Cameroon Tribune (Yaoundé)

Cameroun: La rentrée dans le porte-monnaie

Yves ATANGA

1 Septembre 2004


A combien revient la préparation de la rentrée scolaire ? Presque personne parmi les parents d'élèves ne peut vraiment dire qu'il s'est penché sur la question, tellement les sollicitations et la pression sont absorbantes, dès que pointent les premiers jours de septembre.

Il faut résoudre les problèmes comme ils viennent, et ça ne laisse pas souvent le temps de prendre la calculatrice pour faire une évaluation. Tous sont pourtant unanimes : la rentrée scolaire est certainement l'une des plus grosses occasions de dépenses de l'année. Et pas moyen de s'y soustraire, du moment qu'on a des enfants.

Tout commence donc par les ressources financières à mobiliser. Et sur ce point, l'époque où les parents mettaient de l'argent de côté tout au long de l'année semble plus que jamais révolue. Dans très peu de cas, l'épargne personnelle sert ou suffit à répondre aux nombreux besoins. Les concernés affirment que les temps sont plus " durs ", mais on doit reconnaître aussi que la majorité se laisse souvent surprendre. Les solutions d'urgence sont alors utilisées. Elles sont généralement proposées par les banques, les tontines et autres personnes offrant des prêts. C'est une option de plus en plus prisée par les parents non prévoyants, même si des grincements de dents se font très souvent entendre au moment de rembourser. Par exemple, on accuse souvent les banques de recouvrer " en désordre ".

C'est connu, l'argent est le nerf de la guerre. Une fois les moyens en poche, il faut se lancer dans la quête d'un établissement à la hauteur des ambitions qu'on nourrit pour sa progéniture. Dans ce registre, le contexte veut qu'on se dirige d'abord vers les établissements privés. En ce qui concerne le secondaire, les derniers résultats élogieux obtenus par cet ordre d'enseignement aux examens officiels ont permis de comprendre pourquoi une telle ruée. Ici, le concours est la voie royale, mais la réussite ne dispense pas des frais de scolarité. Bien au contraire. En règle générale, il vaut mieux se renseigner avant de se présenter. L'excellence a un prix, et dans certains établissements (primaires ou secondaires), il faut débourser plus de 500.000 F Cfa par an et par enfant, rien que pour les frais d'écolage. Sans compter les frais d'APE. Sinon, la bonne vieille école publique est toujours disponible.

Vient ensuite la douloureuse question des livres scolaires. Comme les programmes sont plus dynamiques ces dernières années, les librairies du " poteau " ne sont plus du même secours qu'il y a une dizaine d'années. Mais elles sont toujours prêtes à servir avec le même enthousiasme. L'année dernière à cette même période, les librairies présentaient une pénurie relativement alarmante. Cette année non plus, tous les ouvrages ne sont pas disponibles, à une semaine du début des classes. Dans tous les cas, le livre scolaire est incontournable. À cause de leurs problèmes d'argent, certains parents diffèrent sans cesse leur passage devant le libraire. Mais il arrive toujours un jour où le fiston vous informe qu'on l'a mis à la porte parce qu'il n'avait pas son livre d'anglais Idem pour les fournitures et accessoires. La règle graduée, le compas, les crayons de couleurs, les cahiers et protège-cahiers n'ont l'air de rien, mais quand il faut en acheter pour quatre ou cinq enfants, ça commence à peser.

C'est pour tout cela qu'on verra l'effervescence monter dans les points de ventes ces jours-ci. Le coeur serré, mais le sens du devoir parental en avant, ils ont commencé à se saigner pour offrir une belle année scolaire à leurs rejetons. Ça coûte évidemment cher. Les factures dépendent cependant du standing de l'établissement fréquenté par l'enfant. Dans les collèges privés, ça tourne autour de 500.000 F Cfa par tête. Pratiquement la même chose pour les écoles primaires privées. La différence avec les établissements publics est nette : dans le primaire, un enfant revient à environ 50.000 F, en livres, fournitures, uniformes quand il y en a, frais d'APE Et c'est bien parce que la scolarité y est gratuite. Pour le lycée, ce sera au moins le double, à cause des prix des ouvrages. Comme on voit bien, c'est d'abord et aussi le rentrée des parents.

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