Fraternité Matin (Abidjan)

Côte d'Ivoire: Esclavagistes et esclaves des temps nouveaux : les grandes articulations

Abel Doualy

1 Septembre 2004


analyse

Abidjan — L'esclavage, écrit Larousse, est l'état, la condition d'esclave qui, lui-même, est une personne non-libre considérée comme un instrument économique pouvant être vendu ou acheté et qui est sous la dépendance d'un maître.

Défini comme tel, qui est esclave? La célébration, le 25 août dernier, du 115ème anniversaire de l'abolition de l'esclavage et de la traite négrière offre l'occasion de porter un regard rétrospectif sur ce phénomène décrié et condamné par tous. Pourtant, tout porte à croire que l'esclavage est toujours pratiqué sous diverses formes déguisées, dans ce monde de plus en plus capitaliste.

Un des pans les plus importants de l'histoire des relations internationales, l'esclavage a fait l'objet d'une foultitude de publications qui en donnent un large aperçu faisant ressortir à la fois le bon et le mauvais côté.

D'aucuns estiment, en effet, que l'esclavage était une institution reconnue, souvent essentielle à l'économie et à la société, de toutes les civilisations antiques.

De Mésopotamie (actuel Irak) à la Chine en passant par l'Inde, ces civilisations employaient des esclaves soit à des tâches domestiques, soit dans des travaux de construction ou agricoles. Les Egyptiens utilisaient des foules d'esclaves pour construire leurs palais et monuments royaux.

Peu nombreux, ces esclaves appartenaient au Pharaon, à sa famille, aux temples et aux grands de l'Etat. Les Hébreux utilisaient aussi des esclaves mais ils étaient tenus par la loi religieuse de libérer ceux de même nationalité qu'eux. Les civilisations précolombiennes d'Amérique, celles des Aztèques, des Incas et des Mayas, par exemple, pratiquaient également l'esclavage à grande échelle tant dans l'agriculture que pour la guerre.

Dans la Grèce antique, l'esclavage était le destin ordinaire des prisonniers de guerre. Les philosophes ne le considéraient même pas comme un acte moralement répréhensible. A quelques exceptions près, les esclavages étaient traités humainement dans la Grèce antique. Dans l'ensemble, ils étaient employés dans les tâches domestiques, dans le commerce, comme laboureurs sur les propriétés terriennes et lorsqu'ils étaient au service d'un particulier, il n'était pas rare que se développent des rapports humains entre eux et le maître.

Dans l'Empire romain, l'esclavage différait en certains points de celui de la Grèce antique. Car les maîtres romains avaient plus de droits sur leurs esclavages, y compris le droit légal de vie et de mort. Le principal moyen d'acquérir les esclaves était la guerre. Des dizaines de milliers de prisonniers de guerre étaient amenés à Rome pour y être réduits à l'esclavage.

Les esclaves pouvaient provenir également d'achat ou de naissance.

Au moyen âge, l'esclavage diminue sous la pression de l'Eglise. Les prêtres demandent aux maîtres d'être bons envers leurs serviteurs.

L'adoption du christianisme comme religion officielle par l'Empire romain et son extension à l'Europe et à certaines parties du Moyen-Orient durant le moyen âge auront contribué à améliorer la condition des esclavages sans toutefois éliminer la pratique de l'esclavage. L'époque moderne a été marquée par trois grands marchés esclavagistes qui touchent aux populations noires. Il y a la traite en Afrique subsaharienne, la traite transsaharienne et la traite transatlantique ou le commerce triangulaire. Le développement des travaux dans les cannes à sucre en Amérique du sud va amener les Américains à la conquête de la main-d'oeuvre bon marché.

La traite en Afrique subsaharienne

En Afrique subsaharienne, le prix des captives dépassait celui des captifs, car la productivité des femmes, non seulement comme domestiques, épouses et mère, mais aussi comme travailleuses, était supérieure à celle des paysans et des artisans masculins dans la plupart des sociétés de l'Afrique noire.

