Wal Fadjri (Dakar)

Sénégal: Emigration des sénégalais : la Grèce nouvelle destination des modou

2 Septembre 2004


A partir de l'Italie, ils ont fait le grand saut pour atterrir au pied de l'Olympe. Dans ce pays qui est le berceau de la philosophie, les premiers modou-modou ont ouvert une «nouvelle frontière».

La Grèce est devenue «la nouvelle terre promise»des Sénégalais partis chercher fortune en Italie. «La Grèce est un pays en construction au contraire de l'Italie. Mieux encore dans ce dernier pays plusieurs de nos compatriotes font la même chose, c'est-à-dire le commerce, c'est pourquoi, j'ai décidé depuis 1999 de m'installer à Athènes», a déclaré Mamadou plus connu sous le nom de Nasse Ndiaye et présenté comme le doyen des Sénégalais vivant dans la capitale grecque.

S'il est officiellement établi en Italie, le commerçant sénégalais qui est rejoint depuis quelques années par «quelques deux cents personnes en provenance d'Italie»,déclare sans ambages que «les affaires marchent beaucoup mieux ici, en comparaison avec la péninsule italienne». «Il y a à Athènes plusieurs de mes compatriotes évoluant dans le même secteur de la vente des articles de sports, des vêtements, des sacs, des lunettes de soleil pour l'été et des montres de marque», explique-t-il précisant avoir émigré en Italie depuis 1987. Au début, les affaires étaient florissantes, mais depuis quelques années les choses ne sont plus ce qu'elles étaient, confie-t-il entre deux gorgées de thé servie par la restauratrice Aida Lô, venue également d'Italie et dont l'établissement est le lieu de rendez-vous de tous les Sénégalais vivant au pays d'Aristote. Elle s'est établie depuis novembre dernier au 5e étage d'un vieux bâtiment d'Omonia - le centre historique de la capitale grecque - où la moitié d'une des salles sert à la fois d'entrepôt à un sculpteur sénégalais et de restaurant où sont apprêtés les savoureux mets du terroir. «Quand j'ai appris que des Sénégalais ont commencé à s'établir dans ce pays, j'ai tenté le voyage», explique Aîda qui, apparemment, ne se plaint pas. Et pour cause : à 5 euros (environ 4000 F), le plat de cebbu jen ou de supu kanja (le menu de ce jour de passage), elle est devenue incontournable pour les Sénégalais d'Athènes. Comme le reconnaît Saer Diaw qui a également choisi comme premier pays d'émigration l'Italie avant de finir par échouer en Grèce.

«En plus d'Athènes, nous nous déplaçons dans d'autres sites à l'intérieur du pays pour proposer nos marchandises qui se vendent comme de petits pains, même si présentement nous avons de sérieux problèmes avec la police surtout avec les Jo», explique-t-il. Comme pour lui donner raison, un Sénégalais, le sac en bandoulière, entre en catastrophe dans le restaurant. Le souffle coupé, il explique avoir pris les jambes à son cou pour éviter que ses marchandises ne soient saisies par la police motorisée dont les rafles sont devenues plus fréquentes avec les Olympiades.

Si les affaires marchent bien, il est difficile pour les Sénégalais de se faire accepter par les Grecs dont la langue n'est pas la moindre des écueils, souligne Mor Dieng qui travaille dans ce pays grâce à une carte de séjour italien. Un de ses amis, parti faire du commerce dans les Iles, préfère acheter des marchandises (pour la plupart des montres, des lunettes de soleil contrefaites) en Grèce pour les revendre en Italie et en tire de substantiels bénéfices.

Si la plupart des Sénégalais vivant à Athènes viennent d'Italie, certains les ont rejoints en provenance de la Turquie, du Liban et même d'Israël. S. Diop, un ancien vendeur dans un grand magasin dakarois et M. Camara qui travaillait au Sénégal dans une société de Btp ayant fait faillite récemment, «font partie de ces nouveaux venus passés par Istanbul». «Une fois arrivé en Turquie, il faut payer des passeurs entre 300 et 500 euros pour pouvoir atteindre le territoire grec», renseignent ces derniers, selon qui l'obtention du permis de séjour est un autre combat à mener pour pouvoir demeurer en Grèce.

La plupart se faisant passer pour des réfugiés venant de pays africains ayant connu la guerre récemment (Rd Congo, Liberia et Sierra-Leone) arrivent à obtenir des cartes de séjour temporaires renouvelables mais qu'il faudra balancer «après, quand on apprend qu'un pays régularise des personnes en situation irrégulière», ont raconté plusieurs Sénégalais trouvés au restaurant de Aida Lô, aidée aux fourneaux par une compatriote venue du Liban.

Salif Diallo (envoyé spécial de l'Aps)

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