Cameroon Tribune (Yaoundé)

Cameroun: Valery Ntsogo Eyono, chercheur en plantes naturelles

Armand Essogo

31 Août 2004


interview

Pour Valery Ntsogo Eyono,la comparaison avec la médecine moderne n'est pas fondée.

La médecine traditionnelle est-elle au service des populations au même titre que la médecine moderne ?

La médecine moderne et la médecine traditionnelle se complètent. Je voudrais simplement insister sur une légère différence. En médecine moderne, on fabrique un produit, on le conditionne et on lui donne une date de péremption. L'avantage étant que chaque malade peut savoir qu'après cette date, ce produit n'est plus utilisable. Tandis qu'en médecine traditionnelle, nous fabriquons le produit à partir de la plante et l'eau naturelle. Le malade a besoin de le boire et non de le conserver. En conservant ce produit, il peut fermenter et devenir un poison. Pour conserver le produit utilisé en médecine traditionnelle, il faut tenir compte de la quantité et de la dose. Un professionnel de la médecine traditionnelle qui néglige ces aspects n'est qu'un charlatan. Je pense que la médecine traditionnelle est au service des populations comme toute autre médecine.

Est-il possible de se fier au diagnostic des tradipraticiens modernes ?

Je suis un chercheur en plante. Je connais la composition d'une pénicilline et la mise en bouteille. J'ai aussi suivi une formation de laboratoire en analyse médicale. Je dispose d'un jardin de plantes européennes, asiatiques, africaines, et camerounaises. Concrètement, lorsque je reçois un patient, il peut arriver qu'il m'apporte les résultats d'un examen qu'il a déjà fait. Dès qu'il me le présente, je l'interprète et à partir de là, je fabrique le produit. Et je lui donne la durée du traitement qu'il va suivre. J'ai beaucoup de témoignages. Je peux même vous dire que certains malades arrivent à mon niveau parce qu'ils ont été orientés par leur médecin. Mais je tiens à préciser que je ne fais pas la divination. Les problèmes de sorcellerie sont donc exclus de mon champ d'action.

En tant que chercheur, entretenez-vous des liens de collaboration avec les professionnels de la santé ?

La collaboration existe, même si elle reste entourée d'une certaine suspicion. Dans le cadre des travaux pratiques, les professeurs d'université m'envoient des étudiants pour que je leur montre les plantes qu'ils ne connaissent que sur un plan théorique. Pour ce qui est des soins de santé, j'envoie régulièrement mes malades faire des contrôles au Centre Pasteur. Il arrive aussi que je suive un malade en même temps que son médecin traitant. Par exemple, j'ai soigné un kyste ovarien de 65 mg à une patiente. Elle devait être opérée. Mais chez moi, elle a suivi un traitement de deux mois. Son médecin a demandé à me voir. Je me suis déplacé. Mais arrivé dans son cabinet, il m'a proposé d'acheter ma formule. En réponse, je lui ai claqué la porte au nez.

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