Joseph Dongmo Et Alexandre T. Djimeli
1 Septembre 2004
La « gratuité de l'école primaire » public est un bluff.
La paralysie du secteur public de l'enseignement fondamental par les services du ministère des Finances et du Budget (Minfib) est un indicateur de l'échec de la « gratuité», une mesure qui avait été prise par le président de la République et annoncée dans son discours à la jeunesse le 10 février 2000 comme une révolution. Ainsi, les élèves ne devaient plus payer les 1.500 Fcfa qu'ils déboursaient officiellement au titre de la contribution exigible. Il y a donc eu suppression de cette contribution que certains appellent « frais d'inscription ou frais de scolarité ». Les parents devaient donc continuer de payer les autres frais nécessaires pour l'envoi de leurs enfants à l'école. Malgré le fait que le politique ait occulté cet aspect de la décision en parlant pompeusement d'école « gratuite », il y a eu une ruée vers les écoles publiques. Deux ans plus tard, le chef de l'Etat a affirmé que cette mesure a remonté le taux de scolarisation à 99%.
Mais aujourd'hui, les gens se rendent de plus en plus compte de la grande tromperie. « L'école publique gratuite avait fonctionné sans anicroche la première année [2000/2001, ndlr]. Le Mineduc avait pris des dispositions pour que tous les élèves soient assurés ; la Fenassco et les primes étaient payées à temps, etc. Mais depuis la rentrée 2001/2002, les choses vont de plus en plus mal », affirme un cadre du Mineduc. Les parents d'élèves quant à eux doutent désormais du sérieux du gouvernement. Selon E. Amougou, instituteur retraité, « l'école gratuite est un échec patent. C'est un slogan, un gadget de plus pour un pouvoir malfamé en quête de popularité.» Même son de cloche chez D. Odile, vendeuse à la criée au marché de Foumbot, veuve et mère de six enfants : « Dites au chef de l'Etat que l'école gratuite coûte plus cher. Les enfants des familles pauvres ne vont plus à l'école. Ils sont vendeurs à la sauvette, quand ils ne sont pas cultivateurs, à peine nés Voilà l'école gratuite ! »
L'école plus cher
En réalité, l'école est devenue plus cher. Selon une étude de l'Unesco, le coût de la scolarité d'un enfant au primaire tourne autour de Fcfa 32.000. Les parents doivent trouver cet argent, s'ils ne veulent pas envoyer leurs enfants se balader à l'école. « L'augmentation des maîtres des parents entraîne des cotisations supplémentaires », explique un parent. De même, les frais d'adhésion aux Ape qui ne sont en réalité que les associations d'élèves par parents interposés sont passés du simple au double pour faire face aux difficultés de fonctionnement des écoles. Si N. Naomi, maîtresse, justifie « les ratés observés » par « la gestion chaotique des mesures d'accompagnement [paquet minimum et crédit de fonctionnement, ndlr]», il faut signaler que cette situation a fait des écoles un marché. Les directeurs se fond corrompre par les parents pour inscrire les élèves ; les maîtres exigent de l'argent aux élèves pour acheter tel ou tel matériel didactique, etc.
Concrètement donc, la gratuité « version renouveau » est un échec, mieux une moquerie. En effet l'annonce de celle-ci, si elle était effective, ne serait qu'un retour à la légalité. Car, l'école primaire publique camerounaise est née gratuite. Payer une contribution exigible était en fait illégal. A la veille de la 1ère Guerre mondiale, les 833 élèves qui fréquentent l'école publique sont inscrits, reçoivent livres et cahiers, sont logés et nourris, gratuitement. Ce sera la même chose sous le mandat et la tutelle de la France/Angleterre. La loi organique n°63/Cor-5 du 3 juillet 1963 qui créé l'école publique post-indépendance stipule en son article 1 que « l'enseignement primaire public est laïc et gratuit. »
Le terme « contribution exigible » n'apparaît que dans la circulaire n°83/D/39/Mejec/Esd du 16 septembre 1969. L'argent de cette contribution devait couvrir les activités post et périscolaires. Mais aucune disposition légale n'a jamais abrogé l'article 1 de la loi de 63. La loi d'orientation de l'Education du 14 avril 1998 insinue cette gratuité dans 3 de ses articles (articles 6, 7 et 9 du titre I). L'article 9 stipule par exemple que « l'enseignement primaire est obligatoire. » La contribution exigible apparaissait donc comme illégale. En proclamant la gratuité, le chef de l'Etat est simplement rentré dans la légalité. Mais son efficacité n'est pas éprouvée sur le terrain.
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