Reda Cadi
28 Août 2004
Constituant une «référence incontournable» pour toute recherche numismatique nord-africaine et méditerranéenne, ce fonds devra être inscrit comme source bibliographique.
Un coffre débordant de pièces de monnaie rutilantes et de bijoux est l'image type du trésor que nous retrouvons dans tous les contes et légendes. La quête de ce trésor est l'aventure dont tout le monde a rêvé un jour ou l'autre. La numismatique est, à ce titre, une sorte d'exutoire qui permet au collectionneur d'amasser un trésor non plus seulement en pièces sonnantes et trébuchantes mais aussi en savoir. Chaque pièce représente un bout d'histoire. Mises côte à côte, les pièces peuvent retracer le parcours de toute une civilisation ou l'histoire d'un pays.
C'est à ce titre que le musée national des Antiquités situé au parc de la Liberté (ex-parc de Galland), s'est attelé à l'aménagement d'une salle d'exposition aux normes internationales qui lui permettra de révéler au grand public et aux spécialistes quelque 100 000 pièces (or, argent, bronze, alliage) appartenant aux périodes punique, numide, mauritanienne, romaine, vandale, byzantine, musulmane, ottomane. Ce fonds numismatique est considéré comme l'un des plus prestigieux de l'ancienne Afrique du Nord.
«La période romaine comprend toute la représentation numismatique des empereurs du haut et du bas empire, tandis que celle de l'ère musulmane se distingue par à peu près 50 000 monnaies zyanides, almohades, hammadites, sans oublier les 500 magnifiques médailles environ, de l'époque coloniale», dira Mlle Amel Soltani, la conservatrice du musée, citée par l'APS. La conservatrice ajoutera que certaines grandes collections, notamment, «le trésor d'Icosium», comme celui de Guelma, est «l'un des plus importants».
Ainsi, cette richesse allant environ de la période de Massinissa et de ses successeurs jusqu'à l'Emir Abd El Kader, en passant par celle du sesterce, contemporain du philosophe A. Augustin, au dinar maghrébin, constitue-t-elle un «véritable panoramique historiographique des strates des sociétés et civilisations de jadis et naguère, qui se sont mêlées et fécondées à travers l'espace africain et méditerranéen».
En effet, il est admis qu'en toute pièce «est imprimée une trace qui, de nos jours encore, raconte et décrit des bribes de faits sociaux car en chacune d'elles est contenu un fragment de tout un pan d'histoire économique et politique, socioculturelle et spirituelle de l'évolution des épopées humaines». Le musée des Antiquités a commencé à rassembler ce fonds numismatique à partir de 1836 et continue à l'enrichir grâce aux dons de particuliers, fouilles archéologiques et achats.
Une commission d'experts se réunit deux fois par an pour déterminer la valeur et définir l'authenticité des monnaies ainsi que leur identité à partir des critères suivants : leur rareté, leur métal et le thème représenté sur leur revers. Les conclusions de la commission décident de l'opportunité de l'achat et de la valeur de l'objet. Mais, on ne pouvait continuer indéfiniment à cumuler des richesses pour les garder au secret en les laissant croupir dans de sombres caves. Ça n'avait plus de sens et, surtout, ça ne cadrait pas du tout avec la mission du musée. Aussi, depuis 1992, le musée s'est-il doté de meubles spéciaux pour les réserves, permettant une conservation durable contre l'oxydation des pièces et leur altération, ainsi qu'une classification méthodologique, notamment, par ordre chronologique et valeur de leur support matériel.
Le trésor est là, mais encore faut-il le montrer et bien le montrer à tous ceux des Algériens et étrangers qui aimeraient le voir et apprendre. Car, une exposition de numismatique est une leçon imagée de l'histoire de la région d'où viennent les pièces. Aussi les pièces de monnaie doivent-elles être exposées d'une manière qui permette au visiteur de voir et d'assimiler toutes les informations concernant la pièce ou l'ensemble de pièces exposées. Désormais la nouvelle salle d'exposition du musée présentera les pièces accompagnées de fiches sur lesquelles le visiteur pourra lire les données indicatives et informatives de la pièce.
Consciente de la valeur du fonds qui constitue une «référence incontournable» pour toute recherche numismatique nord-africaine et méditerranéenne, la conservatrice du musée, refusant de se contenter d'une passive exposition des pièces, travaille à son inscription comme source bibliographique. Pour ce faire, un catalogue, en cours de réalisation, où seront énumérés et présentés tous les types de monnaie conservés sera proposé aux spécialistes. Ce support bibliographique qui s'ajoutera à l'inventaire numérique et aux fichiers catalogr phiques en cours d'informatisation, sera présenté grâce à des publications dans des revues spécialisées étrangères.
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