Réalisé par : André Dossa et Judicaël Ayadokoun
25 Août 2004
Situé au coeur de l'Université d'Abomey-Calavi, le Système francophone d'édition et de diffusion (Syfed) devenu depuis deux ans, le Campus Numérique Francophone de Cotonou (Cnf) est une implantation locale de l'Agence Universitaire de la Francophonie.
C'est un plateau technique au service de l'enseignement et de la recherche proposant plusieurs services tels que l'hébergement et le développement de sites web, les formations, l'accès à l'information, le cyber étudiant et des fournisseurs d'accès. Il s'agit d'un espace modulaire abritant un réseau de 60 stations de travail reliées à l'Internet haut débit, ouvert aux chercheurs, enseignants et étudiants de toutes disciplines. Sa direction est assurée par M. Jean Tchougbé.
Créé à la faveur du sixième sommet de la francophonie à Cotonou en novembre 1995, le Système francophone d'édition et de diffusion (Syfed), est un centre de documentation et de recherche implanté au sein de l'université nationale du Bénin d'alors, et mis à la disposition des chercheurs et des étudiants béninois, à qui il fournissait des formations tournées vers les nouvelles technologies de l'information et de la communication. Le centre Syfed avait aussi pour mission de promouvoir la mobilité des étudiants. Ainsi, chaque année, des étudiants béninois sont envoyés, à travers l'espace francophone, vers d'autres universités pour aller finir leurs études. C'est un programme de mobilité qui est valable aussi bien pour les étudiants que pour les enseignants et qui permet de rompre le mythe selon lequel les diplômes béninois ne sont pas reconnus à l'extérieur.
Depuis deux ans, le Système francophone d'édition et de diffusion (Syfed) est devenu le Campus numérique francophone (Cnf) de Cotonou. Il a été inauguré en septembre 2002. Outre les attributions du Syfed, le Campus numérique francophone, fournit des informations scientifiques et techniques aux chercheurs, enseignants et étudiants de l'Université d'Abomey-Calavi et de Parakou. Il leur fournit également l'accès à Internet. En plus de tout ceci, le Cnf a ajouté depuis deux ans, la fonction formation aux nouvelles technologies par les nouvelles technologies. A cet effet, il dispose d'une salle de formation où les étudiants sont formés à utiliser les nouvelles technologies et où les enseignants viennent donner des cours par les nouvelles technologies.
Des infrastructures équipées pour la recherche
Le Campus numérique francophone de Cotonou dispose d'infrastructures équipées pour les recherches. Il dispose d'une salle de formation, réservée prioritairement aux formations se déroulant au sein du Cnf. Elle dispose pour cela d'un matériel complet de formation composé de 21 ordinateurs Asus Barebone Terminator reliés au réseau du Cnf, d'un écran Véleda et d'un vidéo projecteur. Cette salle qui peut contenir une quarantaine d'âmes offre à certains enseignants de Chimie de pouvoir faire faire à leurs étudiants des Travaux Pratiques (Tp) au moyen des Ntic. Ce qui pallie un tant soit peu le manque de matériels dans les laboratoires. S'il est vrai que la réalisation d'une expérience en nature ne peut pas être remplacée par ce qui est virtuel, il n'en demeure pas moins vrai que ce dernier peut toujours aider à combler le vide.
Le centre d'accès à l'information-Cai, un cyber pour étudiants
Dirigé par Simon Adjatan, documentaliste, le centre d'accès à l'information est réservé en permanence à la recherche d'informations sur Internet et à la navigation. Il dispose aussi d'ouvrages sur des sujets d'intérêt général. L'accès à cette salle est soumis à la présentation d'une carte de fréquentation du centre. 14 ordinateurs du type Asus Barebone terminator ont été affectés à la salle. Cette salle est ouverte aux étudiants de l'Université préalablement inscrits qui font leurs recherches.
Etudier à distance à moindre coût
Le campus numérique francophone de Cotonou offre plusieurs formations aux étudiants, professeurs et chercheurs de l'université. Il s'agit notamment des formations sur l'initiation à la recherche d'informations sur le Web, l'initiation à l'informatique, l'initiation à la publication de contenus sous SPIP, NTIC et systèmes d'information, l'initiation à la recherche d'informations biomédicales, l'information juridique et judiciaire sur le Web dans l'espace francophone, la gestion de fichiers et la bureautique : fonctions avancées. Dans le cadre de ces formations ouvertes à distance, 25 diplômes d'universités françaises essentiellement sont disponibles actuellement au Cnf. Mais il y a aussi des consortiums où des universités belges, tunisiennes et canadiennes interviennent dans ces formations. Ceci permet à l'étudiant béninois d'étudier à distance et à moindre coût. Le Campus Numérique Francophone (Cnf) offre également aux étudiants des bourses d'études parfois complètes à travers le monde.
