Alex Gustave Azebaze
3 Septembre 2004
Contrairement à ce qui a été distillé auprès des journalistes par certains participants au dernier Nec du Sdf, le Forum de réconciliation du Sdf est prévu trois jours avant le congrès extraordinaire qui s'ouvre le 11 septembre.
Annoncé initialement pour le 28 août dernier, puis reporté sine die « faute d'argent », le Forum de réconciliation du Sdf devrait se tenir effectivement la semaine prochaine. La date du 8 septembre est de plus en plus annoncée dans l'entourage de Justice Nyo Wakaï, le président de la Commission nationale de réconciliation mise en place par le Nec en début d'année pour essayer de rassembler la grande famille Sdf avant l'élection présidentielle.
Au sortir de la réunion du Nec du week-end dernier, nombre de sources à Bamenda, proches du président national John Fru Ndi, avaient pourtant annoncé à la presse que le Forum de réconciliation ne pourrait pas se tenir pour des raisons financières d'une part et parce que trois provinces n'auraient pas encore été visitées par leurs sous-comités. (Voir Le Messager et Mutations du 31 août 2004).
A la vérité, Le Messager apprend que les tenants de la non-tenue du Forum de réconciliation, qui se recrutent davantage dans l'entourage du président national - il y aurait à vrai dire le plus à perdre en cette période de bataille pour l'investiture à la présidentielle, les postulants au retour étant pour la plupart ses anciens adversaires intimes - ont été mis en minorité.
Pour les tenants de la tenue à tout prix du Forum qui se recrutent non seulement autour de Justice Nyo Wakaï mais aussi au Secrétariat national, ce serait non seulement une occasion extraordinaire pour montrer aux autres partenaires de la Coalition mais aussi aux Camerounais que le Sdf est capable de conduire, pour l'avoir fait en son sein, la réconciliation prévue dans la plate-forme de transition, mais aussi une entrée formidable en campagne.
Enjeux multiples
Alors que nous allions sous presses hier, la date du 8 septembre évoquée au sein de la Commission Nyo Wakaï n'était pas encore formellement annoncée, notamment pour l'envoi des invitations. La Commission attendrait que la direction du Sdf débloque effectivement les fonds prévus pour l'organisation de cette manifestation politique.
Beaucoup craignent que le peu d'empressement à débloquer les fonds ne soit une manoeuvre de sabotage de cet événement sur lequel nombre de cadres fondent beaucoup d'espoir. C'est à l'occasion de ce Forum que des cadres démissionnaires ou exclus tels Bernard Muna, Andrew Akonteh; Saïdou Yaya Maidadi, Yembe Fon Martin, Souley-mane Mahamat, Evariste Fopoussi, etc. ainsi que ceux s'étant mis en retrait des activités du parti pour dénoncer les méthodes de gestion en cours (les pères Fondateurs, les membres de la Cellule des Conseillers et autres cadres tels Noucti Tchokwago, Kadji Jean-Patrice, Dr Leolein Nja-Kwa, Moukoury Manga Bell, Chrétien Tabetsing etc.), devraient se retrouver pour tenter de refaire le puissant Sdf des années 1991/1996.
Pour le reste, un débat est né depuis l'affaire des motions réelles ou fictives appelant à l'investiture du président national. Pour nombre d'observateurs, en recourant à cette méthode, John Fru Ndi a volontairement ou non donné l'occasion à nombre de cadres qui abhorrent ces méthodes du parti unique de laisser éclater leur défiance jusque-là contenue par discipline. Qu'elles aient été manipulées comme le soutiennent nombre d'observateurs, malgré les démentis tout autant manipulés de leurs auteurs comme l'a montré Ouest-Echos du 31 août au 6 septembre 2004 ou d'initiative autonome des responsables de base comme le clament les proches de John Fru Ndi mis en cause, elles montrent très bien que les lendemains de la présidentielle ne seront pas du tout calmes au Sdf si le président national est imposé comme il se dessine. Car quelque soit le cas, - et sauf extraordinaire hypothèse où le candidat John Fru Ndi remporterait le scrutin présidentiel, sans la Coalition -, on ne voit pas comment son autorité en tant que président national du Sdf ne serait pas désormais remise en cause. Le Sdf courant même dans cette perspective le risque d'un éclatement de grande ampleur, y compris dans son antre du Nord-Ouest.
Il est alors encore temps que les différentes forces en présence comprennent que la présidentielle d'octobre 2004 ne vaut pas l'unité de ce parti, socle actuel de l'opposition traditionnelle.
Candidature unique: l'appel de Mgr Tumi
Dans un entretien avec Rfi lundi dernier, l'archevêque de Douala Christian Cardinal Tumi, a clairement demandé aux leaders politiques de l'opposition, de respecter les engagements pris dans le cadre de la Coalition. «Il faut que chaque leader mette de côté ses petites ambitions. C'est ce qu'il faut à ces candidats de l'opposition. Ils auront à mon avis la sympathie de la population» a-t-il dit.
S'agissant particulièrement de l'intention prêtée au président national du Sdf, Ni John Fru Ndi, de se porter candidat, avec ou sans le soutien de cette Coalition dont il est pourtant membre, le plus haut gradé camerounais du clergé catholique suggère : «qu'il se laisse juger par les conditions». Et au cas où il ne serait pas désigné par la Coalition, le Cardinal dit : « absolument [il faut qu'il accepte le choix de la Coalition, ndlr] parce qu'il est membre de la Coalition. Il a travaillé toutes les conditions avec tous les autres partis. Peut-être sera-t-il obligé de faire des sacrifices ! »
L'entrée en scène du Cardinal que certains milieux du pouvoir ont toujours accusé d'être l'inspirateur moral des opposants est simplement un appel au sens de la parole donnée et de l'honneur. Une vertu qui, bien que rare en politique, élève celui qui s'y adonne, à un piédestal jamais égalé. « Fru Ndi, faiseur de roi ?». Voilà un rôle que la situation actuelle lui imposerait bien. Serait-ce alors un rôle trop ingrat pour celui qui a toujours allégué son sens élevé du sacrifice ? Les prochains jours nous édifieront.
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