Fraternité Matin (Abidjan)
K. S
30 Août 2004
Abidjan — PARA-Alors que le débat sur la certification du cacao bat de plus en plus son plein, la filière café- cacao en Côte d'Ivoire est en proie à une profonde crise qui a obligé le président du conseil de gestion du Fonds de développement et de promotion du café-cacao (FDPCC), M. Henri Kassi Amounzou, a présenté sa démission
Une mauvaise conjoncture dont elle aurait certainement fait l'économie à cause des enjeux du moment et de l'importance prépondérante de ces spéculations pour l'économie nationale et les paysans eux-mêmes.
La Côte d'Ivoire s'apprête à relever le défi de la certification
Alors que le débat sur la certification du cacao bat de plus en plus son plein, la filière café- cacao en Côte d'Ivoire est en proie à une profonde crise qui a obligé le président du conseil de gestion du Fonds de développement et de promotion du café-cacao (FDPCC), M. Henri Kassi Amounzou, a présenté sa démission. Une mauvaise conjoncture dont elle aurait certainement fait l'économie à cause des enjeux du moment et de l'importance prépondérante de ces spéculations pour l'économie nationale et les paysans eux-mêmes. La dégradation constante de la qualité du cacao dont s'est préoccupé il y a peu le président du conseil d'administration de la Bourse du café et du cacao, M. Tapé Doh Lucien, devrait davantage retenir l'attention de tous les acteurs de la filière. Et pour cause, la certification dont il est de plus en plus question pourrait si on n' y prend garde avoir un impact négatif sur les revenus des paysans et l'économie dans son ensemble.
Le chiffre d'affaires de la filière est en effet passé de 499 milliards de F CFA pour la campagne 1999-2000 à 1077 milliards de F CFA pour celle de 2003.
En 2002-2003, la production mondiale de cacao était de 3,1 millions t contre 2,157 millions t pour l'Afrique. Soit 70%. La production ivoirienne représente pour sa part 41% de l'offre mondiale.
Malgré ces performances le cacao ivoirien est confronté depuis bien longtemps à quelques difficultés. En effet, hormis la fluctuation des cours de cette spéculation, " on relève des éléments perturbateurs du marché du cacao d'une manière générale et en particulier de celui d'origine ivoirienne. Au nombre de ces éléments qui représentent autant d'entraves au développement socio-économique de la Côte d'Ivoire, l'introduction des huiles végétales dans le chocolat comme souhaité par certains pays européens, la contamination par l'Ochratoxine A (OTA) relevée par les Européens. L'application de directives au niveau de la présence d'Ota entraînerait selon nos sources une réduction drastique des exportations de cacao vers les pays d'Europe qui se préparent activement à mettre en oeuvre ces mesures. Enfin toujours au chapitre des pesanteurs, on peut citer la question du travail des enfants. Il faut donc parvenir à donner des réponses claires à ces différentes préoccupations pendant qu'il est encore temps.
Deux échéances représentent aujourd'hui de sérieuses menaces pour les pays producteurs de cacao. Elles constituent en effet deux tests majeurs pour l'avenir du cacao. L'une, intervenue en août 2004, est étroitement liée à la loi américaine sur le bio-terrorisme qui recommande un contrôle plus strict sur les produits exportés vers les Etats-Unis. L'autre, prévue juillet 2005, renvoie à l'entrée en vigueur de toutes les questions relatives à la certification. Il s'agit en fait d'attester, suivant des critères bien définis, que le cacao exporté par les pays producteurs d'Afrique dont la Côte d'Ivoire est " no child labor ". A l'origine d'une telle l'action, les sénateurs Harkin et Engel qui ont proposé d'introduire un amendement au Congrès pour obtenir l'étiquetage volontaire de la tablette de chocolat.
Sous l'action des groupes de pression et du Congrès américain, en septembre 2001, l'industrie du cacao américain et ses partenaires ont signé un protocole pour développer et mettre en oeuvre un système de certification crédible et mutuellement acceptable, en conformité avec la loi fédérale américaine selon laquelle "les fèves de caco et leurs dérivés seront produits et/ou transformés sans aucune des pires formes de travail de l'enfant " au plus tard le 1er juillet 2005. " Il faut donc oeuvrer rapidement à la traçabilité et à la certification ", avait vivement recommandé, il y a quelques mois à l'hôtel Ivoire, M. Ahoua Don Mello en sa qualité de président du comité scientifique des premières journées du cacao portant sur le thème : " Economie cacaoyère durable, quels enjeux pour la Côte d'Ivoire ". C'était à l'occasion de la cérémonie de clôture de ces assises auxquelles avait pris part un parterre de sommités mondiales du cacao dont le président et le directeur exécutif de l'ICCO.
Son appel est d'autant plus important que la certification ( mise en place de normes diverses), consécutive aux nouvelles exigences des consommateurs notamment américains, remettra sur la table le problème de la traçabilté. "Chaque sac de cacao doit pouvoir être suivi depuis la parcelle de production ", a recommandé le président du comité scientifique lors de la présentation de la synthèse des travaux.