Statut du Campus Numérique Francophone
Le Campus numérique francophone de Cotonou est une structure de l'Agence universitaire de la francophonie (Auf) au service de l'université. L'Auf étant une association des universités dont est membre l'Université d'Abomey-Calavi, cette dernière exerce automatiquement par l'intermédiaire de l'assemblée générale, par le conseil scientifique, et par le conseil d'administration de l'Auf, un contrôle sur le campus numérique qui n'est pas pour autant affilié à l'Uac. Il est au service de cette dernière et demande chaque année à travers son conseil national d'orientation aux universitaires béninois indiqués, de faire des suggestions pour l'amélioration des prestations du centre en matière de formations. L'autonomie du campus s'est renforcée au fil des années puisque le campus est installé grâce à un accord de siège que l'Auf a auprès de la République du Bénin. Selon Jean Tchougbé, Directeur du Cnf, l'Université de Parakou ne bénéficie pas encore des services du campus numérique francophone dans la mesure où elle n'est pas encore membre de l'Auf. Toutefois, elle bénéficie depuis sa création d'un certain nombre de facilités de l'Auf. Un projet est également en cours selon ce dernier, pour l'installation d'un centre d'accès à l'information. Les universités privées collaborent également avec le Cnf. Le Directeur du Cnf affirme que « tout étudiant et tout enseignant pouvant apporter la preuve qu'il est étudiant ou enseignant, est accepté d'office dans le centre ». Mais, précise-t-il, « tout ceci n'est pas gratuit, parce que nous sommes dans la logique de l'économie solidaire. Si un enseignant demande par exemple un article, quelque soit le nombre de pages, il paiera la modique somme de 900 frs Cfa. Maintenant dans le cadre de cette économie solidaire, les chefs d'entreprise paieront le double du prix pour le même article, soit 1800 frs Cfa ».
Malgré ses nombreuses missions, le Campus numérique francophone de Cotonou n'est administré que par trois personnes. Il s'agit de son Directeur M. Jean Tchougbé, de l'administrateur réseau, M. Mathieu Giannecchini et Mme Aballo Mamadou qui s'occupe aussi bien de la gestion et de la comptabilité que de tout ce qui relève des recherches bibliographiques.
Le peu d'engouement des chercheurs scientifiques
Le travail de l'équipe du Directeur du campus numérique, Jean Tchougbé, consiste à canaliser les étudiants, leur apprendre à naviguer pour qu'ils ne passent pas toute la journée à regarder la dernière chaussure de « Reebok », ou rien que les clips. Pour se faire, le centre met à la disposition de ses usagers, une liste de sites proposés par l'Agence universitaire francophone à travers un programme qu'il finance et qui consiste à inciter les enseignants à mettre leurs cours en ligne, afin que l'étudiant puisse aller consulter le cours de Mathématiques dispensées dans les universités des quatre coins du monde. Mais malheureusement, aucun professeur béninois n'a encore décidé de se mettre en ligne, ceci malgré toute la campagne et la sensibilisation faite à cet efet. Selon le Directeur du centre, Il y a même aujourd'hui une demande qui a été financée depuis un an, mais pas un seul cours n'est encore en ligne jusqu'à présent. Il y aurait même une deuxième demande en cours d'examen en France. « Nous canalisons donc avec ces outils et ressources l'ardeur de naviguer chez les étudiants afin qu'ils puissent renforcer les enseignements qu'ils reçoivent dans les amphis. » a dit Jean Tchougbé.
