Modou Mamoune Faye
2 Septembre 2004
analyse
Les agences de presse sont des sources incontournables pour la radio, la télévision et la presse écrite. Leurs informations sont reprises, les yeux fermés, par ces médias qui ne prennent même pas la peine de les vérifier. Attention à l'erreur !
VRAIE FAUSSE INFO - Hier, tous les quotidiens sénégalais (ou presque) ont titré à leur Une : « Deux Sénégalais enlevés en Irak ». Certains en ont juste fait un petit « appel » (comme on dit dans le jargon), mais d'autres en ont carrément barré leur vitrine sur quatre colonnes. En cette période trouble en Irak où l'actualité est dominée par l'enlèvement et les menaces de mort qui planent sur les deux journalistes français, Christian Chesnot et Georges Malbrunot, la capture de deux chauffeurs sénégalais est une info qui peut bien faire vendre. En fait, les quotidiens sénégalais n'ont fait que reprendre une dépêche de l'Agence panafricaine de presse (PANA, basée à Dakar), sans prendre la peine de vérifier sa... véracité. L'agence avait elle-même répercuté, via son correspondant à Paris, un communiqué d'une organisation, jusque-là inconnue, dénommée Ligue Internationale des Journalistes pour l'Afrique (LIJAF).
L'organisation s'est même « permis » de condamner « cet acte de barbarie » en appelant les ravisseurs « à libérer immédiatement et sans condition les personnes qu'ils détiennent ». C'est donc avec surprise qu'hier nous avons lu ceci sur le site Internet de la PANA : « La LIJAF s'est rétractée ce mercredi après avoir annoncé la veille que deux Sénégalais avaient été enlevés en Irak par l'Armée islamique ». Il est vrai que l'organisation est assez nuancée dans son deuxième communiqué : « Vu le flou provoqué par les thèses contradictoires qui circulent désormais au sujet de l'enlèvement de deux Sénégalais qui serait survenu en même temps que la capture de deux journalistes français, la LIJAF n'est plus en mesure de se prononcer avec certitude sur cette information ». En plus clair, l'info s'est révélée fausse. Et en n'ayant pas pris la précaution de vérifier la dépêche de l'agence, tous les quotidiens qui ont repris ce vrai-faux scoop sont tombés dans le panneau. Mais ils ont un alibi de taille : comment vérifier une information publiée par une agence réputée crédible ?
En fait, c'est là où réside le problème car entre les agences de presse et les autres médias (radio, télévision, presse écrite) existe un... contrat de confiance signé les yeux fermés. Dans certaines rédactions, les dépêches ne sont même pas rewritées (encore un terme du jargon), ce qui donne souvent de fâcheuses surprises : on reprend les fautes d'orthographe et de grammaire commises par l'agencier et l'on plaque le titre de son article même s'il n'est pas très informatif.
La PANA n'a d'ailleurs pas été la seule agence à avoir publié une vraie-fausse information cette semaine. Hier également, l'Agence de Presse Sénégalaise (APS) a été obligée de faire une précision de taille : «Le président de l'Association des écrivains du Sénégal, Alioune Badara Bèye, a confié mercredi à l'APS que la Maison des écrivains porte toujours le nom de Birago Diop». L'agence avait publié le 30 août dernier, sur son site Internet, que «la Maison des écrivains du Sénégal portera le nom de David Mandessi Diop», citant le président de l'AES lui-même. Une info sans doute reprise par des journaux et qui a fait bondir dans le milieu littéraire car on imagine mal les écrivains sénégalais débaptiser leur siège qui porte depuis des décennies le nom de l'illustre auteur des «Contes d'Amadou Coumba». En fait, le reporter de l'APS avait fait une confusion : c'est la résidence d'écriture (un des espaces du bâtiment) qui portera le nom de David Diop, poète sénégalais disparu dans un crash d'avion en 1960, à l'âge de 33 ans. Ouf, l'erreur est réparée, mais entre temps elle a fait le tour du monde grâce à la magie du réseau Internet. Nous ne doutons bien sûr pas de la fiabilité des informations publiées par les agences de presse, mais il est toujours plus prudent de vérifier une nouvelle avant de la publier. Un conseil aux confrères : vérifier, encore vérifier, toujours vérifier !
TOUTE UNE REDACTION EN VACANCES ! - Depuis quelques jours, les lecteurs ne voient plus dans les kiosques les hebdomadaires dakarois « Nouvel Horizon » et « Le Témoin ». La raison ? Ces deux publications observent une pause hivernale de quelques semaines. Reculer pour mieux sauter. Dans leur mot d'au revoir, les éditeurs de ces journaux ont expliqué aux lecteurs qu'après douze mois de labeur, leurs reporters et chefs de service vont se reposer afin de revenir plus en forme dans les prochains jours. Hier, c'est l'hebdomadaire satirique « Le Cafard Libéré » qui a annoncé qu'il observe également une pause de quelques semaines. Toute une rédaction en vacances ! Cela n'existe peut-être qu'au Sénégal. Et si les quotidiens qui paraissent six jours sur sept suivaient le mouvement en libérant tout leur personnel rédactionnel ? Inimaginable... En observant une «trêve journalistique», les trois hebdomadaires vont à coup sûr rater bon nombre d'informations : le livre réponse de Iba Der et compagnie, la bataille épique contre les criquets, sans oublier tous ces faits divers qui jalonnent notre existence. Mais bon, puisqu'il faut se reposer
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