Wal Fadjri (Dakar)

Sénégal: Lutte contre les criquets : Général, nous voilà !

3 Septembre 2004


Les armes sont dérisoires et ça ressemble plus à un jeu qu'à la guerre. Un coup de par-ci, un coup par-là, les enfants de Yoff courent derrière les criquets. Pour un maigre butin de chasse.

Ceinturons, branches, balais ou tongs, les enfants des quartiers de Yoff s'amusent avec un nouveau jeu : la chasse aux criquets pèlerins qui ont envahi Dakar depuis mardi, survolant par vagues de millions d'individus les habitations. «On les tue avec la ceinture et le bâton car c'est le président qui l'a demandé», lance Papa Laye, 12 ans, entre deux sauts en l'air et des coups de bâton sur les insectes, dans une ruelle de Yoff où avec ses amis, il essaie de combattre un maximum de criquets «parce qu'ils mangent les feuilles des arbres que les hommes ont plantés».

Ils sont une douzaine avec Papa Laye à chasser cet ennemi qui bombarde les enfants de petites crottes vertes longues d'un bon centimètre de long. Les linges qui séchent sur les fils dans la rue ou dans les maisons peuvent retourner au bac à lavage, les criquets ne les ont pas épargnés non plus. Déjà présents dès 10 h, les insectes de couleur jaune sont revenus en force vers 14 h dans toutes les rues et au-dessus de Yoff, avec toujours le même ballet. Leurs ombres trahissant leur présence sur le sol sablonneux.

Sabou Sarr, la soixantaine, contemple son jardin et son chat, seule «arme» contre des criquets indésirables. En vain. «Rien, on ne peut rien faire», soupire-t-elle malgré la «peur pour (son) jardin». Ces criquets jaunes, c'est la première fois qu'elle en voit. Il y a 15 ans, des criquets pèlerins rouges lui avaient déjà rendu visite. L'Imam du quartier de Sicap Yoff, Kénémé, explique que lui «n'en a pas revu depuis ses 6 ans» et précise qu'il est «né en 1938». Avec le Coran et son parapluie à la main, plus pour se protéger du soleil que pour combattre les insectes, il exprime sa crainte car «ça gâte les cultures». «Dans le Coran, il est dit que chaque criquet pond 499 oeufs donc s'ils pondent ça, ils mangeront tout et il n'y aura plus de végétation sur terre», poursuit l'imam.

Sur la plage proche, les criquets se mouillent dans l'eau salée avant de reprendre leur envol, créant parfois la panique. «On crie parce qu'il y a des criquets, mais tout à l'heure il y en avait encore plus», racontent deux adolescentes qui quittent précipitament leur paillotte. Selon le gérant de la plage, «ils sont passés par milliards en tout cas», ressemblant même à des «algues» échouées sur la mer. Laty Ndoye a 35 ans et jure que «depuis (sa) naissance, (il) n'a jamais vu ça. Les gens avaient peur sur la plage, mais comme ces criquets ne sont pas dangereux, ce n'est pas grave». Amadou Camara revient d'une piste de l'aéroport international Léopold Sedar Senghor de Yoff. Il a dû quitter son poste de gardien de piste car les «pompiers sont en train de traiter» en pulvérisant du produit insecticide puis balayant le terrain. Mardi, un avion cargo de la compagnie allemande Lufthansa, venant du Brésil et devant faire route sur l'Allemagne, a dû se poser à Banjul, la capitale de la Gambie, la piste de Dakar étant devenue, momentanément, impraticable.

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