité de l'amphithéâtre. Et cela dans le but de rapprocher la ville du festival et de pousser ainsi les habitants à mettre la main à la pâte malgré eux. La soirée de clôture, seule soirée tenue dans l'enceinte de l'amphithéâtre, devait drainer ce public, déjà séduit, et lui faire franchir le seuil du cet espace d'art.
Idir et encore Idir
Mais ce public présent n'est pas venu pour les artistes de Découvertes 21. Il ne scandait qu'un seul nom: "Idir". Il n'était là que pour cette "tête d'affiche" que les organisateurs ont programmée pour donner de l'ampleur au festival. Erreur : Idir, malgré les grandes qualités artistiques de son concert, n'avait pas, à notre avis, sa place dans ce festival qui avait sa spécificité et son timbre. Cette programmation a étouffé les artistes de ce festival. D'ailleurs, les deux concerts qui ont précédé l'arrivée de la star n'ont pas été estimés à leur juste valeur.
Outre leur entrée tardive, le public n'était pas prêt à les écouter.
La situation était moins pénible pour le premier groupe Rangeons Cartoon, concert prévu la veille et reporté pour des raisons climatiques, ce qui les a sauvés, c'est la nature de leur musique. Une musique au rythme saccadé qui a fait répandre un vent d'Est chargé de folk, rock et de musique cajun, ska, dub une musique très riche aux couleurs profondément occidentales et orientales. Libérée, elle s'est entremêlée spontanément à la musique fiévreuse des Colombes de Tunisie, toujours fidèles à cette manifestation. Ce mélange d'une charge symbolique extraordinaire était parfait. Il rime avec la vocation même de ce festival "la création tunisienne et musique du monde"
Mounir Troudi, victime d'une mauvaise organisation
Mais le public ne suivait pas. L'ambiance fut très tendue lorsque Mounir Troudi franchit la scène, à 23h00(*), pour assurer le deuxième concert avant l'arrivée de la star. Il s'aperçut qu'il était victime d'une mauvaise organisation mais c'était trop tard. Pourtant sa musique était intéressante. Très riche, elle est marquée par des influences soufie, jazz et bédouine. Cela, sans oublier sa voix vraiment exceptionnelle qui nécessite un minimum de concentration pour être appréciée. Mais les cris ! des cris qui réclamaient avec une insistance agaçante leur Idir Ce qui devait profondément perturber notre artiste. C'est ainsi d'ailleurs, que durant une heure, Mounir Troudi dut essayer d'imposer sa musique et de la faire ressentir malgré l'agitation du public.
Une agitation qui s'est accentuée lorsqu'un documentaire vidéo, pourtant fruit d'un travail très sérieux des membres de l'atelier vidéo, retraçant le séjour des participants a été diffusé, malgré la grogne. Une agitation qui ne devait cesser qu'à l'apparition du chanteur kabyle sur la scène, soit vers minuit et demi!
Héla HAZGUI
(*) Il est à signaler que M. Troudi a dû faire appel à d'autres musiciens car en dernière minute, son orchestre avait fait défaut.
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