30 Août 2004
Un des candidats à l'élection d'octobre appelle à une remise en question des valeurs de la politique au Cameroun.
Comme il semble si bien se dessiner, nous cheminons à cours sûr vers une élection à sens unique. Une élection sans électeurs. Une élection sans calendrier précis, c'est une donne typiquement camerounaise à laquelle tout le monde s'accommode. Il se susurre dans toutes les bouches que c'est en octobre que va avoir lieu cette confrontation ; et dans l'esprit de tous les acteurs politiques il s'agit d'un principe constitutionnel auquel le Président Biya ne saurait se déroger ; une fois de plus le peuple camerounais risque d'être otage de l'inconnu.
La nouvelle ère du multipartisme imposée par les événements internationaux de la chute du mur de Berlin et du fameux discours de la Baule, ont poussé Biya et le RDPC à accepter d'autres courants de pensée au Cameroun. Après les villes mortes et la désobéissance civiques décrétées par les partis de l'opposition et les associations en 1991, le pouvoir a gagné la rue, les institutions ont été vouées à rudes épreuves, le Cameroun s'est retrouvé au bord de l'implosion ; le peuple réclamait à cor et à cri l'organisation d'élections pluralistes généralisées ; la réunion tripartite a eu lieu à Yaoundé cette même année réunissant le parti au pouvoir, les partis de l'opposition et la société civile ,un calendrier électoral a vu le jour, des élections législatives devraient être organisées en début d'année 1992.
Des élections se déroulèrent au mois de mars 1992, moins de dix partis politiques participaient à cette joute électorale, parmi lesquels l'UNDP, l'UPC. Seuls ces deux partis avaient une quasi implantation nationale, par contre d'autres partis non les moindres ne s'assurant pas de la transparence du scrutin ont trouvé mieux de boycotter ces élections, deux grands absents se sont fait recenser, le SDF et l'UDC, avec les conséquences qu'on sait jusqu'à ce jour. Malgré un taux de faible participation, il s'en suit quand même que le vote protestataire ait dit son dernier mot, l'opposition en est sortie vainqueur. La fougue des Camerounais pour le changement n'a pas tardé de tonner la poudre au cours de la même année, lors des consultations de la présidentielle d'octobre 1992. L'opposition a gagné. Cette fois-ci on lui a volé sa victoire historique : John Fru Ndi est le vainqueur des forces du changement ! Cette année 2004 si les élections ont lieu, cette compétition sera suivie par presque toute la planète à cause des nouveaux canaux de l'information et de la communication que nous avons au travers d'Internet.
Une nouvelle donnée, non négligeable entre en ligne de compte, celle où les puissances internationales octroient du matériel afin que la transparence soit de mise lors des ces consultations populaires. Le Japon et le Royaume - Uni fournissent vingt cinq mille urnes transparentes. Tout au long de cette consultation populaire, l'angoisse sera grande de voir dame fraude s'inviter par surprise. C'est une inconnue à laquelle personne ne peut prévoir le mode d'action. Le laxisme et le flou qui entourent en eux seuls le calendrier électoral en disent long sur l'orchestration du gâchis de la débauche d'énergie que tous les acteurs politiques effectuent en ce moment, pour forcer la main au pouvoir en place afin qu'une compétition où les concurrents prendront le départ à chances égales ait lieu. Le flou est ce participant inhabituel, qui n'appartient à aucune formation politique, mais est première ligne des participants, au point de mobiliser l'ensemble des forces vives de la nation. Il fait son entrée à grands pas dans ces épreuves. Il faudra s'assurer de la non nuisibilité de ce participant hors du commun qui est entretenu de part et d'autre par les tenants de l'establishment ; autant le pouvoir en place perpétue cette tendance, il n'en demeure pas moins que l'opposition bureaucratique, perpétue des stratagèmes de confusion, voire de défaitisme, chose que les Camerounais dans leur ensemble ne supporteraient pas.
Le vieux vin dans de nouvelles outres ?
