Aline GroËme
28 Août 2004
Port Louis — Plonger sans se mouiller. Se balader par 35 mètres de fond sans tremper ne serait-ce que le bout de son petit orteil. Il est de ces contradictions que la technologie a depuis longtemps aplanies. Le Blue Safari Submarine en est un bel exemple.
Le sous-marin déambule bruyamment dans les eaux de Mon Choisy.Le pilote le manoeuvre avec douceur, sans érafler les coraux.Carangues, capitaines, poissons dominos dansent, curieux, autour du submersible.
Maudite soit l'influence de la télévision. Elle conditionne tout, modèle tout, va partout. Ajoutez à cela un imaginaire nourri par les films documentaires du commandant Cousteau. Et la fâcheuse tendance de coller son nez aux aquariums pour se libérer de son stress. Voilà le monde sous-marin qui nous est aussi familier que si l'on ouvrait une fenêtre donnant sur la cuisine des voisins.
Il fallait une expérience nouvelle pour expulser les anciennes impressions. Une perspective différente pour réapprendre la beauté du monde. La plongée nous semblait presque aussi inaccessible que la lune.
Il n'en fallait pas plus pour se retrouver à Mon Choisy, en plein briefing, aux côtés de Luc Billard, directeur de Blue Safari Submarine. «Je vais descendre avec vous, cela me permettra de faire une inspection supplémentaire.» Le sérieux est dissipé par le sourire généreux. L'une des hôtesses bilingues accueille les «plongeurs».
Une sympathique galerie de portraits où se distingue Heather, nouvelle mariée qui admire souvent les délicates sandales à paillettes que son mari Bobbie vient de lui offrir. Il y a aussi les jumelles cinquantenaires : Danny et Mary, qui abritent leur bronzage uniforme sous d'énormes lunettes de soleil. Au total, dix personnes prêtes à immerger à bord du BS 1100.
La mise en condition est tout de suite suivie d'un transfert de dix minutes en bateau à moteur. Le léger clapotis de l'eau verte nous attire irrésistiblement. A peine le temps de saluer l'horizon que l'eau est devenue bleu roi. Question de profondeur. De l'émeraude de deux à trois mètres de profondeur à l'encre des 15 mètres de fond.
Transition accompagnée par l'histoire d'une passion. Celle d'un enthousiaste qui a récupéré le Betty, remorqueur qui n'avait plus sa place dans le port. «Son portique nous permet de soulever entièrement le sous-marin hors de l'eau pour les besoins de la sécurité et de la maintenance.»
Le souffle salé venu du large nous enveloppe dans ses bras puissants. Nous respirons pour évacuer le noeud qui se resserre dans notre estomac. Signe qu'il est temps de faire les deux petits pas décisifs qui nous amènent dans le sous-marin. Avant de poser le pied sur la première marche de l'échelle du BS 1100, nous plongeons dans les yeux bleu rassurants de Philippe le pilote.
Sans hésiter, il nous prend par la main, nous indique les poignées auxquelles il faut s'accrocher. «Cheese.» Le temps d'immortaliser le moment et nous nous installons à l'arrière de «l'express» qui filera droit sur les fonds marins de Mon Choisy.
Dans un bruit de moteur assourdissant, le sous-marin quitte le flanc protecteur du Betty. Assis sur un nuage de bulles, nous plongeons dans le bleu de l'immensité. Manoeuvre caractérisée par la douceur avec laquelle Philippe effectue les virages, sans érafler les coraux, sans secousses quand il se pose sur le fond de la mer.
LÉGER FRISSON
Trois étapes nous attendent : l'aquarium, l'épave du Star Hope et l'ancre de miséricorde. L'ambiance à bord est d'abord légèrement crispée. Marjorie tient serrée la main de Bobbie. Elle avoue avoir légèrement mal à la tête. Le roulis que nous avions subi en surface a totalement disparu. Pas la moindre trace de remous.
Ce qui n'empêche pas Marjorie de rouler des yeux quand Philippe le pilote, fait remarquer : «le rouge est la première couleur qui change avec les profondeurs. Cela veut dire qu'au fur et à mesure que nous descendrons, votre sang deviendra vert. Le sous-marin peut rester dans l'eau pendant trois jours, nous avons suffisamment à manger à bord. Si jamais, je ne pouvais pas ramener le sous-marin à la surface pour une raison ou pour une autre, actionnez cette manette qui le fera automatiquement.»
Derrière le hublot, défilent les images que le petit écran avait compactées. Magnifiées par l'émerveillement de la nouveauté et le fait de se savoir si près des créatures évoluant par 40 mètres de fond, c'est avec un oeil neuf que nous admirons carangues, capitaines, coraux et poissons domino. Un ballet thérapeutique que l'on voudrait admirer dans le silence, mais la puissance sonore du BS 1100 nous l'interdit.
La télé ne nous avait pas préparés au léger frisson qui nous glace le dos quand nous approchons de l'épave du Star Hope. Sabordé en 1998, «ce bateau qui pêchait le poisson sert maintenant de cage à poisson,» souffle Luc Billard à nos côtés. «Il faudra 250 ans avant qu'il ne soit entièrement recouvert de corail.» Pour l'instant, ses planches nues ont été fendues par un cyclone. De part en part, des plaques de corail mauve se détachent sur la couleur de pierre qui s'est communiquée au bois usé entamé par l'eau de mer. Impossible de ne pas penser au Titanic.
Sentiment renforcé par la vieille ancre qui colonisée par le corail, semble être faite de pierre. Figée pour l'éternité, elle défie la pollution qui ronge sans relâche Mon Choisy.
Safari sur le sable de la mer
Embarquement une demi-heure avant l'heure de la plongée de la jetée de l'hôtel Coralia Mon Choisy. Les candidats à la plongée sont acheminés en bateau à moteur vers le Betty, qui se trouve au-delà de la barrière de corail. Durée de la plongée : 45 minutes. Une expérience qui permet d'admirer les massifs coralliens de la côte nord et de profiter de la magie de l'épave du Star Hope. Au retour du safari, un certificat est remis à chaque client. Durée totale de la visite : deux heures. Des plongées sont prévues toutes les heures, de 9 heures à 16 heures en hiver et jusqu'à 17 heures en été. Le forfait coûte Rs 2 650 pour les adultes et Rs 1 400 pour les enfants de moins de 12 ans. Réservations au 263-3333.
Derrière le hublot, les images défilent, plus impressionnantes qu'à la télévision.
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