Plusieurs enseignants et chercheurs fréquentent le Cnf. Mais paradoxalement on note plus de chercheurs littéraires que de scientifiques. Ce qui paraît assez curieux. En ce qui concerne les recherches proprement dites, le Campus numérique dispose aujourd'hui des moyens de fournir à un chercheur, l'article scientifique paru dans la journée dans n'importe quel pays du monde et dont il désire en avoir copie, et ceci de façon très prompte et instantanée. « Il suffit seulement que le professeur donne son acte de recherche, et en cinq minutes on lui fournit la revue de littérature. Il choisit les articles qu'il veut et si par chance ces articles existent sous forme numérisée, son article lui est livré deux à trois heures plus tard. Dans le cas contraire, nous commandons l'article par courrier électronique, et l'article est photocopié et mis à la poste et une à deux semaines après, l'enseignant obtient son article. Ceci met l'enseignant béninois presque dans la même situation que les autres enseignants du monde entier» confirme le Directeur du Cnf. Mais quel usage les professeurs font-ils des résultats de ces recherches ? A en croire Jean Tchougbé, le Cnf ne détient pas d'un moyen d'évaluation, ni de suivi pour voir si les enseignements reçus par ces enseignants scientifiques sont automatiquement répercutés sur les cours dispensés aux étudiants. Néanmoins, poursuit-il, «nous recevons des messages de remerciement de certains enseignants béninois et étrangers pour l'immense service qu'on leur rend. A la dernière réunion du Cames par exemple, il y a eu quelques réactions de la part de professeurs titulaires qui m'ont avoué qu'il faut qu'ils s'y mettent, parce que si l'étudiant est informé et que le professeur ne l'est pas, il y aura problème. C'est dire que l'étudiant informé, risque d'être sanctionné par le professeur qui ne l'est pas. On peut donc déduire qu'il y a une tendance d'amélioration du niveau des cours par l'accès aux informations scientifiques et techniques par le biais du campus numérique d'Abomey-Calavi»
<>Ils ont dit...
Mathieu Giannecchini
Administrateur système réseau du Cnf
«Au niveau de la technique, je dépends du bureau régional Afrique de l'Ouest qui est un coordonnateur technique régional qui permet de superviser la technique d'informatisation, d'édition et d'implantation et aussi d'intervenir en cas d'installation importante comme l'installation complète du système central du campus numérique. Nous fournissons d'autres services comme l'accès à l'Internet, l'hébergement de site, l'accès à distance, et aussi la libre consultation à l'intérieur du campus numérique. Au niveau des matériels, c'est-à-dire équipement de postes clients et des chargeurs, ce sont des matériels qui nous viennent de la France qui sont gérés par la centrale d'achat de Paris. En général, ce sont des modèles standard qui couvrent toutes les différentes implantations. Ce sont des machines qu'on achète en gros, ce qui permet au centre d'avoir des machines neuves à des prix très réduits. Actuellement tous nos matériels sont de type Azus dernière génération. Nous insistons surtout sur les logiciels libres, parce que jusqu'à présent, les gens ne savent pas qu'il y a des logiciels qui s'utilisent sans propriétaires. Si un étudiant est chez lui et utilise un logiciel propriétaire sans en avoir les droits et licences, c'est déjà très embêtant. Le secteur éducatif est le plus adapté aux logiciels libres. Au fait ils permettent aux étudiants de se former à une technique de manipulation, et d'avoir ainsi la possibilité de porter des critères à l'échelle sous-régionale ou mondiale sur telles ou telles choses dans tous les pays de la communauté des logiciels libres.
Quelques impressions des usagés du Centre Numérique Francophone
Quenum Zocli, étudiant en Se2 et Anglais 1:
« Je suis un habitué du Cnf. C'est un centre qui est ouvert aux étudiants. Au Cnf, l'abonnement est presque gratuit dans la mesure où avec 10.000 frs Cfa par mois, on peut naviguer tous les jours et à tout moment de la journée. Ce qui est encore avantageux est qu'ils nous fournissent régulièrement des informations sur des sites sur lesquels on peut faire des recherches dans tous les domaines de l'éducation. Par exemple ils nous donnent des sites de bourses d'étude, de stage de formation professionnelle, toute une panoplie de sites sur lesquels on peut avoir des informations très profitables pour les étudiants que nous sommes. Grâce au Cnf, beaucoup de mes amis peuvent poursuivre aujourd'hui leurs études à l'étranger. C'est vraiment un centre qui promeut l'excellence»
Jacques, 23 ans, étudiant en Pc2 :
«Je viens au Cyber du Cnf pour envoyer des messages à mes camarades, et surtout pour faire des recherches dans mon domaine, c'est-à-dire suivre l'évolution de la physique et de la chimie»
Sébastien Sotindjo, Chef département histoire et archéologie de l'Université d'Abomey-Calavi
«Le Cnf est devenu un outil de travail aussi bien pour les étudiants que pour les enseignants et formateurs que nous sommes. Grâce au Cnf, nous faisons des recherches sur Internet, ce qui permet de vaincre la distance, en ce sens que un article qui est publié dans un pays du nord, est instantanément accessible. On est très content que le Cnf soit développé comme il l'est avec à sa tête un Directeur qui est très proche de tout le monde en ce sens qu'il a mis au point des produits très utiles pour nous. Grâce au Cnf, nous avons impliqué nos étudiants dans la formation informatique. Dans mon département d'Histoire et d'archéologie, nous sommes entrain d'appliquer de nouveaux programmes dans lesquels nous avons introduit des matières liées à l'informatique»
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