Faydy Drame
2 Septembre 2004
On ne le dira jamais assez, la corruption constitue l'un des principaux facteurs bloquants l'émergence des pays sous-développés, elle gangrène tous les secteurs de la vie économique de nos Etats. Et malgré la lutte engagée par le gouvernement sénégalais, la décentralisation a fait naître de nouvelles formes de corruption dans les collectivités locales.
La corruption, on la croit plus présente et dévastatrice au sommet de l'Etat, mais elle l'est aussi dans la gestion des collectivités locales. Le coordinateur du Forum civil, Mamadou Mbodj n'en pense pas moins. Intervenant lors d'un panel organisé hier par le Codesria sur la corruption, M. Mbodji a soutenu que les programmes nationaux ont quasiment dessaisi les collectivités locales de leurs prérogatives et de gestion de l'investissement public dans leur localité. Et les conséquences sont sans appel : "l'attrait de l'augmentation des ressources que pourrait générer un accroissement des taxes municipales a conduit les mairies vers un types d'investissement nouveaux, pratiqué sous différentes formes". Comme exemple il a cité la participation de l'ex-mairie de Dakar dans les actions de Dakar dem dikk, "dans les conditions encore pas très connues". M. Mbodj s'est également indigné du partenariat, "sans aucun cadre juridique et sans appel d'offre public" des opérateurs privés. De tels partenariats sur le modèle des Bot (built operate and transfer) sont noués dans la construction des centres commerciaux. Tout comme la "cantinisation" des espaces dans les écoles, les terrains de jeux et les jardins publics, "au mépris de toutes les règles de bonne gestion publique et d'aménagement urbain".
Quant aux procédures de passation des marchés, le coordinateur du Forum civil indique que la pratique de marché gré à gré reste la dominante dans ce secteur. Tout simplement "parce qu'il faut entretenir la clientèle politique qui a soutenu le parti dans ses conquêtes", soutient-il.
La corruption n'existe pas seulement dans la passation des marchés. C'est ainsi que l'accès à la terre, plus précisément le secteur foncier, est devenu de plus en plus source de corruption. A ce propos M. Mbodj fait savoir que le transfert de cette compétence aux collectivités locales "a engendré des pratiques graves de corruption, préjudiciables à l'aménagement équilibré des espaces urbains et ruraux". Et la première forme concerne l'octroi de permis de construire, ou la tolérance de construction dans certaines zones souvent non autorisées. Ceci explique l'affectation de terrain du domaine national à des fins d'habitation moyennant le versement de commission parfois très élevées. Autre fait plus aggravant : les spéculations entraînant "une féroce compétition entre les collectivités locales sur leurs limites frontalières en l'absence du cadastre rural". Et ce n'est pas tout. M. Mbodj assimile "le pouvoir discrétionnaire des collecteurs, et l'absence de données fiables sur les contribuables dans les collectivités locales à des facteurs d'institutionnalisation politique de la corruption dans la réalisation des recettes municipales". Tous ces domaines apparaissent comme des terrains d'expression de la corruption. C'est pourquoi le coordinateur du Forum civil pense qu'il faut renforcer les capacités des institutions de contrôle telles la Cour des comptes et l'inspection générale d'Etat, jusque-là incapables de couvrir les 400 collectivités locales.
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