Jacques Kimpozo Mayala)
27 Août 2004
Kinshasa — Deux corps inertes sont découverts ce matin en pleine rue à Goma. L'un est criblé de balles, au quartier Birere et l'autre couvert des traces de strangulation, au quartier Ndosho. Le point commun de ces deux morts est qu'ils appartiennent aux servi
ces des renseignements militaires. Le premier se nommait Désiré Ntumba (capitaine T2) et le second Pascal Kambere (capitaine). On croit savoir que ces deux nouveaux martyrs de la Transition ont fait les frais d'un règlement des comptes, à la suite de la saisie sans doute, par le capitaine Ntumba, d'une cargaison de 300 tenues militaires débarquées le 11 août à l'aéroport de Goma, pour le compte, raconte-t-on, du maquis du général mutin Nkunda Batware. Le tort du chef des renseignements militaires dans la 8ème Région Militaire serait d'avoir transmis l'information concomitamment à sa hiérarchie provinciale et à Kinshasa. En attendant que l'enquête ouverte à cette fin puisse dégager une éventuelle piste des tueurs et de leurs commanditaires, les commentaires, vont bon train autour de la cohabitation discordante entre troupes et agents de sécurité frappée du sceau autre que celui du RCD. La réunification a intérêt à cesser d'être une fiction dans les territoires anciennement sous contrôle des ex-composantes et entités belligérantes. L'interpellation devrait intéresser les gestionnaires au quotidien du pouvoir central à Kinshasa.
Attentats contre Z'Ahidi Ngoma
Une roquette explosive, manipulée probablement par mégarde, éclate dans le périmètre de l'aéroport international de Ndjili, sans faire des dégâts majeurs. Comme par hasard, l'escorte officielle du Vice-Président de la République en charge de la Commission Socioculturelle, Arthur Z'Ahidi Ngoma, rôde dans le secteur au même moment. Dans son entourage, les cervelles tournent à la quatrième vitesse. Un communiqué abondamment lu sur les antennes des chaînes audio-visuelles privées comme publiques fait état d'une tentative d'assassinant de celui qui passe pour le chef de file de l'Opposition non armée, selon la configuration actuelle des institutions de la Transition.
Alors que le public en est à s'interroger sur les mobiles de l'élimination physique d'une personnalité, un compte rendu de la réunion du Comité de Sécurité de la Ville-Province de Kinshasa dément la version relative à une quelconque velléité d'assassinat de qui que ce soit. Selon les experts appelés autour du Gouverneur Jean Kimbunda, il s'agit d'un simple accident, comme cela peut arriver dans un site d'entreposage des produits stratégiques. Aucun contre-démenti n'est opposé par le cabinet du Président des " Forces du futur ".
1+4 = négatif selon Palu
A l'appel d'Antoine Gizenga, Secrétaire Général du PALU (Parti Lumumbiste Unifié), un bon millier de combattants de ce parti se retrouvent devant sa résidence provisoire, sur la 12ème rue Limete, à l'occasion de la commémoration du 40ème anniversaire de la création de leur parti (22 août 1964). La presse est au rendez-vous sur invitation. " Ceux qui dirigeaient le Dialogue Intercongolais certainement incités par les forces occultes, avaient refusé d'accorder le temps raisonnable de parole à notre parti pour exposer sa position. Ils ont plutôt préféré l'option d'une solution dite 1+4 dont les résultats sur les plans politique, économique et social sont jugés négatifs par la totalité du peuple congolais ", proclame-t-il avec le verbe qu'on lui connaît. L'héritier spirituel de Patrice Lumumba estime que le Gouvernement de Transition a lamentablement échoué. Comme pour se donner bonne conscience, il souligne que " Certes l'Accord global et Inclusif ayant consacré ce système politique étrange, a été signé aussi par notre parti, mais il faut savoir que nous l'avons signé sous réserve, au seul motif que cela représentait l'unique manière d'arrêter la guerre au Congo, d'éloigner de celui-ci le risque de balkanisation et d'obtenir l'organisation rapide des élections libres, démocratiques et transparentes ". Faisant la rétrospective du passé, Antoine Gizenga qualifie de " réactionnaires " tous les régimes qui ont succédé au Gouvernement Lumumba. A son avis, la légalité a été brutalement interrompue par le coup de force du colonel Mobutu, le 14 septembre 1960. Un rappel douloureux est aussi fait : le régime de terreur installé par l'AFDL après la chute du maréchal Mobutu, le 17 mai 1997, le prix fort payé par le PALU sous forme de combattants arrêtés et même tués, des biens de ses responsables pillés ou confisqués, d'interdictions à répétition de ses activités. Un seul vou échappe de la bouche de son adjoint, Godefroid Mayobo, c'est le cheminement irréversible de tous les acteurs politiques vers la ligne d'arrivée : les élections.
