Notre Voie (Abidjan)

Côte d'Ivoire: "L'avenir n'appartient pas aux musiques d'ambiance"

Entretien réalisé par Eric Cossa et Sérikpa Benson

25 Août 2004


La Tigresse Sidonie, Christy B, DJ Jeff, Collectif 1+1, Don Mike Le Gourou, TV5, Tiane, l'album "Amina" d'Aïcha Koné et bien d'autres portent sa griffe. Nous avons rencontré l'arrangeur Freddie Assogba pour parler de son métier. Entretien.

Depuis quelque temps, vous êtes devenu incontournable dans le paysage musical ivoirien. Les albums de Don Mike Le Gourou, Christy B, Molaré, TV5, DJ Jeff, Eddie, Jet DJ, Surchoc, Tigresse Sidonie, Aïcha Koné (album Amina), Collectif 1+1, Tiane, Mathey (le prochain) et biens d'autres portent votre griffe au niveau des arrangements. Comment vivez-vous ce succès ?

Ça me fait plaisir mais je vis cela avec beaucoup d'humilité. Car je suis obligé de travailler davantage pour satisfaire les artistes qui me sollicitent. Vraiment, je garde la tête sur les épaules.

On a l'impression que vous débarquez de nulle part. Vous n'étiez pas très connu avant...

J'étais dans l'ombre. Je travaillais avec des arrangeurs de renom de la place. Nous avons fait de nombreux albums ensemble. Je n'étais pas toujours en première ligne. Chaque chose en son temps, comme dirait l'autre. Mais je l'avoue, ma formation musicale a constitué pour moi, pendant un moment, un handicap. J'ai appris le jazz et je ne voulais pas faire autre chose que ça. Finalement, je me suis dit pourquoi ne pas parallèlement au jazz, me tourner vers ce que le grand public aime. Donc, depuis trois ans, c'est ce que je fais. Grâce à Dieu, tous mes arrangements connaissent beaucoup de succès.

Avez-vous une formation académique à la base ?

J'ai fait huit (8) ans de conservatoire à l'école de musique de l'INSACC. J'ai effectué des stages en ingénierie de son d'abord en Suisse, puis en Angleterre. Après les études, j'ai fait beaucoup de pratique dans les studios d'enregistrement avec de grands arrangeurs. C'est toute cette expérience qui me sert aujourd'hui.

Quelles sont vos grandes satisfactions en matière d'arrangements ?

(Rires) Je ne suis pas encore satisfait. Parce que je ne suis même pas encore arrivé à la moitié de mes inspirations. Comme le public apprécie déjà mon travail, je me dis que ça va un peu. Mais je ne vais pas m'arrêter là. Je vais faire encore mieux, grâce à Dieu.

Mais vous n'êtes pas seulement qu'arrangeur ?

Je suis aussi musicien, auteur compositeur, instrumentiste. Je touche à tout dans la musique. Mon instrument de base est la guitare. Je suis guitariste soliste dans le groupe Woya. En plus de tout ça, je suis ingénieur de son. J'ai été ingénieur de son de Pierrette Adams et dans plusieurs festivals au Congo, au Bénin et en Côte d'Ivoire. J'ai assuré le son pendant les spectacles de Meiway, Tangara, Gadji Celi, Aïcha Koné, Wengue Musica, Extra Musica...

Comment êtes-vous venu à la musique ?

J'ai débuté très jeune dans ce métier. J'ai commencé la musique à l'âge de 12 ans à Cotonou (Bénin) avec le groupe "Les pionniers" du Bénin. J'étais le chef d'orchestre de ce groupe. On a même joué à l'époque devant le président Thomas Sankara qui nous admirait beaucoup. Au début, ma famille s'était opposée à mon choix. Aujourd'hui, mon père est très fier de moi. Il prie même pour que je sois toujours le meilleur dans ce que je fais. Je remercie Dieu pour cela. Et que cette gloire lui revienne.

Vous êtes jazzman et vous arrangez des musiques urbaines telles que la prudencia, le coupé-décalé... C'est un peu curieux, non ?

Vous savez, je suis un professionnel de la musique. Quand je compose ces musiques, je le fais avec beaucoup d'amour. Parce que c'est le public qui apprécie et achète ces albums. Il faut le respecter et lui faire plaisir. Je travaille sur ces oeuvres de manière professionnelle pour qu'elles plaisent. Même si chez moi à la maison, je n'écoute que la musique qui fait réfléchir, telle que le jazz, la soul, le R &B.

Pouvez-vous expliquer pourquoi ces musiques urbaines ont réussi à conquérir les mélomanes ?

Nous sommes dans une période de crise. Et les Ivoiriens ont envie de décompresser. Donc, les jeunes ont été inspirés par ces mouvements d'ambiance qui permettent aux mélomanes de se détendre. A côté des rythmes, il y a le message de paix, de réconciliation, d'amour qui est distillé à travers leurs chansons. C'est ce qui explique pourquoi ces musiques ont réussi à s'imposer sur le marché.

Et leur avenir ?

Ces musiques ne vont pas durer dans le temps. Déjà, parmi ces artistes, il y en a qui veulent tourner la page des rythmes d'ambiance pour faire la musique qui fait réfléchir, la bonne musique. Certains me disent "Vieux père, coupé-décalé, farot-farot, camera, c'est bien, mais maintenant, je veux chanter véritablement". Donc parmi eux, il y en a qui veulent se distinguer pour montrer au public qu'ils sont de bons chanteurs. Je cite pêle-mêle Erickson le Zulu qui était chanteur dans un groupe, DJ Jeff, DJ Volcano qui m'a d'ailleurs demandé de faire en sorte qu'on sente beaucoup de maturité dans son prochain album. En fait, certains d'entre eux veulent devenir de véritables artistes et embrasser une vraie carrière musicale car l'avenir n'appartient pas aux musiques d'ambiance.

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