" Si l'administration américaine reste intransigeante sur l'échéance de 2005 relative à la certification cela posera problème. Figurez vous par exemple que les Etats-Unis représentent 30 % des exportations ivoiriennes de cacao ", confie pour sa part l'ancien ministre Guy Alain Gauze, conseiller spécial du Président de la République chargé du commerce extérieur. Des propos qui traduisent toute l'importance de la certification qui pour lui est un problème plus sérieux que la question relative à l'adjonction de 5% de matières grasses végétales autres que le beurre de cacao dans la fabrication du chocolat. " La principale préoccupation est l'identification des cas de toxine, la certification et partant l'accès au marché américain ", insiste-t-il.
Les enjeux de cette certification pour la Côte d'Ivoire sont au nombre de trois selon nos sources. On distingue d'abord ce qu'on pourrait qualifier d'enjeu de notoriété. Avec en moyenne 1200 000 tonnes de cacao par an, la Côte d'Ivoire est le premier pays producteur au monde. On peut ensuite citer les enjeux économiques. Le cacao représente en effet environ 40% des recettes d'exportation et contribue à hauteur de 10% à la formation du produit intérieur brut (Pib) de ce pays. Il y a enfin les enjeux sociaux. " Ce sont pratiquement 600 000 chefs de famille qui en tirent leurs revenus et ce sont environ 6 millions de personnes qui vivent des revenus du cacao ", indique un partenaire de la filière.
La Côte d'Ivoire, consciente du défi à relever, a décidé de prendre le taureau par les cornes en essayant d'anticiper la date butoir de juillet 2005. C'est ainsi que s'est tenu il quatre mois un séminaire sur la certification. Il a permis entre autres problèmes de relever la faiblesse du cadre institutionnel, l'absence d'une politique d'information et de communication sur le cacao, les difficultés de coordination de l'information et de la communication sur le cacao et l'absence d'un plan de communication.
En attendant d'apprécier réellement l'impact de cette contrainte majeure sur les exportations de fèves de cacao ivoirien, il faudrait peut-être raisonner autrement et penser résolument à la transformation.
" Il faut juste faire en sorte de ne pas être à la merci des yo-yo du marché mondial ", avait déjà soutenu en ce sens le Chef de l'Etat, M. Laurent Gbagbo, lors des premières journées sur le cacao ivoirien. Il avait alors émis le voeu que d'ici dix ans, les fèves de cacao ne représentent plus qu'entre 5 et 10 % des exportations. Il reste convaincu que le salut se trouve dans l'industrialisation car, " un pays qui choisit d'exporter des matières brutes a choisi de rester sous- développé ".
K. Soungalo
La transformation, un défi majeur
La transformation du cacao a été en effet constamment présente aux cours des premières journées du cacao ivoirien qui se sont tenues à l'Hôtel Ivoire. Elle est apparue comme une préoccupation majeure. " Il faut que dans dix ans, les fèves ne représentent plus que 5 à 10% des exportations ", avait déclaré le Chef de l'Etat lundi dernier hôtel Ivoire.
Paradoxalement la part des pays producteurs dont la Côte d'Ivoire dans l'industrie du broyage ne représente que 34,7%. Le premier producteur de cacao ne broie contre toute attente que 10% de l'offre mondiale et ne consomme que 0,3% des produits chocolatés. Il s'agit donc d'inverser la tendance pour réduire la vulnérabilité de l'économie des pays producteurs car, comme l'a fait observer le Dr Nemlin Jean, chef du département conservation et transformation des produits agricoles du CNRA, les prix des produits manufacturés sont plus stables. Ils subissent moins la volatilité des cours du marché mondial.
" Un pays qui continue d'exporter des matières premières brutes a fait le choix de rester sous- développé ", avait prévenu le chef de l'Etat à l'ouverture de ce forum. La transformation apparaît donc comme une constante de la durabilité de l'économie cacaoyère, c'est-à-dire de la pérennité de la culture et l'amélioration des revenus des producteurs directs. En effet, selon M. Nemlin dont l'intervention portait sur l'expérience ivoirienne en matière de transformation et de valorisation du cacao, il ne fait pas de doute que cette transformation va générer une plus-value. Et la recherche est plutôt avancée.
La Côte d'Ivoire est déjà engagée dans la transformation du cacao. Ce sont en effet 150 milliards de F CFA qui ont été investis en 10 ans, faisant de ce pays le troisième transformateur mondial avec une valeur ajoutée de 40 milliards de F CFA. Toutefois, ce pays gagnerait à instituer une prime à la qualité et à sanctionner la mauvaise qualité comme c'est le cas au Ghana.
K. S
Les palabres font oublier l'essentiel
Chaque année, la Côte d'Ivoire perd 50 milliards de francs de décote sur ses ventes de cacao, du fait de la mauvaise qualité du produit ; pendant que le Ghana voisin est récompensé par une prime de qualité sur le même marché. Voici un challenge pour lequel les producteurs et leurs structures devraient réunir leurs forces et leurs intelligences. Mais que constate-t-on ? Du bruit, des palabres, la guéguerre, la guerre de leadership, de jalousie, pour le contrôle de la manne financière et même la guerre d'intérêts politiques et tribaux. Tout le monde a oublié l'essentiel. Le ministre de tutelle, Amadou Gon et son conseiller spécial, Gaoussou Touré, ont beau leur rappeler "les problèmes essentiels auxquels ils doivent faire face, rien n'y fait. A-t-on vraiment le temps de les écouter ? Leurs discours sonnent creux dans des oreilles qui attendent autre chose : le renouvellement immédiat des instances dirigeantes, le financement de la multitude de micro-coopératives dont la viabilité est incertaine, etc.
