Hasna Yacoub
29 Août 2004
A 71 ans, Ali Zamoum, l'ancien maquisard d'Ighil Imoula, a tiré sa révérence.
Celui qui a été de tous les combats pour les libertés et les droits depuis l'ordre colonial jusqu'aux injustices et aux dénis identitaires et droits des femmes dans son pays, est né le 20 octobre 1933 à Boghni, dans la wilaya de Tizi Ouzou. Fils d'un des premiers instituteurs de la localité, il rejoint, avec son frère Mohamed, qui deviendra le colonel Si Salah, commandant de la wilaya IV, l'école primaire de Boghni. Ali quitte l'école à l'âge de 11 ans et de retour à son village Ighil Imoula, il fréquente les jeunes militants du mouvement nationaliste, dont son frère deviendra au début des années 1950 secrétaire du centre municipal. Ce dernier sera arrêté en 1953 pour avoir fourni au parti nationaliste de la logistique appartenant à l'administration coloniale. Après un an de prison, il sera libéré au moment de la préparation de la guerre d'indépendance.
Vers la fin du mois d'octobre 1954, Ali Zamoum reçoit de Krim Belkacem un texte qu'il devait reproduire en milliers d'exemplaires : la Proclamation du 1er Novembre, tirée à Ighil Imoula, qui fut ainsi le premier village à entrer en guerre contre l'occupant français. Dans son livre, Mémoires d'un survivant, Ali Zamoum écrivait : «Quelques jours avant la réunion de Betrouna, j'avais reçu de Krim un texte que je devais reproduire en milliers d'exemplaires. A Tizi Ouzou, je reçus un journaliste, Laïchaoui Mohamed, envoyé par l'Organisation, qui était chargé d'imprimer ce document à la ronéo. Je l'ai emmené de nuit jusqu'à notre village en taxi [ ] Là, je lui montrai le texte qu'il fallait taper sur stencil. Il se rendit compte alors du contenu des deux pages qu'il était venu reproduire.
C'était la proclamation au peuple algérien, aux militants de la cause nationale. Une véritable déclaration de guerre et qui portait une date : 1er novembre 1954.» Au maquis, au lendemain du tirage de la Proclamation, Ali Zamoum sera arrêté en février 1955 à l'issue d'un accrochage dont a réchappé un groupe de résistants, dont les deux futurs colonels Ouamrane et Si Salah. Il sera condamné à mort et incarcéré dans une dizaine de prisons, en Algérie et en métropole. Ses sept années d'incarcération, passées sous la hantise de l'exécution de la peine de mort, seront consacrées essentiellement à la lecture. L'adjoint du défunt Krim Belkacem a quitté à l'indépendance l'Armée nationale, considérant que «le serment de l'indépendance du pays a été accompli». Il a été désigné, après l'indépendance, membre de la fédération FLN de Tizi Ouzou pour une année puis en fut premier préfet jusqu'en 1964.
En février de la même année, il fut de nouveau élu, membre du comité central du FLN. Ali Zaamoum a ensuite été nommé directeur central au ministère du Travail et de la Formation professionnelle, poste qu'il occupa jusqu'à sa retraite. C'est à cette époque qu'Ali Zamoum décide de s'investir dans le social et obtint d'être nommé directeur du centre d'éducation surveillée de Birkhadem. Plus tard, au ministère du Travail, il soutient «l'action culturelle des travailleurs» fondée par Kateb Yacine. Infatigable, à sa retraite, Ali Zamoum se lance dans l'action sociale où il mettra en place à Boghni l'association Tagmats (fraternité), qu'il a présidée jusqu'à sa mort. Ali Zamoum a été derrière la restauration en 1988 de sa demeure historique où a été tirée la Proclamation du 1er Novembre. Durant la décennie noire, Ali Zamoum bravera le terrorisme et ses interdits où sera le chauffeur de l'ambulance qui lui a été offerte par une association française et n'hésitera jamais à transporter les malades à n'importe quelle heure de la nuit comme de jour. Da Ali, l'aîné, est resté très proche des jeunes et avait redoublé d'activité depuis sa retraite.
Toujours à l'écoute des pulsions de la jeunesse afin de saisir ses préoccupations, il sera, en 2001 à l'éclatement de la crise de Kabylie, l'un des quatre signataires d'une lettre ouverte au président de la République, datée du 11 mai 2001, trois semaines après le début des tragiques événements. Disponible et de bons conseils, il tentera de calmer les esprits et de faire valoir les vertus du dialogue au plus fort de cette crise. Il a été contre l'avis de tous ses proches présents lors de l'annonce par Bouteflika de la constitutionnalisation de tamazight. C'était pour lui une leçon d'humilité à donner aux autres car en politique il faut savoir apprécier les concessions faites par l'adversaire. Ali Zamoum laisse pour l'histoire et les jeunes qu'il a adorés Tamurt Imazighen, Mémoires d'un survivant 1940-1962, un livre paru dans les éditions Rahma, Alger, 1993. Da Ali est parti A Ighil Imoula, aujourd'hui, le silence est pesant et l'histoire s'enterre.
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