Le Messager (Douala)

Cameroun: Entretien avec Charles Salé, ministre des transports : « Les radars arrivent bientôt sur nos routes»

Entretien Mené Par Jean François Channon

27 Août 2004


interview

Nommé ministre des Transports au cours du réaménagement gouvernemental du 24 avril 2004, Charles Salé est un self made man politique. Plus de 100 jours après sa nomination, son ministère est toujours au devant de l'actualité : accidents de la circulation, situation désastreuse de la Camair, assainissement du secteur des motos taxis Ces sujets sont évoqués dans cet entretien avec Le Messager .

Monsieur le ministre, voici plus de 100 jours, que vous êtes à la tête du ministère des Transports. Quelles sont les premières appréciations que vous portez sur la tâche qui est la vôtre ?

Je dirais que c'est une tâche exaltante, une grande responsabilité que m'a confiée le chef de l'Etat et que j'entends assumer avec détermination et abnégation. Le ministère des Transports est un département éminemment économique et social, voire politique. Je ne perds pas de vue tous ces aspects et je voudrais apporter ma modeste contribution aux problèmes qui s'y posent par une meilleure offre de services des transports à la communauté nationale et internationale.

On constate que les accidents de la circulation n'ont point diminué. Au contraire, les morts dues aux accidents continuent de se compter à travers la République. Quelle est votre stratégie pour venir à bout de cette situation ?

Je ne partage pas votre point de vue. Il suffit d'être un observateur attentif pour vous rendre compte que nous ne vivons plus des hécatombes remarquées dans le passé. Ceci n'est pas un fait du hasard. Cela se justifie par la présence de nos collaborateurs dans les cars et bus de transport interurbains. Lesquels viennent nous informer des comportements et de la manière de conduire des chauffeurs. Après quoi, nous convoquons les propriétaires et directeurs généraux de ces sociétés, pour les informer des attitudes de leurs chauffeurs. Eventuellement des sanctions sont prises dans le cas des récidives. Ces messages sont ainsi rapportés à ces chauffeurs qui, de plus en plus, font attention. Voilà comment nous procédons pour diminuer les hécatombes. Par ailleurs, nous n'avons pas encore mis en place une stratégie efficace pour les transporteurs de grumes et de particuliers. C'est dans ces deux catégories d'utilisateurs de la route qu'on enregistre maintenant des accidents. Nous pensons qu'avec l'avènement prochain de l'alcootest et des radars, nous serons amenés à réduire substantiellement les cas d'accident de route.

Justement puisque vous l'avez évoqué, où en est-on avec le projet alcootest au ministère des transports ?

Les contrôles généralisés des tests d'alcoolémie sur les axes routiers et la répression des infractions y afférentes débutent très bientôt. Je rappelle que la réglementation en zone Cemac fixe le seuil de tolérance à 0,8/l d'alcool dans le sang. Mais il faut préciser que le gouvernement a introduit ces mesures depuis l'année 2000 en acquérant et remettant aux agences de voyages et autres générateurs du transport deux ou trois stocks de plus de 50 000 alcootests dans le but d'éduquer et de sensibiliser leurs chauffeurs sur les risques d'accidents encourus par une consommation abusive de l'alcool. Nous attendons actuellement une livraison de 49 000 alcootests qui vont directement servir dans la nouvelle phase engagée par nos propres services. Dans la foulée, débuteront aussi les contrôles techniques des véhicules. Vous savez que jusque-là, c'était le ventre mou de notre stratégie de prévention. C'est une prestation désormais cédée à des entreprises privées spécialisées. Les concessions ont été attribuées par appel d'offres.

Le problème dans la prévention routière est que les agents de sécurité et ceux du ministère semblent être tous véreux. Avez-vous prévu des sanctions en cas de flagrant délit ?

Il ne faut ni exagérer ni généraliser. Je ne peux certes pas nier l'existence d'agents véreux dans mon ministère. Mais, dire que tous le sont ou le seraient, me semble aller trop vite en besogne. Ce que je peux vous dire est que je serais très sévère vis-à-vis des agents reconnus de corruption et autres actes susceptibles de ternir l'image de marque de notre département ministériel. La sécurisation des titres et procédures de transports - permis de conduire, licence de transport, immatriculation - est l'une de mes priorités. Les études sont en cours. Par ce projet, je veux couper l'herbe sous les pieds des agents véreux et réduire ainsi l'ampleur du mal.

Monsieur le ministre, la situation actuelle de la Camair est de plus en plus inquiétante. Avez-vous un plan précis pour la remise en route de la compagnie nationale de transports aériens ? Va-t-on privatiser la Camair ?