Tant pis donc pour la question de la qualité approximative de leurs production qui est sanctionnée sur le marché mondial. Sans oublier la menace des pays asiatiques (Indonésie, Vietnam) qui arrivent à grands pas avec leur extraordinaire productivité à l'hectare, le vieillissement du verger ivoirien, la directive de l'Union européenne qui autorise l'utilisation de matières grasses autres que le beurre de cacao dans la fabrication du chocolat, etc.
Tous ces défis sont le cadet des soucis des producteurs. Ils sont juste bons pour ceux qui comme les autorités de tutelle, ne cessent de les rappeler à chaque rencontre. Ce qui prime dans ce milieu, c'est la lutte pour le contrôle des différentes caisses. Tout le monde veut voir dans la marmite. Et le problème, c'est que des personnes, désignées pour gérer ces caisses, prêtent le flanc aux critiques en manquant d'assumer correctement les missions qui leur ont été assignées.
Il faut espérer que la récente agitation qui a failli aboutir à la démission du président du conseil de gestion du très convoite Fonds de développement et de promotion des activités des producteurs de café et de cacao (FDPCC) est le dernier épisode du mauvais feuilleton que nous offre le monde des producteurs de café et de cacao depuis un certain temps. Plus exactement depuis que les réformes ont permis de gagner " un peu d'argent ".
Mais oublient-ils que tout peut s'écrouler du jour au lendemain ? Certainement pas. Les producteurs se souviennent encore de la fin des années 90.
Par Alakagni Hala
Recommandations ivoiriennes sur la certification
Les défis à relever sont nombreux en matière de démarche qualité et résoudre la question du travail des enfants dans la cacao-culture peut être considéré comme l'un des facteurs de qualité. Toutes les entreprises modernes sont confrontées à cette donne dans le contexte de la mondialisation", peut-on lire dans le récent document de synthèse du séminaire sur les enjeux de la certification du cacao qui a été sanctionné par d'importantes recommandations dont certaines ont déjà connu un début d'exécution. Objectif majeur de ce branle-bas : positionner le cacao ivoirien afin qu'il ne souffre pas de l'impact négatif des contraintes qui menacent la commercialisation de cette spéculation.
Les recommandations ont été formulées tant au plan juridique, technico-économique, social, qu'au plan de la stratégie de la politique de communication pour la certification. Ce sont autant de mesures à exécuter pour la certification avant la date butoir de juillet 2005.
Au plan juridique, un ensemble de mesures tant à court qu'à moyen termes ont été prévues.
Prendre une loi spécifique en matière de lutte contre les pires formes de travail des enfants dans la cacao-culture, au besoin par voie d'ordonnance; prendre des dispositions législatives pour rendre l'école obligatoire jusqu'à l'âge de 15 ans et prévoir des mesures d'accompagnement adaptées ; renforcer les capacités de l'inspection du travail afin qu'elle puisse contribuer efficacement, à éliminer les pires formes de travail des enfants, ce sont là quelques-unes des recommandations formulées au plan juridique.
Au plan tehnico-économique, le séminaire de Bassam préconise : d'harmoniser l'âge d'admission à l'emploi en agriculture, conformément à la convention 138 de l'Organisation Internationale du Travail (OIT) ; d'accroître et renforcer les structures publiques d'accueil dans l'enseignement général et technique ; de garantir un prix d'achat rémunérateur aux producteurs en relation avec les coûts de production additionnelle ; de mettre en place des structures adaptées pour le financement de la production ; de soutenir la mécanisation de la cacao culture à l'effet de rendre les tâches moins pénibles et accroître la productivité.
Au plan social, le séminaire recommande de susciter des leaders d'opinion des pays consommateurs en Côte d'Ivoire ; de diffuser en langues nationales les conventions 138 et 182 ; d'intensifier la lutte contre le trafic et l'exploitation des enfants ; de renforcer le cadre juridique spécifique sur la question du travail des enfants en cacao culture ; de développer et renforcer les infrastructures socio-éducatives en milieu rural ; de concevoir et mettre en oeuvre des programmes de retrait de prise en charge et de réinsertion des enfants victimes de trafic et exploités.
La mise en place d'une stratégie de communication sur le cacao et la sensibilisation des producteurs aux pires formes de travail des enfants et la mise en place d'une structure pour la veille stratégique en matière de communication figurent pour leur part au nombre des actions recommandées en matière de politique de communication pour la certification. Ce sont donc autant de mesures qui devraient permettre au premier producteur mondial de cacao d'affronter sereinement l'échéance de juillet 2005.
Source : rapport de synhèse du séminaire sur la certification
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