Fraternité Matin (Abidjan)

Côte d'Ivoire: Quand la vue prend de l'âge

Bakayoko Zeguela

26 Août 2004


Abidjan — La déficience visuelle touche de 13 à 30% des personnes âgées. Dans près de 8% des cas, ce déficit est dramatique, se manifestant par une forte perte de l'acuité visuelle ou même une cécité.

Néanmoins, il est surprenant de constater que très souvent, les problèmes de vision graves ne sont pas diagnostiqués. Moins voir la télévision ou ne plus reconnaître son voisin peut passer totalement inaperçu, par le malade et par son médecin. Quelques questions simples, un examen de l'acuité visuelle et l'application de certaines recommandations suffiraient pourtant à détecter et parfois à améliorer des troubles dont les répercussions sur la vie quotidienne sont particulièrement catastrophiques.

Le vieillissement joue sur la vision

La presbytie est typiquement liée à l'âge. Elle donne aux gens la furieuse envie de voir leurs bras s'allonger pour lire le journal. La " lentille " intraoculaire ou cristallin s'épaissit, devient moins élastique, ce qui limite son pouvoir d'accommodation. Le vieillissement normal est également responsable de la diminution du champ visuel, d'une atténuation de la vision des couleurs (sombres et pastel) et des contrastes. Il entraîne aussi une gêne accrue dans la vision nocturne. Mais moins que certaines maladies

Les principales pathologies oculaires de la personne âgée sont la Dégénérescence Maculaire de la rétine Liée à l'Age (DMLA), la rétinopathie diabétique, la cataracte et le glaucome. Dans chacune de ces maladies, la perte visuelle est réelle, avec des symptômes et des prises en charges spécifiques.

La DMLA : responsable de pertes graves de la vision. C'est la vision centrale qui est perturbée, avec une sensation de brouillage et de distorsion de l'image. Quinze pour cent des personnes de plus de 80 ans sont touchées, en particulier quand elles ont des antécédents familiaux de cette maladie. Les gens hypermétropes, ceux aux yeux bleus ou fumeurs, sont exposés également.

Le traitement, quand il est possible, consiste à détruire avec le laser des vaisseaux anormaux apparus sous la rétine. Mais souvent, il faudra réapprendre à regarder, en utilisant d'autres points de fixation.

La rétinopathie diabétique : affection chronique de l'appareil micro circulatoire de la rétine. Particulière-ment crainte, cette maladie est à l'origine de 33% des cas de cécité chez les personnes âgées diabétiques. Il s'agit surtout de prévenir son apparition en régulant au mieux, dès le début de la maladie diabétique, le taux de sucre dans le sang. L'utilisation du laser permet de limiter les lésions rétiniennes et de réduire les risques de perte visuelle.

La cataracte : le cristallin s'opacifie. Les causes de ce phénomène sont multiples : l'âge, les traumatismes, le diabète ou certains médicaments (corticoïdes, traitement contre le cancer). La cataracte rend sensible aux éblouissements, elle fait parfois percevoir un halo autour des objets. Certains collyres peuvent améliorer la gêne, mais c'est l'intervention chirurgicale, possible sous anesthésie locale, qui permet l'ablation du cristallin et son remplacement par un implant. La vision est ainsi efficacement restaurée.

Le glaucome : augmentation de la pression à l'intérieur de l'oeil. Quand le phénomène est chronique, il est responsable de la diminution du champ visuel en périphérie. Il n'est diagnostiqué que par un examen ophtalmologique. Négligé, car souvent indolore, il peut conduire à la cécité. Son traitement peut être médical (collyres ou médicaments par voie générale) ou chirurgical. Le glaucome aigu est quant à lui très douloureux et s'accompagne d'autres signes (oeil rouge, perte visuelle, maux de tête, nausées, etc.). Il s'agit alors d'une véritable urgence thérapeutique.

Lutter contre la basse vision, c'est adapter l'environnement

Le bilan ophtalmologique doit apprécier le retentissement des troubles visuels sur les activités de la vie quotidienne. Une fois les déficits établis, il faut choisir des objectifs et des aides réalistes.

Les aides techniques : une loupe, associée à un bon éclairage, est déjà d'un grand recours. D'autres systèmes optiques peuvent s'adapter à la gravité du déficit : loupe mono ou binoculaire, éventuellement montée sur les lunettes ; prismes pour augmenter le champ de vision ; télé agrandisseurs (caméra sous laquelle on dépose un texte ou un livre, permettant de le grossir de 5 à 40 fois). Ces équipements imposent un apprentissage et obligent à changer certaines habitudes. C'est pourquoi il vaut mieux les utiliser le plus tôt possible.