La République s'ébranlera t-elle, ou se redressera t-elle ? C'est une question qui revient dans tous les esprits. C'est à cette réalité nihiliste que nous sommes confrontés. La démocratie est -elle cette garantie de l'égalité des chances ? L'anarchie n'est-elle pas le nouvel ordre régnant qui doit supplanter un pouvoir qui ne garantit pas en soi l'égalité des chances pour tous ? La démocratie malgré cela est le moins mauvais des systèmes politiques. Aristote dans sa politique nous dit ceci : "En démocratie les pauvres sont rois, parce qu'ils sont en plus grand nombre, et parce que la volonté du plus grand nombre a force loi". Dans le contexte du Cameroun et compte tenu du seuil de pauvreté qui est indéfinissable, le plus grand nombre des pauvres pourrait-on dire a force loi. La force loi n'est qu'effective si on peut dignement l'exprimer, soit par son vote ou par ses représentants. Si on s'en tient au vote qui est l'expression populaire, on ne puit dire que les Camerounais sont les mieux lotis en la matière .En 1992, le peuple camerounais se sentant floué dans ses droits lors de l'élection présidentielle, s'est vu imposé une mesure d'exception en la personne de l'Etat d'Urgence décrété par le président Biya, pour dit-il éviter des troubles dans la partie anglophone du pays. La force loi de la majorité a été confisquée et réprimée par les lois régaliennes de la République.
D'autre part si la force loi est l'exercice des pauvres de par leur majorité, il n'en demeure pas moins que ceux qui sont supposés mobiliser cette masse, aux fins d'exercer cette force loi par le vote, ne nous laissent pas moins sur notre faim, de par leurs actions, leurs programmes et la composition de leur groupe : c'est le problème majeur que pose l'opposition dite populaire !
L'opposition par définition est un contre courant du pouvoir en place, qui par des propositions, des programmes et projets s'engage à donner de nouvelles orientations de progrès et de développement. La nouvelle galerie parait, de par ce qui se projette être le conglomérat des riches, des anciens déchus du régime en place ; beaucoup d'entre eux ont eu des passages récents au sein du gouvernement qu'ils n'ont pas combattu de l'intérieur et qu'ils prétendent combattre aujourd'hui de l'extérieur. Aux yeux de l'opinion ils n'ont aucun sursis puisque tous sont maculés et l'espoir d'un changement ne saurait venir de ces personnes, plus enclines au gain, qu'au changement attendu par la majorité des Camerounais.
La force loi de la majorité des pauvres peut elle se reconnaître en de pareilles personnes ?
L'idéologie du " tout élection " n'est pas en soi une garantie du développement du Cameroun de demain, on pourrait faire partir le monarque Biya, pour installer un despote inconnu ..
Si le changement doit intervenir, nous pensons que la bataille doit d'abord être celle du débat d'idée, entre différentes chapelles politiques, un débat public qui va laisser transparaître les grandes lignes du programme des uns et des autres, pour qu'enfin se destine une véritable plate forme de l'opposition , qui serait d'abord le nid d'un procédé de contradiction , pour atteindre par la suite le seuil de la démocratie , qui fera en son sein force loi, pour que la majorité se retrouve dans le schéma qui lui convienne.
Nous sommes persuadés que beaucoup de leaders de la nouvelle opposition, n'ont pas encore pu rendre compte au peuple camerounais par rapport à certains soupçons qui pèsent sur eux, il y en a qui n'ont pas encore pu se dédouaner de certains scandales politico financiers qui discréditent toute idée révolutionnaire, au sein de ce rassemblement de dignitaires de la bourgeoisie du changement. Quand bien même on imputerait au président Biya son âge très avancé, il n'en demeure pas moins que cette opposition est vieillotte et vieillie par ses membres qui ont été plusieurs fois membres du gouvernement, ou affidés du pouvoir. D'accord à la révolution ! Non à l'immersion ! L'opposition est malade de son passé, nous pensons qu'autant nous reprochons au RDPC et ses séniles de confisquer les appareils de l'Etat, il est certain qu'il serait impensable pour de nombreux Camerounais, qu'une certaine vieillesse confisque les forces du changement et du développement. Puisque l'opposition a échoué autant que le RDPC, il est impérieux d'ouvrir la troisième voie qui est celle de la jeunesse citoyenne révolutionnaire.
