Wal Fadjri (Dakar)

Sénégal: De l'idéologie de classe au "parti de masse" ; où sont ceux qui «buvaient»le Capital ?

Alioune Badara Diallo

2 Septembre 2004


analyse

Hier, marxistes léninistes et leurs cousins maoïstes rivalisaient à qui mieux-mieux pour cerner la prétendue idéologie révolutionnaire (à la mode ?).

Les uns et les autres exhibaient fièrement les derniers ouvrages et les classiques du marxisme-léninisme. Mais depuis le début des années 1990, «le culte du livre», selon l'expression d'un Mao Tsé Toung, a fait place à la claire compréhension des «choix du parti»et des thèmes pour la «transformation du monde»:

La Ligue démocratique des années 1980 n'est pas celle des années de l'alternance. C'est le secrétaire du Comité central de ce parti, chargé de la Formation, Yaya Diatta, qui l'avoue. De 1981, date de l'élargissement de l'ouverture démocratique, aux années 1990, révèle-t-il, la formation des militants «jallarbistes»était principalement axée sur les notions de lutte de classes, de matérialisme dialectique et de révolution prolétarienne. Ce qui devait conduire à l'extension des antagonismes entre classes sociales ; avec d'un côté le prolétariat ou classe ouvrière, de l'autre sa bête à abattre : la bourgeoisie.

Dans le parti du professeur Abdoulaye Bathily, on restait à l'époque convaincu que les armes dont la bourgeoisie s'était servie contre la féodalité devraient être retournées contre cette classe «seulement soucieuse de profits». C'était l'agitation et la propagande dans les chantiers et les usines, les marchés et les établissements d'enseignement. Tant les «jallarbistes»étaient persuadés d'y dénicher les éléments «les plus avancés»pour leur inculquer la «conscience de classe», afin qu'ils puissent assurer à «l'avant-garde»leur «mission historique».

Mais avec l'effondrement du Mur de Berlin, qui a apparemment enterré dans sa chute le marxisme en général, ces préoccupations semblent rangées près de la hache de guerre et du rouet. Effectivement, développe Yaya Diatta, avec la «démocratie intégrale» impulsée par Abdou Diouf en 1981 et la «victoire démocratique»remportée par Abdoulaye Wade le 19 mars 2000, on privilégie maintenant la «débat interne». Celui-ci gravite, dans le cercle des militants de la Ld, autour des choix de l'heure. L'objectif étant, ici et maintenant, «d'élargir la base du parti». En conséquence, la formation idéologique hebdomadaire de naguère s'est estompée pour faire place à «l'encadrement au niveau de la base». On y cogite pour identifier les alliés du parti, définir et s'entendre sur des stratégies de lutte ; si ce n'est pas pour travailler à la mobilisation des militants.

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Pour couronner le tout, chaque année, Bathily et ses camarades tiennent leurs «Rencontres hivernales». Des assises au cours desquelles des spécialistes sénégalais et d'ailleurs reviennent sur une ou des questions à la une de l'actualité nationale ou internationale ; telles que la privatisation ou l'éducation pour tous en 2015. «N'empêche, on trouve toujours des solutions aux particuliers qui veulent étudier le marxisme», révèle M. Diatta, qui ajoute : «À chaque étape historique, ses préoccupations.»

A la Ld/Mpt, l'heure est de savoir comment faire élire Abdoualye Bathily à la place de son actuel allié libéral, Abdoulaye Wade. Un choix qui commande aux «jallarbistes» à transformer leur organisation politique : après le parti d'élite, on tend vers le parti de masse. Car, «pour conquérir démocratiquement le pouvoir par les urnes, nous sommes obligés de ratisser large pour nous assurer du maximum possible d'électeurs», chantonne Yaya Diatta. Même préoccupation et même discours chez Madièye Mbodj, d'And jëf (voir ci-contre).

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