La traite transsaharienne

Les esclaves partaient vers les pays du Moyen-Orient. Là-bas, le prix des captives était plus élevé encore que dans la région subsaharienne, bien que des esclaves masculins y fussent aussi utilisés dans l'agriculture et dans les tâches militaires.

La traite transatlantique

(ou commerce triangulaire)

Dans l'Amérique Latine tropicale du XVIème siècle, les colons espagnols obligèrent d'abord les populations indigènes à travailler la terre et à extraire l'or et l'argent. Ces populations indigènes ne survécurent pas aux conditions d'esclavage, les maladies européennes et le travail harassant les décimèrent. Emu du sort cruel réservé aux Indiens, l'évêque Bartolomé de Las Casas écrit en 1542 au roi d'Espagne lui proposant d'importer des Africains dans les colonies espagnoles, parce qu'ils étaient réputés mieux supporter le travail forcé dans le climat éprouvant des Caraïbes et de l'Amérique Latine. C'est ainsi que 12 à 15 millions de Noirs seront arrachés à l'Afrique.

Le départ des négriers vers l'Afrique :

Au départ, les négriers quittaient l'Europe avec des armes, du tissu, de la poudre à canon, des bijoux . Pour résumer, des richesses. Les navires négriers partaient de quatre ports : le Havre, la Rochelle, Bordeaux et Nantes.

De 1715 à 1789, il y eut 1427 expéditions négrières à partir de Nantes qui devint le premier port négrier. Ce port s'est lancé dans le commerce d'esclaves vers 1715. Cela pour répondre au besoin de main-d'oeuvre des colonies.

L'organisation d'un voyage est la responsabilité de l'armateur. C'est lui qui fait construire, armer, et équiper le navire. Ils trouvent les gens prêts à investir de l'agent dans l'expédition, car c'est rare que quelqu'un ait assez d'argent pour le faire seul. Donc, des gens achètent des parts. S'il y a des bénéfices, ils sont partagés en fonction de la part de chacun. S'il y a des pertes, elles sont partagées de la même façon. Un armateur très connu de Nantes est Guillaume Grou. Il réalisa, avec la traite négrière, une énorme fortune dans les années 1730-1740.

L'achat des esclaves sur

les côtes africaines:

Gorée est une petite île, longue de 900 m et large de 300 m, à trois kilomètres au large de Dakar qui, il n'y a pas si longtemps encore, était l'un des entrepôts de la traite négrière (Gorée n'est, bien sûr, pas le seul endroit : d'autres villes et autres forts ont participé à cette traite négrière). En effet, c'est ici que les esclaves étaient achetés pour être emmenées vers le nouveau monde. Ces esclaves étaient amenés ici par des marchants que les Européens payaient (avec de la pacotille, de la poudre, des fusils et quelques bijoux) pour aller les chercher dans des villages.

Dans cette jolie petite île bien abritée des alizés vinrent mouiller pendant quatre siècles, les bateaux négriers venant d'Espagne, du Portugal, de la France, du Danemark, et de l'Angleterre. Les équipages arrachèrent à leur pays les hommes et femmes les plus forts et pillèrent les richesses de l'Afrique.

La maison des esclaves constitue le principal vestige de la pratique du commerce du "bois d'ébène" sur l'île. Elle servait à enfermer les nègres en attendant que l'on vienne les chercher afin de les emmener, pour les vendre, de l'autre côté de l'Atlantique.

En 1978, l'île de Gorée a été inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO.

La route vers le nouveau monde

Le trajet durait 3 à 6 semaines. Dans les cales du bateau de nombreux esclaves meurent à cause des maladies qui se propagent vite car les hommes et les femmes sont serrés et entassés les uns sur les autres : il pouvait y avoir jusqu'à 600 hommes sur un bateau. En général plus des trois quarts du chargement ne résistaient pas à ce traitement.

