Le Messager (Douala)

Cameroun: Présidentielle 2004 : observateur attend élection

Alain Noah Awana (stagiaire) Avec La Collaboration De Syfia/Jade Cameroun

3 Septembre 2004


A quelques semaines de l'élection présidentielle, les observateurs nationaux s'estiment prêts pour le travail avec ou sans accréditation.

L'élection présidentielle imminente meuble les conversations officieuses partout sur l'ensemble du territoire. Confortablement assis dans son bureau logé dans l'enceinte de l'archidiocèse de Douala, le père Jean-Pierre Mukeng Eshayi, chancelier et par ailleurs coordonnateur diocésain de la commission "Justice et paix" qui fait partie de l'Observatoire confessionnel chrétien des élections (Oce) ne déroge pas à la règle. En cette matinée du 31 août 2004, il reçoit comme à l'accoutumée un de ses nombreux visiteurs. Le prélat n'hésite pas à sortir du cadre confessionnel auquel il est habitué pour entretenir ses visiteurs sur le sujet brûlant de l'actualité : l'élection présidentielle. « Accréditation ou pas, nous serons observateurs de ces élections », affirme-t-il avec détermination. Une détermination également affichée par Achille Kotto, président du Comité citoyen pour la transparence électorale (Cocitel). « La loi n'interdit à personne d'être observateur », dit-il avant de continuer : « Seulement, il vaut mieux avoir une accréditation. » Mais il ne manque pas de confirmer : « Accréditation ou pas, nous serons là. »

L'Oce tout comme le Cocitel s'estiment prêts pour jouer le rôle d'observateurs indépendants pendant les futures élections présidentielles. «A ce jour, nous avons formé des personnes dans le littoral pendant les sessions de juillet et août de cette année. Et nous sommes prêts et déterminés. Nous n'attendons plus que la convocation du corps électoral », affirme le père Jean-Pierre Mukeng Eshayi. Le Comité citoyen pour la transparence électorale (Cocitel) lui, est sur le même chemin. L'observatoire nationale des élections (Onel) semble aussi prêt. Ces derniers jours, les responsables des différents démembrements au niveau des provinces se sont attelés à former ceux qui iront observer sur le terrain.

Tout passe par une bonne

préparation

Les structures qui entendent observer les élections mettent les moyens pour parfaire la formation de leurs délégués. L'Onel, structure créée par l'Etat reçoit une dotation budgétaire pour mener à bien sa mission. Ce qui n'est pas le cas pour le reste des observateurs. Faute de moyens, l'Oce par exemple n'a pu former que 93 délégués contre 200 initialement prévus pour la seule province du Littoral.. « Ceux-ci ont néanmoins reçu une bonne formation et une documentation édifiante sur le code électoral », rassure le coordonnateur de l'Oce. Chaque délégué a ainsi reçu entre autres, un recueil des textes sur les élections, le « Guide de l'électeur » et le rapport d'observation électorale sur les municipales-législatives de 2002.

Par ailleurs l'Oce a déjà apprêté les fiches d'observation sur lesquels seront portées les différentes constatations de ces élections. Aux dernières élections couplées de 2002, cette structure confessionnelle avait formé 1000 délégués chargés d'observer les élections sur l'ensemble du pays. Le Cocitel, lui, est décidé en dépit de ses modestes moyens de porter l'effectif de ses délégués à 100 contre 50 en 2002. Ce comité comme par le passé n'entend couvrir que la province du Littoral. Plusieurs autres organisations et personnes parmi lesquels des avocats promettent aussi d'observer ces élections qui, selon une avocate qui requiert l'anonymat, « sont très importantes pour le pays. »

Motivations diverses

Les différents candidats à l'observation des élections présidentielles ont le souci de participer à l'éclosion d'une réelle démocratie qui respecte le verdict des urnes. L'on estime que la volonté d'observer vient d'un souci de participation à l'émergence d'une véritable démocratie qui respecte tous les principes chers à cette doctrine. Pour de nombreux citoyens, «il s'agit aussi d'avoir le sens de l'équité et de l'amour pour son pays. Il faut avoir envie d'apporter sa contribution pour la transparence car c'est d'elle que découle la paix sociale dont on parle tant. » Mais la foi en cette logique ne suffira pas pour réaliser tous ces voeux. Le dernier mot devra encore revenir à l'Etat, seul habilité à attribuer des accréditations. Le Cocitel avait par exemple attendu jusqu'à 23h, la veille de l'élection de 2002 pour être fixé sur sa demande d'accréditation. Quant à l'Oce, sur 1000 demandes, seules 50 avaient reçu des accréditations.

Les organisations chargées d'observer les élections, l'Onel en particulier, pensent avoir apporté une contribution significative au processus électoral. Les différentes recommandations formulées à la suite de l'observation des élections, ont de l'avis de ses observateurs, été prises en compte par l'Etat. Entre autres, les refontes des listes électorales en cours, l'informatisation du fichier électoral qui tarde à être acceptée, l'avènement des urnes transparentes. Des avancées qui confortent ces observateurs indépendants à continuer sur la même lancée.

Les observateurs ne sont pas seuls

Liens Pertinents

A côté des observateurs qui se présentent comme tel, il y a généralement dans les bureaux de vote, des représentants de chaque parti politique présent sur la circonscription électorale dans laquelle le bureau est implanté. Le Code électoral en prévoit deux par parti. Ceux-ci observent aussi les élections, c'est-à-dire qu'ils contrôlent la régularité des opérations du scrutin. Ils sont d'ailleurs appelés scrutateurs. Ces scrutateurs doivent en principe se retrouver dans les quelque 23.000 bureaux de vote que compte le Cameroun. Cela voudrait dire que chaque parti politique doit disposer de 46.000 personnes à disséminer à travers la république le jour de l'élection. A côté de ces observateurs d'un autre genre, le nombre d'observateurs déclarés devient insignifiant. Les structures d'observation le savent bien. Faut-il alors considérer leur action comme du snobisme, puisqu'en dehors de l'Onel qui est financé par l'Etat, certains n'arrivent pas à couvrir ne serait-ce qu'un département ? Mais il faut se dire que les scrutateurs ne pourraient pas être pris au sérieux, puisqu'ils représentent un parti politique pour lequel ils doivent en principe jouer, dans leurs différents comptes-rendus. De ce point de vue, les organisations d'observation, bénéficiant de la présomption de neutralité, semblent plus crédibles.

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