Le Soleil (Dakar)

Sénégal: Commerce des bijoux en or : « Lalou wourous » vacille devant la pacotille et le plaqué

F. Nankasse

2 Septembre 2004


Depuis que les bijoux plaqués en or et de contrefaçon ont fait leur apparition sur le marché, la vente des parures en or a connu de grosses perturbations qui ont entraîné la baisse du chiffre d'affaires réalisé autrefois par les bijoutiers.

La clientèle s'est raréfiée. Celle qui demeure fidèle est constituée essentiellement d'étrangers vivant au Sénégal, de touristes et de « driankés » fidèles malgré tout à l'or vrai.

Sandaga, un jour de la semaine. Chaleur d'étuve et soleil de plomb. Les chalands sont au rendez-vous plus que d'habitude, fin du mois oblige. Dans ce haut lieu du commerce de la capitale appelé « Lalou wourouss », les bijouteries étaient un lieu d'attraction couru par bon nombre de Dakaroises. Les emplettes de fin du mois n'y font rien. Cette place forte du commerce des parures en or ne connaît plus l'effervescence d'antan. Les lieux sont devenus presque déserts, ne recevant que peu de clients. « Nous traversons des moments pénibles car nous écoulons avec beaucoup de difficultés nos produits », se lamente M. Meïssa Sèye, bijoutier de son état, établi sur les lieux. « Depuis quelques années, dit Meïssa, notre chiffre d'affaires ne cesse de chuter à cause de la forte concurrence qui existe dans le secteur, mais aussi par les produits contrefaits et les bijoux plaqués en or qui ont envahi le marché ». Cependant, reconnaît le bijoutier, cela n'est pas la seule explication. La faiblesse du pouvoir d'achat de la majorité des clients ne favorise pas la vente des bijoux dans de brefs délais, compte tenu de leurs prix, reconnaît-il. Cette situation, fait remarquer le bijoutier, a dissuadé bon nombre de commerçants qui allaient acheter les bijoux à Djeddah, ou à Dubaï en or massif pour les revendre aux bijoutiers.

En fait, ce sont ces bijoux qui sont refondus en barre par les orfèvres de « Lalou wourouss » pour fabriquer des colliers, chaînes et autres bracelets selon le modèle local en fonction de la demande des clients. L'autre partie du métal précieux avec lequel ils travaillent provient de la zone de Sabadola ou du Mali.

Actuellement le gramme d'or est monnayé sur le marché entre 6000 et 7000 Fcfa. Les bijoux en or sont vendus selon leur poids sauf pour les 18 et 21 carats qui coûtent entre 200.000 et 300.000 Fcfa. Le reste de la gamme n'a pas de prix fixe puisqu'il est lié au poids. C'est ainsi que les chaînes s'achètent entre 185.000 et 250.000 Fcfa, les boucles d'oreilles entre 50.000 et 60.000 Fcfa, les bracelets entre 150.000 et 175.000 Fcfa, les bagues entre 70.000 et 80.000 Fcfa et les alliances à 15.000 Fcfa.

Pour ne pas perdre la clientèle, les bijoutiers fabriquent également des bijoux plaqués en or. Par contre, affirme M. Sèye, ce sont les bijoux en ivoire qui se vendent bien parce que moins chers et bien apprécié par les femmes. Belle, parée de beaux bijoux en or dont l'élégance et la démarche altière font tourner tous les regards. Quelle femme ne rêve pas de vivre ce moment ? Toutes, sauf que ce rêve est vite brisé lorsqu'elles voient les prix affichés dans les vitrines devant les parures tant désirées. N'ayant pas d'autres choix, elles se tournent alors vers les bijoux qui sont à la portée de leur bourse, permettant ainsi aux vendeurs de produits contrefaits ou de plaqué en or de réaliser de bonnes affaires pour assouvir leur désir d'être élégantes.