L'arrivée en Amérique

Une fois arrivé sur les côtes américaines les esclaves survivants étaient vendus. Le prix d'un esclave était fonction de son sexe, de son âge, de son état de santé et de sa force physique. Avant la vente le marchand essayait "d'embellir" ses esclaves en les nourrissant correctement, en leur passant de l'huile sur le corps. L'acheteur, lui, cherchait les moindres imperfections pour faire baisser le prix : une dent en moins, une blessure ou une maladie quelconque entraînait des rabais. Après s'être débarrassé de leur marchandise, (il faut savoir que les esclaves étaient considérés comme des objets) les négriers repartaient vers l'Europe, leurs navires pleins de produits tropicaux (sucre, café, tabac, coton ) qui allaient être revendus dans les pays d'Europe.

La vie en Amérique :

Dans les colonies du Nord, les esclaves étaient davantage utilisés dans l'agriculture, et dans les colonies du sud où dominait l'agriculture de plantations, presque tous les esclaves travaillaient dans celles-ci. Dans les plantations de coton, de café et de canne à sucre, les trois grandes plantes "esclavagistes", les conditions de vie étaient souvent atroces. Le travail épuisait les esclaves du matin tôt jusque tard dans la nuit : Aux Antilles, les esclaves étaient réveillés vers 5h du matin par un claquement de fouet. Après la prière et l'appel c'est le départ pour les champs. A midi, ils disposent de deux heures pour préparer leur repas et manger. Puis le travail reprend jusqu'à la tombée de la nuit. Mais la journée n'est pas finie pour autant : il faut encore chercher de l'herbe pour le bétail. Ensuite seulement les esclaves peuvent rentrer dans leur case pour préparer, en famille, leur repas. Vers minuit, épuisés, ils se jettent sur leur lit pour une courte nuit de sommeil.

Tout esclave souhaite retrouver la liberté. Peu nombreux, toutefois, sont ceux qui osent tenter de s'évader. Les châtiments encourus sont terribles. Le code noir, rédigé au temps de Colbert en 1965, punit très durement les fugitifs : "L'esclave fugitif qui aura été en fuite pendant un mois, à compter du jour que son maître l'aura dénoncé en justice, aura les oreilles coupées et sera marqué d'une fleur de lis sur une épaule : et s'il récidive un autre mois pareillement du jour de la dénonciation, il aura le jarret coupé et sera marqué d'une fleur de lis sur l'autre épaule : et la troisième fois, il sera puni de mort". Ces pratiques barbares sont peu à peu abandonnées mais cela n'empêche pas les mauvais traitements devenus une autre forme d'esclavage à l'échelle mondiale et à tous les niveaux. Le phénomène de "Bonnes" en Côte d'Ivoire et partout ailleurs en est un exemple édifiant.

Les grandes articulations

Avant 1635 : Colonisation par les Français. L'esclavage est aboli sur la terre de France.

Pierre Belain d'Esnambuc , ancien corsaire normand est envoyé dans les colonies par la compagnie des Iles d'Amérique dont un des principaux actionnaires était le Cardinal de Richelieu.

Richelieu est l'un des pères fondateurs de la colonisation française.

1635 : Colonisation de la Martinique par d'Esnambuc.

1639 : La compagnie autorise l'importation d'engagés (les travailleurs français qui s'engageaient pour 36 mois) d'une part et des esclaves achetés sur les côtes d'Afrique d'autre part.

Le tabac est fabriqué en Martinique et nécessite donc peu de main d'oeuvre faite essentiellement du concessionnaire (celui à qui on a donné le terrain sous forme de concession) et des engagés. Au bout de 36 mois, les engagés demandaient à leur tour une concession.

1640 : La compagnie a des difficultés et vend l'île à Dyel Duparquet, un seigneur normand. Les Indiens caraïbes sont les alliés de Duparquet. Un édit du Roi interdit leur mise en esclavage pour des raisons stratégiques.

A l'époque, très peu d'esclaves sont sur les plantations martiniquaises. (environ quelques dizaines).

1645 : Des colons Juifs Hollandais, expulsés du nord-est Brésilien par les Portugais, passent en Martinique où ils apportent les secrets de fabrication du sucre.

La culture de la canne à sucre remplace celle du tabac aux Antilles et fait la fortune de la Martinique au XVIIIe siècle. Avec les premières techniques de distillation du jus de canne, améliorées par le Père Labat dès 1694, s'ouvre l'ère de l'alcool.

