UN Reportage De Joseph Birame Sene
2 Septembre 2004
Les vacances, c'est le temps du repos pour beaucoup d'élèves. Mais, à partir de la deuxième quinzaine du mois d'août, les cours de vacances commencent à animer les préaux d'écoles.
D'un établissement à un autre, les formules des cours de vacances varient. Mais l'objectif reste le même : permettre à certains élèves de combler leurs lacunes, à d'autres de mieux démarrer leur année scolaire. Ces cours de vacances sont organisés, le plus souvent, par des enseignants d'un même établissement. Ils demandent des sommes modiques et nouent, avec les élèves, un pacte de confiance et de solidarité.
Devant un gigantesque édifice d'un âge assez avancé, se tient un homme aux cheveux poivre et sel, une barbe fournie, de gros vers correcteurs Il est assis devant une table encombrée de boîtes à craie et d'éponges, entre autres matériels pédagogiques. Amadou Moustapha Seck de son nom, enseignant de Français au lycée Blaise Diagne, coordonne l'organisation des cours de vacances dans son établissement. Devant lui, dans la vaste cour balayée par un air frisquet, des feuilles mortes, provenant des arbres élagués, jonchent le sol.
Affable et attentif, Amadou Moustapha Seck explique qu'ils ont démarré les cours de vacances depuis le 24 août dernier, pour une durée d'un mois. D'après lui, l'objectif ainsi visé est de donner plus de chance aux élèves en palliant notamment les heures perdues au cours de l'année scolaire, à cause des fréquentes perturbations que l'on note.
« L'année scolaire connaît très souvent des perturbations et cela rejaillit négativement sur le niveau des élèves, surtout pour ceux qui ont des examens à faire. C'est en quelque sorte pour combler le déficit horaire de l'année précédente que nous organisons ces cours de vacances. Ils rassurent les parents et donnent plus de chance aux élèves désemparés par les problèmes que l'on connaît durant l'année scolaire », renseigne Amadou Moustapha Seck
Pour sa part, Babacar Guèye, enseignant de Physique-Chimie, souligne qu'il profite des cours de vacances pour procéder à une remise à niveau de ses anciens élèves de la classe de Première, qu'il retrouvera l'année prochaine en Terminale. « Les cours de vacances donnent aussi l'occasion de préparer les élèves au Concours général, une compétition relevée pour laquelle on n'a pas toujours de temps durant l'année scolaire. De même, ils nous permettent de détourner les élèves des classes de 6ème et 5ème de certaines activités -comme le fait d'aller à la plage - qui ne leur sont pas toujours profitables», indique-t-il.
SACRIFICE
Au lycée Blaise Diagne, les élèves donnent un droit d'inscription de 7.500 francs CFA. Une modique somme qui sert juste à payer le matériel pédagogique et les déplacements des enseignants, selon les organisateurs. « Avec les 7.500 francs que les élèves paient, nous ne gagnons rien. Mais, l'amour du métier nous guide. Ce n'est pas l'argent qui nous intéresse », insiste Amadou Moustapha Seck, ajoutant que l'équipe pédagogique de son établissement est consciente de son rôle citoyen.
«Nous organisons les cours de vacances en tant que citoyens soucieux de l'amélioration de la qualité chez nos élèves. Cela entre dans le cadre des vacances citoyennes. Et l'État l'ignore. Or, il devrait comprendre que les vacances citoyennes ne se limitent pas seulement à planter des arbres. C'est aussi former les esprits. Si l'Etat pouvait nous subventionner, comme il le fait avec les vacances citoyennes, ce serait une très bonne chose», plaide le coordonnateur des cours de vacances au lycée Blaise Diagne.
À l'en croire, les cours qu'ils livrent pendant cette période ont porté leurs fruits. Il en veut pour preuve, les bons résultats obtenus aux examens du Baccalauréat et au Brevet de Fin d'Etudes Moyennes. «Au Bac par exemple, un de nos élèves a obtenu une mention « Très Bien », avec les félicitations du jury en série S. Au BFEM, nous avons également eu de bons résultats avec un taux de 50 % de réussite », souligne-t-il. Il ajoute toutefois qu'il est difficile d'organiser des cours de vacances dans une période de pluie et de chaleur. « Mais nous sommes armés de courage. Il faut du courage et la bravoure pour braver toutes ces intempéries », ajoute notre interlocuteur. Pour lui, les moyens font défaut pour motiver le corps professoral qui organise les cours de vacances.