Les " trucs " simples qui facilitent le quotidien

- Adapter dans toutes les pièces un bon éclairage, évitant les zones d'ombres.

- Utiliser des codes de couleurs (ranger la soupe de tomate dans une boîte marquée de larges bandes rouges ou la soupe de poulet dans une boîte marquée de bandes jaunes), afin d'éviter le recours permanent à une loupe pour lire le contenu des boîtes.

- Utiliser des lunettes de soleil ou des casquettes à l'extérieur (contre l'éblouissement).

- Ne jamais laisser les portes entrouvertes ou les chaises dans un passage.

- Faire participer les aidants. Eviter de dire : " asseyez vous ", mais " prenez la chaise rouge contre le mur blanc à votre droite ".

- Préférer pour le lieu de vie des couleurs vives, de hauts contrastes.

- Ne pas négliger l'abord psychologique : la basse vision est un véritable handicap.

Lutter contre la basse vision, c'est d'abord penser que c'est possible

Les tests d'acuité visuelle faits par le médecin généraliste sont utiles, mais parfois insuffisants. La rétinopathie diabétique ou la DMLA ne sont diagnostiquées que lors d'un examen du fond d'oeil. L'Académie américaine d'ophtalmologie recommande un examen ophtalmologique complet une fois entre 35 et 45 ans, puis au moins tous les cinq ans à partir de 50 ans. En tout cas, il n'est pas " normal " de ne rien voir, quand on est âgé. Beaucoup de seniors ne portent même plus leurs lunettes, pensant qu'elles ne serviront plus à grand chose. Pourtant, passer de 1/10 à 2/10, c'est doubler son acuité visuelle ! (alors que passer de 9/10 à 10/10 n'est qu'un petit gain). Dépister et traiter les problèmes à chaque fois que possible, mieux utiliser la vision résiduelle, stimuler les zones rétiniennes encore actives, développer les moyens de compensation, c'est l'enjeu. La qualité de la vie est aussi à ce prix.

Santé minée

Elle prend de l'eau de toute part, notre santé. Cette santé qui n'a pas de prix, mais à qui les prix en imposent. Prix des médicaments dont le guide thérapeutique devrait contribuer à faire baisser. Mais la marchandise médicament ne doit pas être choisie selon son prix. Sinon, nous bafouons l'honorabilité de ceux qui sont à charge de les prescrire. Personne d'autres. Pas même au nom d'une certaine politique de réduction de la pauvreté.

La santé n'a pas de prix, mais il faut y mettre le prix. Un prix fixé au taux le plus bas dans notre politique de recrutement des fonctionnaires. Qui ne fait pas de place spéciale au personnel de santé. Et on est toujours à décrier le manque de médecins. Un pays pauvre qui se permet le luxe de laisser des médecins au chômage. C'est un choix politique , rien d'autre.

La répartition des médecins ne devrait pas répondre aux mêmes critères que ceux auxquels sont soumis les autres fonctionnaires. Mais tous sont égaux, même pour la santé qui n'a pas de prix.

La santé qui est au début, au commencement de tout. Alors la situation peut continuer. Plus de 200 patients peuvent attendre d'être reçus par un ou deux médecins. A quelle qualité de soins doit-on s'attendre dans ce cas ?

Mais la santé n'a pas de prix. C'est plutôt le prix qui fait la santé. Sinon les praticiens déjà en nombre insuffisant ne se rendraient pas si disponibles pour le privé. Le temps ne suffit pas à l'hôpital public tellement ils se plaignent de la charge de travail. Mais il y a assez de temps pour hâter les pas dans le privé. Là où la motivation renforce la conscience professionnelle. Et pourtant ils n'ont pas assez de courage pour renoncer au salaire du public et consacrer ainsi leur temps entièrement là où la pratique de ce qui devrait être un sacerdoce se monnaie. La santé n'a pas de prix. C'est le prix qui fait la santé. Et la santé se fait à des prix. Sa qualité y dépend. La motivation de ceux qui la donnent y est assujettie.

La santé n'a pas de prix. C'est tout simplement qu'elle se donne à un prix. Au mieux offrant. Même si on a promis et juré de la donner à l'indigent et au nanti, de la même manière. De la donner en tout lieu et à tout moment de la même manière. Sans en attendre quelque chose. Sacrée santé. Ainsi va-t-elle, à l'ombre de nos promesses non tenues.

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