Les premières sucreries sont montées en Martinique, les capitaux sont fournis par les marchands des différents ports de France et de la région parisienne.

On se rend compte rapidement que la main d'oeuvre engagée est insuffisante pour permettre le développement de la production sucrière. Les négociants et capitaines des navires poussent donc à l'utilisation d'esclaves.

La traite régulière s'organise d'abord avec les Hollandais puis ensuite avec les Français qui montent la compagnie du Sénégal. Celle-ci obtient les primes du Roi de France (Louis XIV) pour chaque tête d'esclave introduite en Martinique.

L'île de Gorée, au large de Dakar, sera l'un des lieux de concentration de la traite française qui part du Havre, de Nantes, de la Rochelle

La pacotille est échangée contre des esclaves aux trafiquants de la côte des esclaves (du Sénégal jusqu'au Nigeria actuel).

1685 : Colbert, ministre de louis XIV, synthétise dans un texte sous le nom de "code noir " l'ensemble des instructions concernant les esclaves dans les colonies.

1685-1717 : La Martinique se couvre de sucreries. L'île est revenue dans le domaine Royal.Il faut environ entre 2 et 3 esclaves par hectares plantés en canne. La Martinique a plus d'esclaves que de colons. L'un des problèmes auxquel est confronté le système esclavagiste est double : d'une part il existe une résistance des esclaves sous toutes ses formes (révoltes, empoisonnement, suicide ) et d'autre part le problème de l'équilibre du ratio entre les hommes et les femmes pour permettre la naissance d'esclaves. Il faut donc importer des femmes. Le statut des enfants suit le sort de la mère : un enfant né d'une mère esclave et d'un père libre deviendra esclave.

1715 : Plus de 1400 expéditions régulières partent de Nantes.

1717 : Révolte des blancs appelée " Gaoulé " contre le gouverneur et l'intendant qui sont renvoyés au régent. Le port de Nantes va être autorisé à s'occuper du trafic de traite des esclaves.

1787-1788 : La Martinique sert de point de passage du ravitaillement en armes des insurgents américains contre les Anglais. Rochambeau, qui a commandé aux USA, est envoyé comme gouverneur de la Martinique au début de la révolution.

1789-1790 : Les Anglais essayent d'occuper l'île et Rochambeau mobilise les milices pour résister et incorpore des esclaves dans ses troupes en leur promettant la liberté s'ils se comportent comme des soldats. On appelera ces esclaves sous la restauration après 1818 "les libertés Rochambeau" et parfois "libres de fait" ou "libres de Savane".

Comme pendant la révolution il est impossible d'exporter les sucres vers la France en pleine guerre révolutionnaire et d'importer la nourriture nécessaire en particulier aux esclaves, ces derniers doivent se débrouiller eux-mêmes pour planter ce qu'ils vont manger. La pression des maîtres sur eux diminue.

1793 : Révolution française.

A la suite des pressions organisées par la société des amis des noirs et d'humanistes comme l'Abbé Grégoire, la convention proclame l'abolition de l'esclavage.

La Martinique ne reconnaîtra pas l'abolition contrairement à la Guadeloupe car le groupe de colons mené par Dubucq va être occupé par les Anglais.

Janvier 1794 : Les républicains acceptent de faire appliquer plus franchement la loi égalitaire votée en mars 1792 par la législative. La majorité des libres de couleur change de camp, pendant que leurs anciens alliés négocient la remise de l'île à l'Angleterre. Après la capitulation de mars 1794, les défenseurs de la République sont déportés par les anglais.

L'abolition de l'esclavage, votée par la Convention le 4 février 1794, est restée sans effet à la Martinique du fait qu'elle appartienne aux anglais. C'est la différence avec la Guadeloupe où l'esclavage a été aboli au temps de Victor Hugues, commissaire de la République. L'esclavage y sera rétabli le 19 mai 1802 sous le règne de Napoléon 1er.

