La Tribune (Algiers)

Algérie: En attendant que le parti tranche définitivement sa position, le code de la famille divise le FLN

Amar Rafa

2 Septembre 2004


Le groupe parlementaire du FLN n'a pas encore arrêté sa position au sujet du projet d'amendement de la loi n°11-84 portant code de la famille, qui a fait l'objet d'un examen par le conseil du gouvernement.

L'avis est celui de Layachi Daadoua, le chef du groupe parlementaire, pour qui le dossier n'a pas encore atteint le stade d'avant-projet, faisant état, néanmoins, qu'au sein du groupe de députés du FLN existent des avis -exprimés à titre individuel- et de surcroît, diamétralement opposés dans la manière d'aborder la question fondamentale qui a été soulevée dans le sillage du projet de révision du code de la famille : l'abolition de l'obligation du tuteur légal pour la validité du mariage de la femme. Bien que les initiateurs de la réforme soutiennent tout à fait le contraire, une cascade de réactions n'a pas manqué d'avoir lieu, comme attendu, sous l'impulsion d'un effet d'annonce à la lecture des quelques points d'amendement proposés par la commission y afférente installée par le président de la République. Le projet de code de la famille, qui ambitionne de supprimer cette obligation légale, a fait sortir de leur silence des organisations civiles, notamment des partis politiques de la mouvance islamo-conservatrice réfractaires à tout changement à l'ordre établi sous prétexte que le projet portera atteinte au système juridico-légal actuellement basé sur les préceptes de la loi divine, la charia.

A la fetwa du MSP, succédera l'appel d'El Islah au peuple algérien à se mobiliser contre les amendements apportés par le gouvernement au code en vigueur qui date de 1984... Le rejet des amendements a trouvé aussi des adeptes au sein du plus vieux parti, qui seraient majoritairement opposés à la suppression du tuteur, pour les mêmes motivations que celles susmentionnées, à savoir que le code de la famille est d'inspiration divine, et que «toute contradiction avec le texte coranique est rejetée», comme le dira Abdelkrim Abada. En soutenant cette thèse, le chef du groupe FLN arguera que le refus de cette suppression viendrait de la société elle-même, dans ses multiples composantes, notamment des femmes et des tuteurs, y compris de la part des femmes actives. En tout cas, les parlementaires partagent cet avis à l'exception d'une petite frange de députés, laquelle, selon des échos en provenance du groupe parlementaire du parti, quelque 6% seulement, serait disposée à voter en faveur du projet d'amendement du gouvernement. Les partisans d'un code à inspiration de la charia iront jusqu'à laisser entendre que «si le projet venait à nous être imposé nous proposerons la tenue d'un référendum pour départager les avis».

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La situation est telle que lors du vote autour du projet de révision du code de la famille, qui sera au menu de la prochaine session du Parlement, il faut s'attendre à des tiraillements entre partisans de la réforme et ceux du statu quo au sein du groupe parlementaire lui-même. Les partisans de l'ancien secrétaire général du parti voteront certainement les amendements au code de la famille en échange de leur réhabilitation qui les a vus prendre la majorité des présidences des commissions lors du dernier renouvellement des instances de la chambre basse du Parlement. Restent alors les redresseurs, qui en ont gros sur le coeur de cette réhabilitation des pro-Benflis, desquels pourrait venir la menace. Mais que pèseraient-ils dans une assemblée normalisée aux mains du FLN et du RND. C'est à l'instigation de deux chefs de file du FLN et du RND, Belkhadem et Ouyahia, que les amendements seront adoptés à la majorité du Parlement. Pour s'en convaincre, il suffit d'attendre les résultats de la réunion dédiée au thème qui aura lieu la semaine prochaine au sein du comité provisoire du FLN. C'est à ce niveau que la question sera définitivement tranchée.

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