Mamadou Pape Mane
28 Août 2004
La relance de l'économie en Casamance tout le monde en parle, mais elle suppose d'abord une mobilité en toute sécurité vers les zones de production. Et c'est là tout l'enjeu. Car, en dehors des centres urbains, il est risqué de s'aventurer dans les champs et la brousse regorgent de mines antipersonnel. La présence de ces engins constitue aujourd'hui un véritable obstacle à la reprise des activités économiques qui se résument souvent à l'agriculture et à la cueillette.
(Correspondance) - Après vingt-deux ans de conflit armé qui n'a épargné aucun secteur de la vie en Casamance, l'heure est maintenant à la reprise économique, surtout à la faveur de l'accalmie de ces dernières années. Mais si cette relance est en bonne voie dans les centres urbains comme Ziguinchor, Bignona et Oussouye, elle se heurte cependant à un certain nombre de difficultés. La plus importante d'entre elles est la présence de mines, ces engins qui continuent encore de faire des victimes. Combien de ces armes dites de lâches sont encore enfouies sous terre prêtes à exploser à la moindre occasion ?
Impossible de trouver des éléments de réponse pour les autorités et les populations du Sud. Toujours est-il que la présence de ces engins constitue aujourd'hui un véritable obstacle à la reprise des activités économiques se résumant souvent à l'agriculture et à la cueillette. Dans ces localités, par exemple, si le retour des réfugiés qui avaient préféré un jour l'exil à l'insécurité est effectif, le déplacement de ces derniers se limite cependant à un espace restreint comme l'a confié Antoine Mendy, ce paysan de Mpack qui, à la faveur de l'accalmie, a rejoint depuis deux ans son terroir. «Mon déplacement est désormais très limité, se désole-t-il. Je n'ose plus aller au-delà d'un kilomètre de chez moi.»
Et ils sont nombreux les villageois qui, à l'instar d'Antoine Mendy, n'osent plus s'aventurer loin de leurs concessions de peur de tomber sur une de ces mines promptes à tuer ou à mutiler au meilleur des cas. Du coup, ces paysans se voient dans l'obligation de vivre dans un petit périmètre. Boubacar Sagna fait partie des victimes de cette situation que de nombreux villages en Casamance ont en commun. «Ce que je cultive ne me permet de vivre que pour deux mois», se plaint un villageois. Le reste de l'année ce cinquantenaire qui, pourtant, possède un verger doit compter sur l'aide que lui apportent souvent des organisations non gouvernementales (Ong) et autres parents vivant à Ziguinchor et à Dakar. Son verger, qui est à Pouboul, Sagna n'y a plus mis les pieds depuis plusieurs années. «Je n'ose pas y aller parce que cette zone est truffée de mines, même si je dois mourir de faim», explique-t-il. Le salut de cet homme qui vient de retrouver son Pouboul natal après treize ans d'absence, comme, du reste, celui des autres qui sont dans la même situation que lui, réside dans le déminage, une opération, attendue avec un grand espoir. «Nous vivons dans l'espoir que tous nos villages seront dépollués pour que nous puissions travailler et vivre». L'exode, Boubacar Sagna ne veut plus le connaître : «Je veux vivre et mourir ici. Je ne connais que ce milieu qui est toute ma vie.» Mais patients, les habitants de ces villages à risque devraient l'être car le déminage humanitaire même s'il démarre «est un processus lent, contraignant et coûteux». Aussi, «il ne peut s'exercer que dans un contexte d'une volonté politique affirmée des belligérants de mettre un terme aux combats et de s'enfoncer, sans arrière-pensée, sur la voie de la réconciliation et du rétablissement des activités économiques et sociales». C'est en tout cas la conviction des experts.
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