Fraternité Matin (Abidjan)
KADER SEBASTIAN, correspondant régional
2 Septembre 2004
Abidjan — -La congrégation des soeurs réparatrices du Sacré coeur s'implique de façon exemplaire dans la promotion socio-économique de la jeunesse rurale de Nassian.
Pour lutter contre l'exode rural des jeunes gens dont les filles qui n'hésitent pas à migrer dans les grandes villes pour se faire employer comme bonnes, la congrégation des Soeurs Servantes Réparatrices du Sacré Coeur ont initié à leur intention plusieurs projets. Notamment l'apiculture, la broderie, la transformation de l'anacarde, le bricolage Mieux, avec les fonds générés par le travail de chacun des jeunes gens encadrés, une maison, extensible, lui est construite.
Soeur Lia Treixeira est brésilienne. Elle a renoncé à l'enseignement dans son pays pour devenir une Soeur Servante Réparatrice du Sacré Coeur. Arrivée en Côte d'Ivoire en 1992, elle a été affectée à Nassian où elle a rejoint deux autres Soeurs italiennes, celles-là. Soeur Lia est chargée du développement. "On ne regarde pas l'aspect religieux. On fait la promotion humaine", situe-t-elle d'emblée.
D'abord, c'est l'apiculture qu'elle a initiée, dans dix villages. Au départ, raconte-t-elle, le gens qui venaient à la mission disaient qu'on avait entreposé de petits cercueils pour enfants là-bas, surtout que la guerre venait d'éclater: En fait, il s'agissait des ruches. Le projet a été financé par le Rotary Club d'Italie à hauteur d'un million de francs. 20 jeunes gens ont été formés par les soins des Soeurs, à l'apiculture. Notamment, 2 personnes par village, principalement à Bundoyo, Parhadi, Nassian, Talahiri, Tinguélé, Lambira, Saboukpa, Primo, Bodé et Zolongo. " La production individuelle moyenne est de 75 litres par personne. Moins pour certains qui ne récoltent que 8 ou 10 litres pas an", souligne Soeur Lia. Faisons un petit calcul. Le miel étant vendu à 800 F le litre, l'on comprend que ceux qui prennent au sérieux ce travail en tirent des revenus substantiels.
" La satisfaction, souligne le maire Kouakou Massadé (le seul cadre de Nassian à s'intéresser aux activités des Soeurs) " est que c'est à Nassian que tout le Zanzan vient acheter du miel". En effet, le miel de Nassian est d'un très bon goût comme nous l'avons constaté à Bondoyo et à Talahiri.
Il n'empêche. Il n 'y a pas de médaille sans revers. " La difficulté, rapporte Soeur Lia, ce sont les feux de brousse et le manque de fleurs pendant une bonne période de l'année, Nassian étant dans une zone de savane". Puis d'ajouter que "les abeilles butinent dans un rayon de 6 kilomètres. Déjà 65 colonies occupent 140 ruches. Cela fait plusieurs milliers d'abeilles en vol, à la recherche du précieux nectar qui deviendra du miel".
Aux dernières nouvelles, une coopérative de producteurs de miel serait en cours de création.
Ils gagnent de l'argent dans le bricolage et la broderie
Pendant les vacances et les congés comme c'est le cas actuellement, de nombreux élèves se rendent chez les Soeurs pour faire du "bricolage". Ce qu'ils appellent bricolage, c'est la confection de paniers, de colliers, de cartes de voeux , etc. Ces gosses s'y appliquent pour pouvoir acheter leurs fournitures à la rentrée scolaire.
Il en est de même de la broderie. Qui occupe également une quarantaine de femmes. L'espace étant réduit, "bricoleurs" et brodeuses travaillent à tour de rôle. Depuis 7 ans, les Soeurs ont comblé ainsi l'absence de centre artisanal à Nassian. Selon Mlle Ouattara Biba, "ce travail, on le fait pour nous occuper de nos enfants ou les mettre à l'école".
Indiquons que cette broderie, si on peut l'appeler ainsi, se fait sur des pagnes unicolores. Deux thèmes sont dominants : les activités au village et les symboles et dictons Akan. De deux choses l'une. Chaque femme apporte son morceau de pagne ou les soeurs fournissent tout. "Selon la production, cela rapporte 1 million de francs par an aux femmes", explique Soeur Lia. Seulement, ajoute-t-elle, "avec la guerre, la commercialisation est devenue difficile". Les articles de ce genre intéressent les touristes. En plus, ce que nous faisons ici n'est pas trop connu". Soulignons que "les bricolages des enfants et les broderies des femmes sont vendues à Abidjan au 43ème BIMA" où les épouses des militaires français aident bénévolement à la vente.
300 orphelins pris en charge
Le 17 février 2003, les Soeurs Servantes de Nassian ont reçu 5.000 euros pour la prise en charge de 300 enfants dont plusieurs orphelins du Sida. Des dossiers ont été montés par les religieuses pour chacun de ces enfants puis expédiés en Italie. Bien que vivant dans plusieurs villages souvent éloignés les uns des autres, des familles italiennes ont accepté de les prendre en charge du cycle primaire au secondaire. Des enfants qui en plus reçoivent des médicaments gratuitement quand ils sont malades.
Les Soeurs prennent en charge également une cinquantaine d'handicapés physiques en matière de chirurgie et de prothèse. A l'analyse, cela fait beaucoup d'activités pour ces religieuses. Ce n'est pas tout. En plus de cela, elles viennent de former dans une dizaine de villages, 418 femmes à l'utilisation de la pomme de cajou (anacarde) dans la confection des mets. Par exemple le jus de la pomme est très riche en vitamine C. Et les fibres ajoutées au gombo sec pour la sauce préviennent les hémorroïdes.
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