La Presse (Tunis)

Tunisie: Agriculture biologique - un problème à traiter : la commercialisation

Chokri Gharbi

28 Août 2004


Certains producteurs dans le secteur de l'agriculture biologique connaissent des problèmes de commercialisation. Cela aussi bien sur le marché intérieur que sur le marché extérieur.

Pourtant, la demande en ces produits ne cesse d'augmenter au fil des ans. Le consommateur est convaincu des vertus et des bienfaits de l'agriculture biologique qui préserve la biodiversité et qui a un impact positif sur la santé.

M. Ali Ibala, secrétaire général de la Fédération de l'agriculture biologique relevant de l'Union tunisienne de l'agriculture et de la pêche (Utap) est lui-même producteur biologique dans le domaine de l'huile d'olive. Il confirme ce problème de commercialisation : «Au niveau du marché intérieur, dit-il, le circuit de distribution des fruits et légumes, par exemple, n'est pas bien organisé. Dans les marchés, il n'y a pas encore d'espaces réservés à ce genre de produits».

Quantités vendues en vrac

Pour ce qui est du marché extérieur, notre interlocuteur nous rappelle que les produits écoulés sont surtout les dattes et l'huile d'olive. Or, si les dattes se vendent assez bien, l'huile d'olive fait face, par contre, à une rude concurrence de la part de l'Italie et de l'Espagne principalement. «Il est nécessaire, insiste M. Ibala, que l'huile d'olive soit vendue dans des bouteilles étiquetées, portant toutes les indications nécessaires, et notamment le label et le logo tunisiens pour faire connaître les qualités de notre produit». Le fait est que l'huile d'olive tunisienne, du reste très appréciée par les consommateurs européens, mais souvent vendue en vrac, est parfois mise en bouteille par des importateurs étrangers qui n'hésitent pas... à mettre l'étiquette portant le nom de leur pays.

Le secrétaire général de la Fédération estime nécessaire de faire connaître davantage le produit biologique tunisien en menant des campagnes publicitaires à l'étranger et en participant aux foires et salons agricoles organisés au cours de l'année. La contribution de l'Etat à cet effort promotionnel demeure encore nécessaire, estime notre interlocuteur, d'autant plus que le producteur n'a pas les moyens, à lui seul, de prendre en charge un tel investissement.

M. Ibala est aussi pour le renforcement des actions de partenariat en veillant à mettre bien en vue le label tunisien.

C'est en 1999 que l'agriculture biologique a été lancée. Plusieurs textes de loi et décrets ont organisé le secteur qui a été encouragé par les pouvoirs publics dans la mesure où des incitations ont été prévues au profit des promoteurs. A titre d'exemple, une prime spécifique de 30% de la valeur des équipements et des moyens de travail nécessaires est accordée, outre la prime annuelle, étalée sur une période de cinq ans, en guise de contribution à la couverture du coût du contrôle et de la certification, et ce, dans une limite de 70% dudit coût. En plus du Prix du Président de la République décerné au meilleur producteur biologique depuis 2001, un centre technique de l'agriculture biologique a été créé pour servir de lien entre la recherche scientifique, l'agriculteur et l'intervenant d'une façon générale.

Faire preuve d'innovation

Malgré ces encouragements, la commercialisation ne s'est pas développée au rythme escompté, pour différentes raisons, parmi lesquelles la faiblesse des entreprises au niveau du marketing et de la force de vente. Les dattes, l'huile d'olive, le miel, les olives sont des produits vendus et très appréciés par les consommateurs. Déjà en 2003, l'on comptait quelque 433 intervenants dans le secteur dont 409 agriculteurs exploitant 18.255 hectares certifiés - produisant essentiellement les olives et les dattes - alors que la superficie certifiée n'était que de 200 ha en 1997.

Pour pouvoir réaliser des résultats satisfaisants au niveau de la commercialisation, il est nécessaire, indique-t-on, de donner l'importance qu'il faut à la post-production, en soignant notamment l'étiquetage. Celui-ci doit comporter les informations nécessaires et détaillées du produit (composition, date de fabrication et délai de consommation ). L'emballage doit également répondre aux exigences des consommateurs et traduire un effort d'innovation et d'imagination pour rendre le produit plus attirant. Le partenariat peut également contribuer au progrès du secteur dans la mesure où le promoteur tunisien bénéficiera d'un transfert technologique et d'une ouverture vers de nouveaux marchés. Rappelons que, dans le cadre du programme défini par la commission nationale de l'agriculture biologique, le centre technique s'occupant du secteur a continué ses actions de sensibilisation et de vulgarisation. Outre les journées d'information locales et régionales, le centre a axé ses efforts sur les manifestations nationales et internationales en vue de faire connaître le produit bio tunisien à une large échelle.

Des sessions de formation et de recyclage ont également été organisées au profit des techniciens relevant des commissariats régionaux au développement agricole (Crda) et des autres organisations nationales concernées.

Importantes potentialités

Au niveau mondial, la production biologique évolue à un rythme rapide. Et les opportunités de vente dans les marchés européens, américains et japonais demeurent encore grandes. Or, la Tunisie dispose de potentialités importantes pour augmenter la production biologique (certains sols peuvent être transformés en surface biologique moyennant de simples aménagements).

De toute façon, le programme national de l'agriculture biologique a tenu compte des aspects étiquetage, emballage, transformation et partenariat. Concrètement, il est prévu de développer les superficies de l'agriculture biologique à près de 22.000 hectares, d'atteindre 135.000 tonnes de production végétale, 5.000 litres de lait, 4 millions d'oeufs et près de 100 tonnes de viande à l'horizon de l'an 2006.

Pour organiser le secteur, le plan de travail comporte l'élaboration de la carte des zones susceptibles d'être intégrées dans la production bio, d'encourager le développement des gènes d'espèces animales locales et de les introduire dans les fermes biologiques. En outre, un intérêt constant est accordé à la formation, la vulgarisation et l'encadrement, ainsi qu'aux analyses.

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