Transition : le RCD en vacances
Azarias Ruberwa, Vice-Président chargé de la Commission Politique, Défense et Sécurité, annonce, de son lointain Goma, au Nord-Kivu, la suspension de la participation du Rassemblement Congolais pour la Démocratie, dont il est le président national dans toutes les institutions de la Transition, mais pas dans les forces armées. Cet homme sorti fraîchement du deuil d'une semaine qu'il vient d'observer en mémoire de 161 réfugiés Banyamulenge assassinés le 13 août à Gatumba, fonde sa décision sur " le refus opposé par Joseph Kabila de rejoindre à l'invitation lui adressée par le médiateur Thabo Mbeki, samedi dernier, aux fins de se concerter avec les principaux acteurs de la Transition, au lendemain des événements tragiques de Gatumba. Azarias Ruberwa n'est en fait que le porte-parole d'une prise de position discutée préalablement avec plusieurs barons du parti présents à Goma, notamment le groupe de Bizima Karaha, le Collège des Fondateurs, les ministres, vice-ministres, les députés, les sénateurs ainsi que les membres influents évoluant dans l'ombre. Le cahier de charges du RCD est sans équivoque : nécessité de réévaluation de la marche des affaires publiques à compter du 30 juin 2003, dans tous les secteurs de la vie nationale.
A Kinshasa, un son de cloche différent se fait entendre. La majorité des membres (Ondekane, Mudumbi, Emile Ngoy, Kabasele Tshimanga, etc.) ne sont pas de l'avis des patriarches de Goma. D'accord pour le réexamen de l'actif et du passif de la Transition, affirment-ils, mais ici à Kinshasa et à l'intérieur des institutions de la République.
Kamerhe monte au créneau C'est devant un parterre de journaliste, nationaux comme expatriés, que Vital Kamerhe, Secrétaire Général du PPRD (Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie, lit une déclaration au vitriol en rapport avec le retrait momentané du RCD de la scène de la transition. Selon le porte-parole de la famille politique du Chef de l'Etat, il s'agit d'un " chantage " et d'une " tentative de déstabilisation des institutions de la transition ". Vital Kamerhe relève " qu'il n'existe pas de questions taboues qui ne peuvent être soulevées, débattues et résolues dans le cadre des institutions de la transition. Il s'étonne qu'Azarias Ruberwa se plaigne car, en son temps, le Chef de l'Etat avait déjà mis sur pied une Commission gouvernementale ad hoc chargée de finaliser les questions ayant trait à la Diplomatie, le Portefeuille et la Sécurité. De même, au sujet de l'intégration de l'armée, un comité mixte s'en occupe. Et le Secrétaire Général du PPRD de se demander, à haute voix, si " Azarias Ruberwa est un homme libre ? " Et sans mettre les gants, il le charge : " Le PPRD ne ratera pas l'occasion pour fustiger cette manie de vouloir à tout prix transporter les problèmes du Rwanda et du Burundi en République Démocratique du Congo. En décrétant l'arrêt de la Transition, Monsieur Ruberwa a prouvé qu'il n'est pas un homme libre. Il n'est pas au service du Peuple Congolais. Il sert des intérêts étrangers et il est auteur ou complice de tous les malheurs qui s'abattent sur notre pays, ses filles et ses fils, de toutes les manouvres du RCD visant, depuis le début de la Transition,à compromettre son déroulement normal ".
En guise de message, le PPRD invite Ruberwa et les 8 députés du RCD qui lui tiennent compagnie à Goma à regagner Kinshasa, pour " apporter leur contribution avec ceux des leurs qui voient les choses avec un oil et un cour patriotique, à l'évolution positive de la Transition qui doit déboucher sur l'organisation des élections libres, transparentes et démocratiques ".
Gatumba à New-York
On apprend au cours du point de presse hebdomadaire de la Monuc, que le rapport de la mission d'enquête préliminaire onusienne sur les massacres du 13 août 2004 à Gatumba, au Burundi, a déjà atterri sur la table du Secrétaire Général Koffi Annan. Un pan de voile pourrait être levé, d'ici peu, sur ce qui 'y était réellement passé. L'opinion serait curieuse de connaître notamment la provenance des assaillants, leur identité réelle et celle de leurs commanditaires, le mobile de ces crimes collectifs, les sanctions, etc.
A propos de la crise politique née à la suite des événements susévoqués, il est annoncé la présence à Kinshasa des émissaires du Président sud-africain Thabo Mbeki. On croit savoir qu'ils ont pour mission de prendre le pools de diverses forces politiques et sociales congolaises avant les consultations attendues le 30 août courant entre celle-ci et ce " médiateur " de luxe.
C'est aussi ce mercredi que le Conseil de sécurité de l'ONU rouvre le dossier des effectifs de la Monuc. Jean-Marie Guéhenno, Secrétaire Général adjoint chargé des opérations de maintien de la paix, a proposé leur révision à la hausse, soit de 10.800 à 23.900 hommes. Son souci est de voir la capacité d'action de la Monuc répondre aux besoins d'accompagnement du processus de transition.
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