Wal Fadjri (Dakar)

Sénégal: Interview de Florence Senghor, responsable du service social de l'hôpital de Fann

Faydy Drame Et Moustapha Barry

30 Août 2004


interview

La santé a un coût que les patients ne peuvent pas toujours prendre en charge. Là où le système pourrait les rejeter, un filet social permet de ne pas les laisser sombrer. A Fann, ce service social joue un rôle essentiel.

Des mutations sont intervenues dans le travail du service social dans un hôpital. De quelle nature sont-elles ?

Auparavant, l'action du service social était réservée aux malades. Avec la réforme hospitalière, on s'occupe à la fois des malades et du personnel. Le service prend en charge tous les patients qui éprouvent des problèmes au niveau de la structure. Il arrive que des gens viennent à l'hôpital et ne peuvent pas payer les prestations qu'on leur demande. Le service social est obligé de les prendre en charge, s'il est avéré qu'il s'agit de cas sociaux.

Les urgences nécessitent-ils une enquête sociale ?

Il y a des malades qui arrivent à l'hôpital dans un état lamentable. Il lui faut par exemple d'urgence des médicaments. Si ces médicaments ne sont pas disponibles ou le malade n'a pas les moyens de s'en payer, le service social a l'obligation d'acheter ce médicament pour lui sauver la vie. De tels cas ne nécessitent pas d'enquête sociale. Il faut simplement sauver la vie de la personne. Ce n'est qu'après qu'il pourrait lui être demandé de rembourser, s'il n'est pas un cas social. Dans ces cas il faut non seulement s'entretenir avec la personne, mais aussi aller à son domicile pour s'enquérir de sa situation. Si il est vrai qu'il ne peut pas payer son ordonnance, le service social la prend en charge.

Quels sont les critères d'accès à l'aide du service social ?

Sont concernés, les malades qui n'ont pas de profession ni de salaire. Des gens qui rencontrent des difficultés économiques énormes de par la taille de leur famille. Des retraités et des paysans aussi. Mais pas n'importe lesquels. Nous procédons à une enquête sociale chez l'intéressé pour confirmation.

Jusqu'à quelle hauteur pouvez-vous assister un malade ?

Jusqu'à 25 000 F. Mais le plus souvent on dépasse cette somme. Car pour les malades qui sont hospitalisés, la prise en charge est différente. De pareil cas se présentent souvent en neurologie où les médicaments coûtent cher. Pour les malades externes on les fait participer, même au franc symbolique.

Ne pensez-vous pas que les 25 000 F sont insuffisants ?

Bien sûr que c'est insuffisant. Récemment quelqu'un avait présenté une ordonnance de 400 000 francs. Le service l'a pris en charge intégralement. On a ensuite fait intervenir de bonnes volontés qui nous ont apporté des médicaments pour satisfaire le patient. C'est dire qu'il nous arrive de prendre totalement un malade en charge. Tout dépend de l'enquête. Mais on peut l'aider aussi, en lui demandant d'abord de s'adresser aux gens de son entourage qui peuvent le soutenir. Sinon, le malade peut solliciter les associations caritatives et d'autres bonnes volontés. Si toutes ces démarches ne suffisent pas, il appartient au service social de compléter le reste.

Quelles sont les sources de financement du service social ?

Il y a un budget annuel de 4 millions qui nous est alloué par l'hôpital de Fann. On se débrouille avec. On prend même en charge certains malades qui ont un régime particulier. Ainsi que d'autres qui, après leur hospitalisation, n'ont pas le billet de retour. Nous donnons tout ce qui concourt au bien-être des malades ( des couches, des habits, des bonbons ballons, etc.).

Combien de demandes d'aide recevez-vous par jour ?

Environ une trentaine. Mais elles ne sont pas toutes satisfaites. Nous recevons beaucoup de demandes abusives. Des gens viennent solliciter des aides alors qu'ils ne sont pas des cas sociaux. Certainement, ils ont entendu parler du service et ils veulent en profiter. D'autres viennent avec les ordonnances des autres hôpitaux. Et pour ces gens, on fait ce que l'on peut. La priorité ce sont les malades de l'hôpital de Fann.

Un service social est-il obligatoire pour toute structure de santé ?

Pour les centres hospitaliers, il faut un service social. Le service ne s'occupe pas seulement de problèmes d'argent. Il s'occupe également du comportement des malades. Il y a des malades qui ne savent pas ce qu'on doit faire dans un lavabo, par exemple. Il revient au service social d'assurer la tâche d'éducation et d'information des patients. Un patient doit savoir qu'il doit acheter tous les médicaments inscrits sur son ordonnance. Ce n'est pas seulement le moins cher qu'il faut payer. Il y a aussi la prise en charge psychologique. Certains malades ont honte de se confier au médecin. L'apport de l'assistant social est de pousser le malade à donner assez d'informations sur sa maladie.

Toutes les structures sanitaires régionales sont-elles dotées de service social ?

Malheureusement, beaucoup de structures sanitaires n'en possèdent pas. C'est une vraie faille. S'il y avait des travailleurs sociaux dans toutes les structures sanitaires, notre travail serait déjà réglé à moitié. Par exemple un malade qui vient de l'intérieur du pays avec un dossier bien établi par un travailleur social, nous éviterait de faire une enquête. Cela permettra également, une fois qu'il retourne dans région d'origine, de le suivre ensemble. A Dakar, il y en a à Fann, à Le Dantec, à Grand-Yoff, à Abass Ndao et à Gaspard Camara. Je ne crois pas qu'il y en a à Principal.

Be the first to Write a Comment!

Plus de titres sur allAfrica.com

Copyright © 2004 Wal Fadjri. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

AllAfrica - All the Time

SELECT
SELECT

Le top des actualités: Sénégal

Rubriques