1814-1830 : La majorité des Blancs estime que seuls un régime inégalitaire ignorant la séparation des pouvoirs et le système représentatif permettront la survie de la colonie. Lors de la rédaction de la Charte de 1814, ils obtiennent le rétablissement provisoire des institutions de l'Ancien Régime. Sans précipitation, les gouvernements de la Restauration s'efforceront d'amener les colons à accepter le droit commun.

1822-1826 : La dégradation de la situation économique liée à la taxation des sucres à l'entrée en France, puis au début de l'industrie betteravière, entraîne des résistances. En même temps, hommes libres de couleur et esclaves sont suspectés de tendances séparatistes. On prétend que l'usage du poison ferait partie de leurs arguments.

Au mois d'octobre, des demi-libres se révoltent au Carbet. Les accusations de subversion portées en décembre 1823 contre Bissette, un cadre de couleur, et les déportations massives opérées en 1824 pour décourager les velléités de réformes égalitaires du gouvernement, n'empêchent pas le système représentatif de réapparaître en 1826, sous forme d'un Conseil général, élu par une très petite minorité. Cependant, deux ans après, la réforme judiciaire échoue.

1830-1848 : Le sucre perd un tiers de sa valeur pendant que l'amélioration du sort des esclaves exige des dépenses croissantes.

Dans les habitations, le remplacement de la houe par la charrue allège le travail. Les premiers moulins à vapeur n'amènent pas de changements.

1830-1833 : Les libres accèdent à tous les emplois et deviennent électeurs et éligibles. L'enseignement primaire se développe. Néanmoins, l'égalité reste limitée.

La préparation des élections au Conseil colonial qui remplace le Conseil général développe l'agitation. En décembre 1833, dans la paroisse de Grand'Anse (aujourd'hui le Lorrain) où, de plus, les planteurs ont refusé la nomination d'un officier de milice de couleur, une révolte, soutenue par la ville de Marigot, entraîne la dissolution de la milice.

L'amélioration du sort des l'esclaves est liée à une reprise démographique qui compense l'arrêt de la traite. Elle annihile en partie les efforts de l'Etat qui, après 26 000 affranchissements, n'a vraiment réussi à régler que le sort des libres de fait, personnes affranchies dont la liberté n'était pas reconnue par l'administration.

1845 : La première usine, celle de John Thorp, est créée et engendre de nouveaux rapports de forces en réduisant les habitations des alentours au rôle de fournisseur de cannes. En contrepartie, celles-ci n'ont plus besoin du travail de nuit et leurs revenus augmentent. Mais le besoin d'une main d'oeuvre, que l'usine ne pourra trouver facilement que lorsque chacun pourra offrir son travail librement, contribue à faire admettre le remplacement de l'esclave par l'ouvrier.

1848 : En février, la révolution est accueillie avec soulagement. Le décret d'émancipation est signé à Paris le 27 avril. Il ne sera connu que le 3 juin. En avril, le décret du 4 mars créant la Commission d'émancipation fait parler d'émancipation de droit, car " nulle terre française ne peut plus porter d'esclaves ".

Loin de poursuivre les marrons, les maîtres expulsent les fortes têtes. Des ateliers en grève réclament case, jardin et salaire comme attributs de la liberté.

Victor Schoelcher, secrétaire d'Etat à la marine et aux colonies, est un homme très important à cette période. Il est l'ennemi juré de Bissette qui a refusé de le nommer à la Commission d'émancipation. Ses amis se mobilisent pour faire réparer cette injustice. Des émeutes s'en suivent.

22 mai 1848 : Des capitalistes réclament l'émancipation immédiate. Les abolitionnistes, qui attendaient l'arrivée du polytechnicien de couleur Perrinon, reprennent cette solution à leur compte. La décision locale d'abolition, du 23 mai, permet aux Martiniquais de proclamer leur fierté d'avoir pris leurs affaires en main à un moment crucial.

Les émeutes du 22 mai ont provoqué la proclamation de l'émancipation onze jours avant l'arrivée du décret. Les nègres ont brisé leurs chaînes

(" Nèg pété chenn ").

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