Mbagnick Ngom
31 Août 2004
«La pratique professionnelle, on la vit par rapport à son individualité propre». C'est la règle dont les jeunes reporters doivent faire sienne. Aujourd'hui, au-delà des textes élaborés pour définir les termes d'éthique et de déontologie, il appartient, pensent certains professionnels des médias, aux journalistes de se dresser des garde-fous dans l'exercice de leur fonction.
La déontologie est un «ensemble des devoirs qu'impose à des professionnels l'exercice de leur métier». C'est une des définitions fournies par Le Petit Robert. Mais pour Mame Less Camara, directeur de la radio Envi Fm, les codes de déontologie sont pour l'essentiel des «catalogues de bien faire». Introduisant une communication, samedi dernier, sur le thème de la «Déontologie», pour animer le deuxième cours de «l'école de la convention», Mame Less Camara souligne qu'aujourd'hui les obstacles au traitement de l'information sont relatifs aux pouvoirs religieux, économique et politique qui posent souvent le problème de l'indépendance du journaliste. Aussi, ajoute le conférencier, le rapport de confiance que le journaliste établit avec son public en lui montrant ses sens interdits, la manière dont il traite l'information, ne lui facilite pas toujours la tâche.
Aujourd'hui, laisse entendre le patron de Envi Fm, «le journaliste n'a plus que sa bonne foi dans l'exercice de sa fonction». Pour Tidiane Kassé, journaliste à l'Institut Panos, «au-delà des textes auxquels nous nous referons, il importe pour le journaliste de se dresser des garde-fous pour définir des normes dans son traitement de l'information». Même s'«il y a un catalogue de bonnes intentions qui doivent nous guider dans la pratique du métier», il faut reconnaître que «la presse est un métier dans lequel il est difficile de poser des repères immuables», précise-t-il. Selon lui, de plus en plus dans les pays africains, les professionnels des médias cherchent à se doter de charte pour que les acteurs obéissent aux mêmes règles.
Abondant dans le même sens, Madiambal Diagne, directeur de publication du journal Le Quotidien, estime qu'il importe d'adopter certaines normes au niveau même des rédactions. «Au niveau du Quotidien, renseigne-t-il, nous avons établi une charte qui aide dans le management de la rédaction et constitue un document de référence dans la gestion des rapports entre les différents membres de la rédaction». Aussi, fait remarquer Madiambal Diagne, d'autres responsables d'organes de presse ont tout simplement choisi de nommer un médiateur de la rédaction. Les échanges entre confrères ont permis de souligner que le meilleur outil de dialogue dans une entreprise, c'est de mettre en valeur l'espace de communication de la rédaction en favorisant les critiques entre confrères.
Evoquant l'épineuse question de la corruption, qui mine les différents corps de métiers, Mame Less Camara lance «aller à un reportage ne signifie pas aller prendre une prime quelque part». Même s'il y a un quiproquo entre les habitudes professionnelles et les normes sociales, «l'honneur professionnel est de faire son boulot et de s'en aller», estime Mame Less Camara.
Aujourd'hui, reconnaît Tidiane Kassé, «la situation des journalistes est beaucoup plus difficile, plus complexe du fait de l'explosion médiatique». Mieux, ajoute-t-il, les acteurs qui vont vers les médias sont plus nombreux. Et il y a beaucoup de tension dans la recherche et le traitement de l'information.
«Dans ce métier, prodigue l'ancien directeur de publication du quotidien Wal Fadjri, il faut toujours se dire que ce qu'on fait aujourd'hui ou demain dépendra de la manière dont on va nous juger dans vingt ans».
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