San Finna (Ouagadougou)

Soudan: Ultimatum Onusien au Soudan: le bras d'honneur de Khartoum

Rarement, la communauté internationale n'aura dégagé un consensus aussi net pour condamner les exactions commises par les Djandjawids dans le Darfour. C'est sans doute cette réprobation générale qui a donné des ailes aux USA, au point d'emporter l'adhésion des Nations Unies sur un ultimatum au Soudan.

Cet ultimatum demandait de façon ferme qu'avant le 30 Août, le pouvoir soudanais désarme les Djandjawids (milices arabes pro-gouvernementales), éloigne les forces armées des camps de réfugiés, empêche les entraves au travail des ONG et poursuive les négociations avec les rebelles. Ces 4 conditions de l'ultimatum étaient assorties d'une menace de sanctions internationales en cas d'inexécution. Il se trouve que malgré la fermeté du ton, Khartoum ne semble pas décidé à se soumettre aux injonctions des Nations Unies. Aux négociations d'Abuja, le ministre de l'Agriculture Majzoub al-Khalifa s'est permis de dire que le Soudan était trop fier pour se soumettre à des " dates ". Il a poursuivi, parlant du respect de la date du 30 Août, " Cela n'a jamais traversé ni nos esprits ni nos coeurs ". On ne saurait être plus clair. Non content de moquer les Nations Unies, les exactions se poursuivent de plus belle ainsi qu'en font témoignage de nombreux observateurs et des ONG sur place.

Le quotidien sénégalais Le Soleil, pour sa part, pose une question capitale : " Le pouvoir soudanais peut-il vaincre le monstre qu'il a créé ?". Les Djandjawids, comme pour dire qu' " elles font et qu'il n'y a rien " viennent de massacrer 57 personnes dans un seul village. Il faut tirer la sonnette d'alarme ; si on ne fait rien, demain, ce sera 1000, voire 10.000 personnes ou plus qui seront exterminées. Regardez : Human Rights Watch vient de dénoncer l'existence d'encore 15 camps de miliciens arabes censés avoir été démantelés ; il y a manifestement génocide en cours et cela ne semble plus émouvoir grand monde.

Le refus d'agir, du pouvoir soudanais qu'on sait complice de ces meurtres, est un défi à la Saddam Hussein mais un défi de trop. C'est même un bras d'honneur vis-à-vis des Nations Unies et des USA qui n'ont pas hésité à agiter l'intervention armée au Soudan.

L'Union Européenne, l'Union Africaine, la France, qui ne ménagent pas leurs efforts pour chercher à régler la crise, ont toujours privilégié la négociation. Elles ne veulent surtout pas heurter le pouvoir soudanais à telle enseigne qu'il a même été suggéré que si des forces d'interposition ou de maintien de la paix devaient intervenir, qu'elles soient envoyées de préférence par l'Union Africaine et non par des puissances extra-africaines.

Mais cette solution ne semble pas pour le moment faire évoluer vers une sortie de crise de sorte que la date fatidique du 30 Août pose de réelles interrogations sur l'avenir. L'émissaire des Nations Unies, Jam Promk, en est conscient qui exhorte les autorités soudanaises à mettre à profit les jours qui restent pour satisfaire aux exigences de l'organisation mondiale. Autant il est improbable que ces exigences soient satisfaites dans le laps de temps qu'il reste, autant il semble inconcevable qu'une intervention puisse se déclarer en si peu de temps au Soudan. Peut-être risque-t-on d'évoluer vers des solutions boiteuses ou vers quelques condamnations de pure forme en attendant de voir venir.

Il y a en tout cas de grands risques qu'au finish, les Nations Unies voient encore une fois leur autorité mise à mal et c'est dommage pour cette communauté qui a tant besoin d'être renforcée afin de faire face aux défis globaux de ce monde.


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