Wal Fadjri (Dakar)

Sénégal: A la galerie Baraq-bi, la peinture est une affaire de passion

Fatou K. SENE et Lala CISSOKHO (Stagiaire)

1 Septembre 2004


Dame Seck, Mamadou Mactar Sarr et Ameth Fall s'identifient à leur passion pour les arts plastiques et singulièrement à la peinture. Cet art qui les unit depuis maintenant trois ans donne un sens au vécu quotidien de la galerie Baraq-Bi installée sur la route de l'aéroport. C'est dans ce «haut lieu de la peinture», qui embellit l'entrée du village de Ngor, que le trio cultive son jardin secret pour mieux s'épanouir dans le métier de l'art.

Située à l'entrée du village de Ngor, entre les ateliers des mécaniciens et autres horticulteurs qui jalonnent la route des Almadies, la galerie Baraq-Bi s'érige comme un temple des arts plastiques. Tout indique au visiteur, que les maîtres des lieux ne vivent que pour l'art. De la grande toile délimitant l'espace de la galerie aux quelques vases qui décorent ses alentours, le visiteur est très vite attiré par le charme de cette baraque peu ordinaire.

En s'invitant à l'intérieur, l'on est aussitôt frappé par la diversité des tableaux en toile et en sous-verre mais par des poteries d'art réalisées sous diverses formes. Ainsi, vases, cendriers et autres objets décoratifs meublent ce haut lieu de l'expression artistique. A quelque mètres de la porte d'entrée de la galerie, une pièce de fortune, où s'entassent matériaux de peinture et pièces de récupération, sert d'atelier à trois plasticiens.

Dame Seck, Mamadou Mactar Sarr et Ameth Fall, un trio passionné de peinture, ont élu domicile depuis presque trois ans dans cet endroit, animé par le bruit des voitures. Dame Seck de son nom d'artiste Secka, qui était un vendeur de ciment, a fini par embrasser le métier de plasticien pour vivre sa passion pour l'art. Sous l'influence de ses compères artistes, Secka s'inspire dans ses créations de sa vie en communauté mais aussi des éléments de son environnement immédiat, marqué par la présence de la mer. Aussi, les thèmes d'«africanité», des travaux champêtres pour magnifier leur appartenance au milieu paysan, se retrouvent dans les travaux de Secka et Mamadou Mactar Sarr. Deux artistes qui soulignent s'être réunis pour partager ensemble des visions sur l'art Africain. «Il faut que l'on soit d'abord ancré dans nos valeurs traditionnelles montrer notre vrai visage avant de se tourner vers d'autres horizons», précise Mamadou Mactar Sarr. Ce dernier, qui poursuivait ses études au département de géographie notamment en deuxième année, a également fini par abandonner l'Université suite à l'année invalide de 1994 pour se consacrer à la peinture. Sa passion pour l'art remonte à sa prime jeunesse. Ainsi, renseigne-t-il, «depuis l'école primaire avec les croquis et autres dessins mais également à l'Université avec les cartographies j'ai senti que j'avais des dispositions à m'exprimer dans le domaine artistique». C'est ce qui a poussé Mamadou Mactar Sarr à intégrer l'art et particulièrement la peinture. D'abord intéressé par la peinture sous-verre, la gravure, il a su évoluer en... s'accrochant aux toiles.

Aujourd'hui, la vie du trio ne semble pas seulement se limiter à la peinture. Le jeune Secka avoue par exemple avoir un penchant pour la musique. «J'adore la musique depuis ma tendre enfance, c'est pourquoi je m'exerce à jouer à la guitare et au clavier». Ameth Fall le «rappeur du groupe», vit au rythme du mouvement hip hop et se prépare à sortir sa toute première cassette.

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Ces jeunes peintres qui ont pour idoles Léopold Sédar Senghor, Kalidou Kassé, entre autres, ont traversé beaucoup de difficultés avant de réussir à mettre sur pied cet espace qui leur sert de d'atelier. Si pour Mamadou Mactar Sarr les conditions de travail ne sont pas encore réunies pour mettre en exergue leur talent, ses autres compères regrettent la concurrence déloyale des artisans, antiquaires et hôteliers. Ces derniers, font-ils remarquer, n'hésitent pas à brader les oeuvres produites. Ce sont là autant de problèmes qui ne leur permettent pas de vivre de leur art. C'est ce qui amène Secka à plaider pour l'assainissement du marché de l'art. Aussi, pense-t-il, la collaboration avec les guides touristiques pourrait leur être d'un apport précieux. Leur rêve est aujourd'hui de faire connaître leur style dans leur pays. C'est après seulement qu'ils pourront envisager des rencontres avec des artistes étrangers dans le cadre des workshops.

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