La Presse (Tunis)

Tunisie: Sur les traces de nos artistes à l'étranger : Mongi Kliti

Rafik Darragi

2 Septembre 2004


Mongi Kliti, actuellement résidant à la Cité internationale des arts à Paris, est un artiste photographe connu dans le milieu culturel tunisien. Il a déjà à son actif plusieurs expositions individuelles et collectives. La première remonte à 1995, au Salon de Tunis. La deuxième eut lieu l'année suivante, toujours au Salon de Tunis et à l'occasion de laquelle Najoua Hizaoui lui consacra (Le Renouveau du 28 mai 1996), un article fort élogieux où elle écrivait notamment :

«L'environnement créé ne donne pas seulement à voir; celui qui pénètre dans cet univers merveilleux, sera sans doute happé où (sic) interviennent des rythmes visuels discontinus».

Mouna Baccouche avait, elle aussi, loué la grande maîtrise et la spontanéité de l'artiste : «Hommage à la beauté tranquille», titrait-elle dans Essahafa du 19 avril 98. C'était à l'occasion d'une exposition à la galerie Yahia, largement médiatisée (Cf. l'article de K. Aïssa, dans Tunis-Hebdo du 30 mars 98) et qui fut suivie par bien d'autres, notamment en février 2002 à la galerie Guermassi et au premier Salon des arts plastiques, tenu à Sidi Bou Saïd en janvier 2003.

Bien que ses oeuvres soient aujourd'hui exposées à Selam Gallery, près de la Place Beaubourg à Paris, c'est tout récemment, au Salon européen des jeunes créateurs de Montrouge, Place Emile Cresp, à la porte sud de Paris, dans le prolongement de Montparnasse, que nous avons découvert, pour la première fois en France, une facette de son oeuvre. Fait exceptionnel quand on sait que ce salon est réservé aux seuls Européens, et que, de surcroît, jamais, à notre connaissance, un résidant à la cité internationale des arts, n'a jusqu'à maintenant exposé hors de la cité.

Ce flou volontaire

A Montrouge, dans ce quartier qui a abrité jadis nombre d'artistes, dont Picasso, Vasarelly, Léger, Fougeron et tant d'autres, au fond d'une grande salle tapissée d'immenses peintures et tableaux lumineux, trois photographies en noir et blanc, signées Mongi Kliti, accrochent ostensiblement le regard. Une sorte de triptyque à la Francis Bacon. Mais si, chez le peintre anglais, on peut à loisir contempler les traits de ses personnages, il en est autrement pour ces trois clichés. C'est à peine si on y devine les personnages, tant les silhouettes semblent vaporeuses, nimbées d'une lumière crépusculaire, comme prises dans un tourbillon sans fin.

Cette touche caractéristique, ce «flou volontaire comme une allusion au destin», que relevait déjà notre consoeur Mounira Aouadi (La Presse de Tunisie du 8 mars 2002), nous l'avons remarquée partout dans son atelier, à la Cité internationale des arts, dans les photographies accrochées aux murs, comme dans celle qui se trouvent, faute de place, rangées méticuleusement à même le sol.

Souriant, le regard malicieux, Mongi Kliti anticipe notre question :

- Toutes ces photos se ressemblent; elles ont été toutes prises à la patinoire, Place de l'Hôtel de Ville.

- Il nous semble que le thème n'est que prétexte. Le geste y est répétitif. Seul le mouvement importe. L'immobilité n'a pas cours dans ces clichés; tout est mouvement, pas d'eau morte.

- En apparence oui, il y a un geste répétitif et pas de nouveaux décors. C'est le même motif mais, en réalité, c'est une recherche qui n'en finit pas : fixer à la fois les mouvements toujours différents, des gens dansant et tournoyant sur la glace et, en même temps, obtenir un clair-obscur qui n'est jamais le même. C'est pour cette raison que le thème semble inchangé.

- Et ce flou qui rend vos personnages indistincts?

- Comme dans tous les arts et en particulier la peinture, chaque artiste possède son style propre, sa touche particulière. Personnellement, j'aime recourir à ce flou car, lorsqu'il est bien conjugué aux lumières environnantes et à leurs multiples reflets, je pense qu'il participe un tant soit peu à la composition de ce clair-obscur que je recherche dans la photo.

- C'est là, pour vous, l'objet essentiel de la photographie ? Fixer pour l'éternité une présence fuyante, nimbée dans une gestuelle surréaliste ?

Mongi Kliti ne répond pas tout de suite; il marque un léger temps d'arrêt puis, le sourire aux lèvres, il murmure:

- Oui, une gestuelle surréaliste mais accompli dans l'exaltation, et, surtout, qui alimente la rêverie».

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