Fraternité Matin (Abidjan)
Interview réalisée par Momo louis
26 Août 2004
interview
Abidjan — Arrivée en France en 1982 où il obtient son baccalauréat, Seed poursuit ses études supérieures à l'Université de Paris 10 Nanterre. Jusqu'au Diplôme d'Etude Approfondis (DEA) dont le thème a porté sur " Les ordonnances du masque Wê ".
Un travail de droit qui établit un parallèle entre les lois du masque Wê et celles de l'état ivoirien. Le tout comparé au droit français. Syndicaliste Me Seed est disponible. Après son DEA, il présente à Bordeaux, en janvier 1998, sa thèse de doctorat au Centre d'Etudes d'Afrique Noire (CEAN). Sous le thème : " La transition politique en Côte d'Ivoire, l'approche institutionnelle ". Star des banlieues parisiennes où il défend les sans-papiers, Seed Zee, n'arrête pas de répondre au téléphone. Dans son cabinet de 100 m2 surplombant la gare de Bondy, celui que ses clients appellent le " Vergès africain " s'est prêté à nos questions.
-Quel a été le thème de votre thèse ?
J'ai parlé dans ma thèse du Parti-Etat au temps de Félix Houphouët- Boigny, ensuite de la semi- démocratisation interne au parti unique dans les années 80 ; puis des revendications démocratiques des années 90. J'ai abordé toutes ces questions. J'ai également fait mention du septième congrès du PDCI qui a vu l'arrivée aux affaires de Henri Koran Bédié. Cette même année 1998, j'ai été admis à l'école des avocats puis au barreau de Paris.
-Aujourd'hui, vous vous présentez comme le défenseur des sans-papiers
La communauté africaine en France est une communauté fragilisée. Pour la simple raison qu'il n'est pas facile de vivre à l'étranger. La fragilité est d'ordre économique et social. Il est important de souligner que la communauté africaine n'est pas soudée. Les Africains sont en mal de repères. Il faut relever aussi le fait que le pays "d'accueil" ne facile pas la tâche aux étrangers. Particulièrement aux Africains. Et plus singulièrement aux ivoiriens depuis l'éclatement de la crise le 19 septembre 2002. Une situation qui a provoqué un véritable bras de fer entre la France et la Côte d'ivoire. En clair, les ivoiriens ne sont plus les bienvenus en France.
-Comment le constatez-vous ?
Je le note par les refus d'accès au territoire. Lorsque les africains arrivent l'aéroport de Roissy Charles De Gaulle, leurs passeports sont passés au peigne fin ; on leur reproche toujours quelque chose même quand ils ont le visa ; On trouve souvent que leurs visas sont falsifiés ou que leurs moyens d'existence sont insuffisants. Des personnes qui viennent en France avec 800 euros ( environs 450 000 F cfa) pour deux semaines, il leur est dit que ce n'est pas suffisant. Je dis que c'est aberrant dans la mesure où 800 euros c'est à peu près ce que gagnent les smicarts français ! Devant ces cas d'injustice répétées, je me considère comme l'avocat de la veuve et de l'orphelin. Je défends les plus faibles. Je l'ai décidé comme ça. J'aurais pu me lancer dans le droit des affaires et devenir riche très vite. J'aurais pu aussi faire des affaires dans a filière café- cacao, j'ai des terres chez moi à Guiglo. Je pense qu'à un moment donné il faut que l'Africain, l'Ivoirien défendre les causes qu'il trouve justes. J'estime pour ma part qu'un Ivoirien a le droit de vivre en France au nom de la réciprocité. Parce que lorsque les Français arrivent chez nous, ils sont bien reçus. Pourquoi lorsque nous débarquons ici, nous subissons toutes sortes de tracasseries? Il faut donc aider nos compatriotes à obtenir leurs cartes de séjour sans laquelle ils ne peuvent absolument rien faire en France.
-Vous venez de faire libérer un jeune Ivoirien qui devait embarquer pour un retour forcé à Abidjan
Ce jeune homme vit en France depuis trois années. Il est arrivé en France avec un passeport revêtu d'un visa en bonne et due forme. Il a une fiancé et une fillette de moins d'un an. Ce jeune Ivoirien a été l'objet d'un contrôle d'identité en région parisienne. Il a été interpellé. Placé en garde à vue durant 48 heures comme l'exige la loi. Et placé ensuite en rétention administrative pour 15 jours puisque entre- temps, le préfet de l'Essorme a pris un arrêté de le reconduire à la frontière. Dans le cadre de l'article 35 bis de l'ordonnance du 02 novembre 1945. Mon compatriote ayant droit à un avocat, ses parents m'ont fait appel. Je vais l'assister à l'aéroport de Roissy. A l'issue de notre entretien de trente minutes comme le prévoit la loi, je comprends que je peux le sauver. Une fois à la cour je verse 'les pièces concernant la garantie de représentation , c'est-à-dire les titres de propriété de son oncle, la quittance EDF, la photocopie de la pièce d'identité de son oncle, l'attestation d'hébergement rédigée par son oncle.
A partir du moment où l'étranger a un passeport, l'ordonnance du 02 novembre 1945 permet donc au magistrat de le remettre en liberté. Avec assignation à résidence. Encore faut-il que l'avocat argumente. Mon client ayant son passeport en cours de validité, j'étais sûr de réussir mon coup. J'ai l'habitude de ce genre de cas. Les étrangers sans papiers ayant un passeport en cours de validité, je les défends. Seulement voilà, il se trouve curieusement que le passeport de mon client a disparu du dossier ! Entre les services de police et le juge délégué de la première instance. J'ai donc demandé une suspension de séance pour téléphoner à la police d'Evry. Et exiger que le passeport du jeune ivoirien soit retrouvé, faut de quoi je collais à la cour un procès ! L'agent de police a donc fini par reconnaître que le passeport était quelque part. Ainsi, mon client a été libéré.
C'est une astuce de la police française de faire disparaître ce document et empêcher l'avocat de faire correctement son travail.
-Si vous n'aviez pas été vigilant, ce jeune Ivoirien serait à Abidjan actuellement ?
Exactement !
-En votre qualité d'homme de loi, quel est votre point de vue sur les accords de Marcoussis ?
Les accords de Marcoussis, au plan du droit, c'est un non sens. Que des Ivoiriens viennent laver leur linge sale à l'étranger, c'est aller contre les principes sacro-saints de nos traditions. Le fait de déplacer un problème ivoiro-ivoirien à l'étranger ne rencontre pas mon adhésion. Comme si nous n'étions pas suffisamment matures pour régler nos problèmes de façon domestique. Je le disais tantôt, c'est un non sens parce que ne ce n'est p un accord signé entre deux pays. Or le terme accord implique l'idée d'un traité au sens constitutionaliste du terme. On aurait pu l'appeler tout simplement un contrat !
-Les ex- rebelles vous ont pourtant contacté à moment donné ?
Ce ne sont pas les ténors que l'ai rencontrés, j'en conviens. Mais il y a eu des émissaires qui sont venus me voir et je ne les ai pas reçus. Si l'ex- rébellion avaient des critiques objectives comme en décembre 99 où le peuple ivoirien a salué le changement j'aurais dit Banco ! Mais c'est loin d'être le cas voyez-vous. Bref, je ne vois vraiment pas le fondement politique de ce coup de force. Le message que je lance à tous les politiciens de Côte d'ivoire est le suivant : Cessez la guerre et la diaspora investira !
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