Dans ce problème Camair, il y a plus de peur que de mal, car au jour d'aujourd'hui, un plan d'assainissement est mis en place. A travers ce plan, nous avons une lisibilité évidente de la Camair. Le gouvernement fait des efforts dans ce sens.

Vous avez récemment visité le Port autonome de Douala et le Chantier naval. Quels sentiments avez-vous sur ces sociétés d'Etat, dont votre département assure la tutelle ?

J'ai effectivement visité ces deux entreprises du 20 au 23 juillet dernier. Mes sentiments sont ceux du travail qui se fait dans ces deux structures. Comme vous devez certainement le savoir, la réforme du secteur portuaire touche à sa fin. Quant au chantier naval, on y observe un regain d'activité.

Monsieur le ministre, le problème des citoyens qui vivent en région urbaine, notamment Douala et Yaoundé, est celui des transports publics. Peut-on espérer voir renaître la Sotuc ou une autre structure ?

Vous savez que l'Etat s'est désengagé des principaux secteurs productifs pour promouvoir l'initiative privée. Déjà à Douala, opère une jeune compagnie privée aux côtés des taxis. L'expérience à Yaoundé n'est pas encore ce que l'on est en droit d'attendre, mais les marchés restent ouverts. Cela dit, le problème du transport urbain demeure une véritable préoccupation pour le gouvernement. Et si la stratégie relève de la compétence de mon département, la solution définitive fait intervenir d'autres ministères avec qui nous travaillons. Mon souci actuel est d'organiser rationnellement l'activité des taxis de ville et des motos taxis. J'ai déjà à ce sujet entamé des concertations avec les opérateurs de ces filières. Au terme de ce dialogue, nous comptons sortir des modules d'organisation qui offrent un service de transport urbain sécurisé et de bonne qualité.

Où en êtes-vous avec votre concertation avec les motos-taximen ?

Le transport par moto taxi est un mode qui prend de l'ampleur dans l'ensemble des villes du Cameroun, avec l'avantage de pallier la faiblesse de l'offre de transport urbain et surtout, dans les zones non desservies par les taxis et les bus, encore appelées zones périurbaines. Cette expansion entraîne malheureusement la recrudescence des accidents en milieu urbain ; 11 % des accidents en ville impliquent des motos taxis. Face à ce risque, le ministère des Transports développe une stratégie basée sur la concertation pour trouver des solutions adéquates. C'est ainsi que nous avons organisé le 18 mai et le 25 juin 2004, des rencontres avec les différents acteurs du transport par moto-taxi (propriétaires, conducteurs, syndicats, maires ) pour réexaminer les textes réglementant l'exercice de cette évolution. Une démarche graduelle a été convenue avec l'ensemble des partenaires de la filière. Elle porte sur la sensibilisation à travers l'identification des propriétaires des motos-taxis et les conditions d'exercice de cette activité. Le second pallier porte sur la formation des conducteurs de motos-taxis. Ensuite donc, viendra la phase du contrôle qui appelle l'application des sanctions liées au non-respect de la réglementation en vigueur. Vous constatez vous-mêmes que c'est une démarche logique et cohérente. Démarche partagée par tous les acteurs impliqués dans cette activité. L'identification des propriétaires des motos avec l'appui des maires ; la formation des conducteurs de moto-taxis dans le cadre d'un programme spécial à mettre en place.

Dans ce cadre, j'ai procédé, le 10 août dernier, au lancement du programme Education et sensibilisation aux normes sécuritaires du transport par moto-taxi Cette opération se déroule dans un premier temps dans les villes de Yaoundé, Douala, Bertoua, Garoua, Ngaoundéré et Maroua, mais couvrira l'ensemble des villes du pays.

Vous êtes membre du gouvernement et maire de la Commune de Belabo. Comment assurez-vous ces deux fonctions ?

Je m'organise et je délègue. Je suis certes maire de Belabo, mais j'ai aussi des adjoints et des collaborateurs compétents et consciencieux. Le travail est organisé de manière à assurer la continuité permanente du service public. Et puis, avec les Ntic, il n'y a presque plus de distance. Je peux donc traiter certains dossiers importants et urgents de la mairie à partir de mon bureau à Yaoundé. Mais de façon générale, je suis organisé de manière à être physiquement à Belabo selon une programmation qui ne compromet pas mes activités gouvernementales, une programmation que j'aurais à négocier avec le Premier ministre chef du gouvernement, de manière à ce que aucune structure ne souffre de mon absence.

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