Babacar Guèye, enseignant de Physique-Chimie, ne veut pas parler de sacrifice de soi. Car à l'en croire, toutes les deux parties, les enseignants et les élèves, y trouvent leur compte. « Beaucoup de gens pensent que passer les vacances, c'est seulement consacrer son temps au repos, au sommeil ou aux parties de thé. Je dis non. Les vacances constituent un moyen pour les enseignants de se remettre en cause, de revoir leurs méthodes. Nous sommes payés pendant cette période, ce qui signifie qu'on nous donne deux mois pour nous reposer, mais aussi nous préparer.
Les cours de vacances offrent donc l'occasion de tester certaines nouvelles méthodes », fait remarquer cet enseignant qui est par ailleurs conseiller pédagogique à l'Institut de Recherche pour l'Enseignement des Mathématiques, de la Physique et de Technologie (IREMPT) de l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar.
OPPORTUNITES
Il faut souligner que les cours de vacances se déroulent sans que les organisateurs ne prennent en compte le règlement intérieur de la période normale. Les élèves sont libres de venir comme de s'absenter. Du fait de la pluie, les retards sont également tolérés sur une bonne marge horaire. « Nous ne voulons pas créer une contrainte de plus sur les élèves. Déjà, certains d'entre eux suivent les cours de vacances sous la contrainte de leurs parents. Alors, nous estimons qu'il faut les encourager, les motiver », explique M. Seck.
Après les cours de vacances, des attestations sont délivrées aux élèves. «C'est pourquoi nous leur disons ceci : si vous vous absentez, nous mentionnerons les absences sur votre attestation. Cela peut les dissuader, d'autant qu'il y a des écoles qui demandent une attestation de cours de vacances à la rentrée», explique encore Amadou Moustapha Seck.
SATISFACTIONS
L'horloge affiche onze heures et le bruit strident d'un sifflet sonne la période de la récréation. Les élèves sont dans la cour, brisant ainsi le silence qui y régnait. Sans tarder, certains prennent des sandwiches et de la boisson en vente dans la cour. Les élèves interrogés magnifient cette initiative qui leur offre l'opportunité de combler les lacunes dans certaines matières et d'entamer la prochaine année sur de nouvelles bases. Rifina Ntab, El Hadji Mamadou Lô et Youssoupha Thiam, tous des élèves, reconnaissent les difficultés qu'il y a à se réveiller alors que les autres gardent encore le lit. Ils disent accepter «mal le devoir de se coucher tôt pendant que les amis savourent les vacances en respirant l'air frais de la nuit ». Mais, précisent-ils, pour commencer la prochaine année scolaire sans difficulté : « le jeu en vaut la chandelle ».
La Philo, mythe de «nouveaux Terminalistes»
Pour ces cours de vacances, le lycée Blaise Diagne a ciblé les matières qui posent le plus de difficultés aux élèves. Il s'agit principalement des Mathématiques, des Sciences de la Vie et de la Terre, du Français et de l'Anglais. Ce sont des disciplines essentielles, selon les explications d'Amadou Moustapha Seck.
À chaque fois, souligne-t-il : « nous faisons le bilan et demandons aux élèves ce qu'ils pensent des cours de vacances. Et ils sont généralement bien satisfaits ».
Tout en adhérant au choix fait sur les disciplines, les élèves de la Terminale interrogés regrettent de n'avoir pas pu avoir un avant-goût de la Philo, une discipline nouvelle avec laquelle ils vont se frotter dès l'ouverture des classes.
Elle constitue un mythe pour les « nouveaux terminalistes ». « Nous aimerions avoir un aperçu sur la Philosophie », ont dit tour à tour El Hadji Mamadou Lô, Youssoupha Thiam et Pape Ousmane Ngom, des élèves qui, à la rentrée prochaine, vont vers le Bac.
Du côté des organisateurs de ces cours de vacances, on évoque le manque de moyens financiers. « On s'est rendu compte que suivant notre emploi du temps, déplacer un professeur de Philo, à qui nous payerons trois heures de cours par semaine, constitue une perte pour nous. Notre budget ne nous permet pas de solliciter un enseignant de Philosophie. C'est pourquoi, nous disons que si les vacances citoyennes étaient ouvertes aux écoles, ce serait une bonne chose», conclut Amadou Moustapha Seck.
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