Le Soleil (Dakar)

Sénégal: Criquets pélerins : des moyens à renforcer impérativement

Mamadou AÏcha Ndiaye

31 Août 2004


À l'occasion de la visite du chef de l'Etat, Me Abdoulaye Wade à Linguère, le Général Abdel Kader Guèye, Sous-Chef d'Etat Major Général des Armées, commandant la Cellule Opérationnelle de Lutte Anti-Acridienne, avait insisté sur les moyens additionnels qui doivent être vite trouvés, pour mener les opérations et renforcer les dispositifs de désinfestation de 60.000 ha sur les 200.000 ciblés.

Carte à l'appui, le Sous-Chef d'Etat-Major Général Guèye, a montré que sur 198 bandes larvaires, 98 sont déjà traitées et qu'il reste à diligenter la lutte pour venir à bout des 100 autres restants.

Le problème souligné est relatif au déficit en matière de logistique de proximité, c'est-à-dire en carburant et en alimentation pour les équipes. L'on a, à cet égard, noté des journées sans approvisionnements en carburant, à en croire le patron des militaires engagés dans la guerre contre les criquets.

Pour le Colonel Abdourahmane Cissé, qui dirige les organes de commandement du théâtre d'opérations dans les régions de Louga, Saint-Louis et Matam, l'impérieuse et urgente nécessité de coordonner la lutte avec des pays frontaliers est exprimée au Chef suprême des Armées, qui a aussitôt confirmé la réunion d'aujourd'hui des ministres des Forces Armées des pays de la sous-région et de leurs ministres de l'Agriculture.

A l'échelle locale, les taux d'infestation sont ainsi répartis : Saint-louis 61 %, Matam 31 % et Louga 8 %. Louga, selon le Colonel Cissé, est l'épicentre de la lutte contre le péril acridien depuis fort longtemps. Les récentes zones de ponte, trouvées à Linguère, s'expliquent par le fait que ce département est sur la verticale de Podor, aux sols marécageux ou parfois secs, tandis que le type de sols de Linguère est plus adapté pour sa perméabilité. Ce phénomène se justifie par le fait que, Podor, principale porte d'entrée des essaims et une partie de la région de Matam, demeurent des zones frontalières avec la Mauritanie, pays très infesté par les criquets.

CHANGEMENT D'APPROCHE

Deux avions étaient jusque-là utilisés, avec des capacités très limitées. Il s'agit d'un appareil de type ULM basé à Thiès et d'un avion épandeur acquis sur convention avec la Compagnie Sucrière Sénégalaise. Du fait que le contrat arrivait à terme, les moyens financiers de trois milliards supplémentaires peuvent prolonger le contrat de location. Ensuite, il est envisagé d'obtenir un avion de patrouille maritime qui, à en croire le Général Guèye, est polyvalent et peut donner des résultats importants dans cette phase aérienne de lutte contre les ennemis ravageurs, pourvu que les efforts institutionnels suivent cette procédure d'acquisition. En dehors des véhicules proposés par des bonnes volontés, le parc automobile de la lutte anti-acridienne est de 15 camions et de 25 camionnettes. Le personnel s'élève environ à 462 combattants, un chiffre qu'on doit augmenter considérablement, si l'on veut booster les résultats obtenus à ce jour. Certes, les populations sont impliquées, mais au-delà de cette phase populaire où la lutte mécanique a montré ses limites, les produits biochimiques font leurs effets et il faudrait désormais accentuer la lutte aérienne.

Les véhicules équipés d'appareils à grand débit, en dehors des avions, constituent la véritable force de frappe de la Direction de la Protection des Végétaux. Des fonds antérieurement acquis avaient permis, selon le Directeur national, Mama Ndéné Lô, de renforcer les moyens matériels, l'achat de pesticides mais également de faire la commande consistante en unités de traitement, dont le premier lot, par procédure d'urgence, a été livré vendredi dernier à l'aéroport Léopold Sédar Senghor, le jour même de la visite du chef de l'Etat à Linguère.

« À chaque chose malheur est bon ». Cette boutade du chef de l'Etat vise à expliquer la léthargie des pays de la sous-région sur le suivi idoine qu'on devait mener pour l'ancien organisme OCLALAV et qui a fait défaut. Un moyen jadis efficace pour la coordination et la lutte anti-acridienne dans les pays du Sahel. Désormais, dira le président Wade, il ne faut plus attendre que les criquets nous envahissent pour réagir, mais les trouver là ils sont, les attaquer, les repousser jusque dans les grottes de l'Atlas et dans les fins fonds de l'Orient.

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