Les Trahisons des maux
Si le RDPC marque des points par son immobilisme, qui a enterré tous les espoirs d'une démocratie naissante, avec la confiscation des appareils de l'Etat par la ploutocratie et la gérontocratie, il appert que l'ordre citoyen et révolutionnaire qu'on aurait pu attendre des forces dites de changement s'est transformé en un combat épique de riches qui se disputent les clés du coffre fort tombées dans une maison en ruine qu'est le Cameroun.
Toutes les chapelles politiques institutionnelles, malgré notre silence prudent, ont continué à cultiver le mensonge, pour transformer le vote populaire en complice de leurs forfaitures.
Dans l'espace qui semble se modeler, l'objet de la force loi qu'est la majorité des pauvres, n'est pas cette force qui décide du choix de ses représentants, c'est plutôt l'accélération du pouvoir des riches pour l'enfermement des pauvres. Albert Mbida journaliste camerounais membre du RDPC disait en 1997, après les élections législatives que l'opposition possède ses bandits à col blanc, le pouvoir RDPC possède aussi les siens. Ceci pèse avec autant d'acuité qu'on a du mal à admettre aujourd'hui, qu'on retrouve certains satrapes aux premières loges de l'opposition prétendument ancrée au changement de système et des mentalités. Nous sommes en droit d'attendre du changement au Cameroun par la mise sur pied d'une refondation sociale, et la montée d'une nouvelle classe de riches probes, afin de rétablir certains équilibres.
Nous constatons comme le disait le prix Nobel de Littérature 1998 José Saramago : " le système appelé démocratique ressemble de plus en plus à un gouvernement de riches et de moins en moins à un gouvernement du peuple ". Cette phrase siérait aux démocraties riches et vieilles, dans lesquelles l'argent trône avant l'idéologie. Dans un pays pauvre comme le Cameroun, l'idéologie et la pensée devraient être mises à l'avance, et c'est à la suite de cela qu'on bâtira une Nation , des Lois, et une République. Si à l'inverse les Camerounais importaient des modèles d'élection et de campagne électorale à l'américaine, il est évident que la pauvreté spirituelle qui est la mère de toutes les pauvretés a de beaux jours devant elle dans notre pays. Il est vrai que dans notre univers, vouloir appliquer cette révolution démocratique, pourrait exposer le pouvoir des pauvres au forçat des riches qui vont étouffer la marche des affaires de l'Etat et pourraient vouloir s'emparer du pouvoir par le diktat de l'argent en perpétrant des coups de forces.
Dans le cas d'espèce il faut redonner à la richesse un sens noble et républicain en octroyant à ceux qui ont de l'argent les garanties d'en jouir sans pour autant être inquiétés, afin que naisse un contrôle législatif des pouvoirs et contre pouvoir, par les différentes classes sociales. Si la démocratie de la richesse devient un mot d'ordre, sa négation dans l'Occident se fait de plus en plus croissante avec les alter mondialistes, qui sont ces forces de la société civile qui disent non à une certaine marche des affaires des démocraties riches dans le monde.
Tout comme nous pensons que l'Etat RDPC est à son déclin, il n'en demeure pas moins que l'opposition prébendier qui semble la composer, fera son deuil dans cette République en déliquescence. Il ne s'agit pas d'inventer la démocratie à la camerounaise, il faut la remettre en question, la discuter, l'établir, afin qu'on ait une société où les droits humains sont les valeurs essentielles des politiques. Repenser la démocratie, suppose la débarrasser de ceux qui ne veulent pas la comprendre.
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