Un palliatif à la crise

Un tour dans les marchés de Dakar montre l'engouement des femmes pour les parures en pacotille qui sont vendues à des prix défiant toute concurrence. Que ce soit à Sandaga, « Castors », « Hlm 5 », « Tilène » et dans la banlieue, le spectacle est le même ; les cantines qui vendent ce genre de bijoux sont constamment assaillies par les clientes.

A voir le monde qui grouille dans l'allée séparant l'Hôtel des députés au marché « Sandaga » et les magasins, on se rend vite compte que ce commerce marche fort. Selon Mbaye Seck, propriétaire d'un étal dans cette allée, « les femmes, surtout les adolescentes, qui n'ont pas de moyens de se payer des bijoux en valeur, viennent acheter nos produits, ce qui nous permet d'écouler tranquillement nos marchandises ». En tout cas, confirme-il, ce commerce nous permet de faire de bonnes affaires.

Différents modèles avec tous les motifs imaginables sont proposés à la clientèle qui ne se fait pas prier pour acheter massivement ces bijoux sachant qu'ils n'ont aucune valeur. « Nous savons que ces parures ne durent pas, mais ce sont les seules que nous pouvons acheter pour quand même ressembler à des femmes », explique Salimatou Diop, la vingtaine, trouvée à « Sandaga » en train de marchander un ensemble comprenant un collier de petites perles en cristal en forme d'émeraudes et des boucles d'oreilles à 3500 Fcfa. Ces bijoux de pacotille sont importés de Taïwan, Singapour, etc.

Ceux qui vendent les bijoux plaqués en or ne sont pas également en reste puisqu'ils liquident leurs stocks sans grande difficulté.

« Les plaqués en or que nous commercialisons sont vendus sans problème, surtout pendant la période des fêtes », confie M. Ndiaga Fall, commerçant au marché des Hlm 5. Mais, contrairement à la contrefaçon, les bijoux plaqués en or sont vendus de 2.500 à 30.000 Fcfa, le prix dépend du modèle que le client souhaite acheter.

Ce commerce rentable qui aiguise les appétits a fait naître d'autres circuits dont le mode de paiement est différent de ce qui est pratiqué dans les marchés où le client présente l'argent avant de prendre possession de la marchandise. Ces bijoux qui proviennent des pays de la sous-région sont recherchés par les clientes qui se les arrachent.

Les filières béninoise et togolaise

La plupart des femmes qui s'activent dans ce circuit sont des Sénégalaises d'origine béninoise ou togolaise. La particularité de ces commerçantes, c'est qu'elles donnent leur marchandise à crédit payable par mensualités. Ne disposant pas de cantines dans les marchés, elles vendent elles-mêmes leurs produits ou trouvent des intermédiaires fiables dans les quartiers qui se chargent de ventiler la marchandise auprès de leurs connaissances.

Selon Henriette Biagui, qui habite Grand-Yoff, « la marchandise que je place auprès de mes clientes appartient à une Sénégalaise d'origine togolaise et nous collaborons depuis près de cinq ans ». La qualité du produit, déclare-elle, fait que j'ai beaucoup de clientes. Le seul problème que je rencontre dans cette activité, note-t-elle, provient du fait que les gens ne respectent pas les délais de paiement, mais je parviens toujours à récupérer mon argent que je reverse aux propriétaires de la marchandise. Ainsi ce qu'elles empochent par mois dépend du prix des bijoux placés qui peuvent coûter, selon les modèles proposés, entre 7.000 et 40.000 Fcfa.

D'après une commerçante qui part chercher sa marchandise au Bénin, «ce commerce est un gros « business », se borne-t-elle à déclarer sous le couvert de l'anonymat. La principale difficulté qui semble entraver la bonne marche des affaires, estime-elle, est liée aux coûts des déplacements pour aller s'approvisionner en marchandises en raison du prix élevé du billet d'avion pour se rendre au Bénin.

Mais, cette difficulté est vite contournée parce qu'après deux ou trois voyages, elles s'arrangent pour trouver des gens sur place ou les membres de la famille restés au pays qui expédient la marchandise au Sénégal. Ce qui diminue les frais et augmente du même coup le chiffre d'affaires de ces commerçantes qui se frottent les mains.

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